Agression transphobe à Paris: Six mois ferme pour le prévenu, une «avancée historique» selon l’avocat de la victime

Julia Boyer a témoigné le 22 mai au tribunal correctionnel de Paris. — SIPA

  • Julia Boyer, femme transgenre, a été prise à partie le 31 mars dernier place de la République, à Paris, lors d’un rassemblement contre l’ancien président algérien Abdelaziz Bouteflika.
  • La vidéo de son agression, filmée par un témoin et dans laquelle on l’a voit recevoir plusieurs coups de poing au visage, a été largement partagée sur les réseaux sociaux.
  • Le prévenu, Seddik A., 23 ans, a été condamné à dix mois de prison, dont six mois ferme, et à 3.500 euros d’amende en faveur de la victime.

Le président du tribunal lui-même, M. Pierre-Yves Calais, a dû s’y reprendre à plusieurs fois. « Madame, pardon Monsieur, euh non Madame… », a-t-il dit en s’adressant à Julia Boyer, au tribunal correctionnel de Paris, ce mercredi Si ce procès pour des actes de violence à l’encontre d’une personne transgenre est une « première » et illustre une « avancée historique » sur le sujet, selon l’avocat des parties civiles, les hésitations du président du tribunal reflètent le chemin qu’il reste encore à parcourir.

L’énoncé de l’accusation a dû également être révisé, à la demande de la procureure de la République. Seddik A., jeune homme de 23 ans, comparaissait en effet au départ pour « violences commises en raison de l’orientation sexuelle de la personne. » Un motif requalifié par « en raison de l’identité de genre de la personne ».

Plusieurs coups de poing au visage

L’agression, survenue fin mars, et qui avait été filmée par un témoin, avait été largement partagée sur les réseaux sociaux, montrant au grand public les violences dont sont victimes les personnes transgenres. D’autres images de la scène, plus nettes et filmées par une caméra de surveillance, sont diffusées pendant l’audience. Après avoir préféré, dans un premier temps, se détourner de l’écran, Julia Boyer regarde la vidéo fixement, le visage fermé.

Sur les images apparaît une jeune femme sortant d’une bouche de métro, place de la République, à Paris, alors que se déroule une manifestation contre l’ancien président algérien Abdelaziz Bouteflika. Elle est rapidement interpellée par un groupe d’hommes. S’ensuivent des jets de bière et, selon la victime, des insultes, non audibles sur la vidéo. « C’est ce qui s’appelle un milieu hostile », commente, laconique, Pierre-Yves Calais.

La jeune femme est ensuite prise à partie par un homme qui lui « ébouriffe les cheveux », comme elle l’explique à la barre. « Je vais vers lui pour lui dire qu’il ne me fait pas peur », poursuit-elle d’un ton assuré. Elle reçoit alors plusieurs coups de poing au visage, avant d’être exfiltrée par des agents de la RATP. Dans la salle du tribunal, face aux images, un murmure de surprise et de désapprobation se fait entendre.

Le procès de « toutes les personnes transgenres »

A la barre, le prévenu, assisté d’un interprète, s’exprime d’une voix faible, l’air souvent ébahi. Sans-papiers, il reconnaît avoir frappé Julia Boyer, mais nie les insultes et le caractère transphobe de ses actes. « Je présente mes excuses, je n’étais pas conscient », lâche-t-il, évoquant la prise de médicaments contre l’anxiété. « Vous ne pouvez pas présenter vos excuses, si vous dites que vous n’avez rien fait », s’agace le président du tribunal.

Du côté de la défense, on parle d’un « procès symbolique ». « Ces violences sont le quotidien des personnes transgenres. Ce procès n’est pas seulement celui de Julia, c’est celui de toutes les personnes transgenres », clame Me Etienne Deshoulières, son avocat.

Le prévenu a été reconnu coupable et condamné à dix mois de prison, dont six mois ferme, et à 3.500 euros d’amende pour préjudice morale à l’encontre de Julia Boyer. S’y ajoutent 1.500 euros d’amende en faveur de chacune des trois associations de défense des LGBT phobies, SOS Homophobie, Stop Homophobie et Mousse, qui s’étaient constituées parties civiles. « La justice française a envoyé un message important, c’est une avancée historique dans la reconnaissance de ces discriminations », s’est finalement félicité Me Deshoulières à la sortie du tribunal.

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