Affaire Troadec : Au deuxième jour du procès, la personnalité d’Hubert Caouissin passée au crible

Quel parcours de vie a pu mener Hubert Caouissin à accomplir une telle folie meurtrière ? C’est ce que tentera de comprendre ce mercredi la cour d’assises de Loire-Atlantique, au deuxième jour d’un procès hors norme qui doit durer jusqu’au 9 juillet. L’ancien chaudronnier de l’arsenal de Brest, âgé de 50 ans, est jugé pour avoir tué, le 17 février 2017 à Orvault, Pascal et Brigitte Troadec, ainsi que leurs deux enfants, puis avoir dépecé et dispersé les corps. En couple avec Lydie Troadec, sœur de Pascal, laquelle comparaît également, il était obsédé par un héritage de pièces d’or que lui aurait volé la famille Troadec, ce qui n’a jamais été confirmé par l’enquête.

Sa personnalité, qui sera étudiée dès ce matin par la cour, est qualifiée de « complexe » par son avocat. « Il a eu des humeurs assez changeantes depuis quatre ans et demi. A l’approche du procès, il a la volonté de s’expliquer, d’être cru. J’espère qu’il résistera à la pression », commente Thierry Fillion qui « ne voit pas un monstre » en ce père de famille mais « un monsieur tout le monde » qui « n’avait pas l’intention de tuer avant le 17 juillet ».

Une « paranoïa délirante »

La question de la préméditation n’est a priori pas un enjeu puisqu’elle a été écartée par les juges enquêteurs. Hubert Caouissin a en effet répété qu’il avait mortellement frappé les quatre victimes, à l’aide d’un pied-de-biche, lors d’une bagarre violente alors qu’il s’était rendu au domicile des Troadec seulement pour les espionner. Mais les parties civiles ne croient pas en cette version et entendent insister ces prochains jours sur plusieurs éléments troublants démontrant qu’il avait « l’intention » de faire du mal aux occupants.

La question de la santé mentale du quinquagénaire sera également fortement débattue au procès. Pendant l’instruction, deux collèges d’experts psychiatres ont en effet conclu à une « paranoïa délirante » importante ayant conduit à une « altération du discernement » au moment des faits. Deux experts psychologues décrivent également une « efficience intellectuelle entravée par des troubles du jugement » structurée autour de la « conviction d’une spoliation familiale ».

Il se confie à son fils de 8 ans

L’accusé, qui avait souffert d’une dépression ayant occasionné un long arrêt de travail entre 2013 et 2016, a passé deux jours entiers à démembrer les corps et a faire disparaître les chairs de ses victimes. Une tâche exténuante « à visée de dissimulation mais plus encore d’annulation de son acte, donnant l’illusion d’une reprise de contrôle », estiment les experts. Dans sa ferme isolée du Finistère, où personne n’était jamais invité, Hubert Caouissin avait fini par avouer à son fils de 8 ans son geste criminel, lui demandant même de regarder BFM TV « afin de suivre les informations sur l’affaire ».

« Hubert Caouissin est un homme qui contrôle son discours » et « livre des versions relativement différentes », estime Cécile de Oliveira, avocate des parties civiles, insistant sur le caractère « manipulateur » de l’accusé. Il faut dire qu’avant d’être confondu le 5 mars par la présence de son ADN sur les lieux du crime, Hubert Caouissin avait subi, dès le 24 février, un premier interrogatoire policier, sans livrer le moindre aveu.

Si la cour estime que son discernement était altéré au moment des crimes, Hubert Caouissin, écroué depuis mars 2017, pourrait échapper à la réclusion à perpétuité.