Affaire Zineb Redouane: «Comme une seconde mort», la colère de la famille après à la médaille décernée au chef des CRS

Un manifestant rend hommage à Zineb Redouane — Gérard Julien / AFP

  • En décembre dernier, Zineb Redouane est décédée à Marseille après avoir été victime d’une grenade lacrymogène à son domicile.
  • Le chef des CRS impliqués dans ce décès fait partie des policiers médaillés par le ministère de l’Intérieur, Christophe Castaner, selon Mediapart.
  • Une information qui scandalise le fils de la vieille dame, selon son avocat, Me Grazzini.

A l’autre bout du fil, l’avocat du fils de Zineb Redouane peine encore à y croire. Cette octogénaire est décédée en décembre dernier dans le centre-ville de Marseille après avoir été grièvement blessée par une grenade lacrymogène à son domicile, alors que battait son plein, sous ses fenêtres, des heurts entre policiers, «gilets jaunes» et manifestants contre le mal-logement

Or, selon Mediapart, Bruno Félix, qui commandait les CRS impliqués dans ce décès au moment des faits, fait partie de la liste des quelque 9.000 membres des forces de sécurité qui doivent être décorés d’une médaille de l’Intérieur. Me Brice Grazzini revient pour 20 Minutes sur ce nouveau rebondissement dans cette affaire hautement sensible.

Quelle a été la réaction de votre client à la lecture de l’article de Mediapart ?

J’ai pu échanger avec lui par SMS et il est outré. Lui et sa famille le prennent comme une négation de leur deuil. Ils le prennent comme une seconde mort. C’est le coup de grâce estival. Il est en colère, c’est totalement incompréhensible. J’ai lu l’article tout à l’heure et j’hallucine complètement. Imaginez un peu : on vous appelle pour vous dire que votre mère est morte dans un accident de voiture. Après, vous apprenez que la personne en face est peut-être blessée volontairement votre mère. Et maintenant, on récompense le constructeur de la voiture ! Ici, c’est pareil.

Appelez-vous à ce que ce chef des CRS ne reçoive pas cette médaille ?

Ce n’est pas à moi de dire s’il a le droit de recevoir une médaille ou pas. Je dis juste que, dans une information judiciaire sur une vieille femme décédée suite à une violence policière, est-ce que ce n’est pas mal venu de rajouter une polémique ? On aurait pu attendre le résultat de cette information judiciaire. Il est délicat de médailler un capitaine de brigade sachant qu’un de ses CRS, sur ses ordres, a peut-être tiré sur cette dame. C’est faire fi de la détresse de la famille de Zineb Redouane qui demande simplement justice. C’est jeter de l’huile sur le feu. Et ça ne fait que jeter un plus le discrédit sur les autorités en charge de l’enquête. Cela vient encore polluer la neutralité qu’elle devrait avoir.

Il s’agit en effet d’un nouveau rebondissement dans cette affaire, entachée de polémiques au point qu’un dépaysement est envisagé…

Sur France Inter, le même ministre de l’Intérieur, Chrisopthe Castaner, dit, peu de temps après le décès de Zineb Redouane, que les policiers n’y sont pour rien dans la mort de cette dame, et qu’elle avait des antécédents médicaux. Aujourd’hui, 18 juillet, j’ai le dossier entre les mains, et je peux vous dire qu’il est impossible de dire cela, au vu des éléments ! Comment quelqu’un, et pas n’importe qui, mais le ministre, qui est la pour faire respecter le droit, peut-il déjà se permettre une telle déclaration, puis continuer avec cette médaille ? Sur France Inter, il donne son point de vue, soit celui du gouvernement, sans se fonder sur aucun élément du dossier. Et là, on est dans la même philosophie. Mon travail consiste à participer à la manifestation de la vérité et porter la voix d’une famille endeuillée. Et j’essaie tant bien que mal de remettre leur chose à leur place, avec pour objectif de savoir comment et pourquoi Zineb Redouane est morte. J’essaie de faire sortir complètement cette histoire de toute politisation. Et à côté de ça, le ministre de l’Intérieur donne encore des billes à ceux qui pourraient dire que c’est une affaire d’Etat.

Pensez-vous que cette distinction a été faite à dessein ?

J’ai hâte de savoir pour quelle raison Christophe Castaner a agi de la sorte. Soit il y a une vraie volonté, et c’est une négation de l’Etat de droit, si c’est à dessein, c’est une catastrophe. Soit, c’est une erreur de communication, et dans ce cas, c’est une de plus de la part du ministre. Il y a quand même eu beaucoup de choses, comme l’histoire de la Salpetrière​… Je ne sais pas si c’est fait sciemment, mais la famille est hors d’elle.

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