Affaire Richard Ferrand : Le président de l’Assemblée nationale doit-il démissionner ? L’opposition partagée

Richard Ferrand, le 22 février 2018 à l’Elysée. — HAMILTON-POOL/SIPA

Richard Ferrand, le président de l’Assemblée nationale mis en examen pour « prise illégale d’intérêts », doit-il démissionner ? Si les rangs de la majorité soutiennent le patron du perchoir, l’opposition, elle, est partagée.

Le président LREM de l’Assemblée nationale a été mis en examen dans la nuit de mercredi à jeudi pour « prise illégale d’intérêts » dans l’affaire des Mutuelles de Bretagne. Révélée par Le Canard enchaîné en 2017, cette affaire porte sur le bien immobilier acquis par sa compagne, l’avocate Sandrine Doucen, puis loué aux Mutuelles de Bretagne, dont il était alors le directeur général (1998-2012).

« Tout ministre mis en examen devrait démissionner »

A gauche, le premier secrétaire du Parti socialiste, Olivier Faure, a mis en avant la nécessaire « sérénité du débat », qui devrait selon lui commander le choix d’une démission. « La mise en examen ne signe pas la culpabilité mais la sérénité du débat public suppose que ceux qui exercent des fonctions institutionnelles nationales démissionnent en attendant la décision de justice », a-t-il estimé sur Twitter.

« “Tout ministre mis en examen devrait démissionner” », a tweeté le secrétaire national du PCF, Fabien Roussel, dans un rappel à la règle prônée par le gouvernement. « Pourquoi cela ne serait-il pas valable pour le 4e personnage de l’Etat ? »

Règle mise en avant aussi par le député LFI François Ruffin exhumant des propos datant de juin 2017 de Christophe Castaner, alors porte-parole du gouvernement, à propos de Richard Ferrand. « Combien de temps tiendra-t-il ? », a résumé la sénatrice EELV Esther Benbassa.

« C’est un des plus grands personnages de l’Etat. La décision n’appartient qu’à lui »

Chez Les Républicains, le ton est nuancé : le président par intérim Jean Leonetti rappelle qu’une « mise en examen ne vaut pas condamnation ». « C’est un des plus grands personnages de l’Etat. La décision n’appartient qu’à lui. Un élément n’est-il pas la crédibilité de celui qui exerce ces fonctions ? », s’est-il demandé. Le chef de file des députés LR, Christian Jacob, a expliqué trouver « déplacé voire choquant[e] l’intervention du président de la République », compte tenu de « la séparation des pouvoirs » : « Il commente une décision de justice. » Quant au député LR Julien Aubert, il a souligné ne pas demander la démission, mais s’interroger « sur le décalage » entre la réaction de Richard Ferrand jeudi et « ses propos d’hier », lorsqu’il considérait que François Fillon, englué dans l’affaire des emplois présumés fictifs de son épouse, avait « perdu définitivement l’autorité morale pour diriger la France ».

« La mise en examen ne peut pas en soi suffire à demander la démission d’un mandat »

Jean Leonetti pointe aussi des « incohérences » selon les situations : l’ancien ministre François de Rugy, « sur des arguments purement médiatiques, a démissionné » ; Sylvie Goulard, qui avait démissionné du gouvernement en 2017 pour sa mise en cause dans une affaire d’emplois fictifs présumés de son parti, le MoDem, au Parlement européen, « peut être nommée commissaire européenne ».

Le président de Debout la France, Nicolas Dupont-Aignan, a réclamé une démission, fustigeant « l’affairisme » de « la Macronie ». Au Rassemblement national, l’eurodéputé et membre de la direction Nicolas Bay, lui-même mis en examen dans l’affaire des emplois présumés fictifs du RN au Parlement européen, reconnaît que les faits reprochés à Richard Ferrand, « s’ils sont avérés, sont graves ». « Pour autant, par principe, la mise en examen (…) ne peut pas en soi suffire à demander la démission d’un mandat », car dans ce cas, « cela aboutit à donner au magistrat un poids absolument considérable et à lui permettre d’interférer dans le débat politique de manière directe ».

« On ne peut pas substituer à la procédure judiciaire le tribunal de place publique »

Emmanuel Macron conserve « toute sa confiance » à Richard Ferrand, a indiqué le porte-parole du gouvernement Sibeth NDiaye, considérant qu’« il n’y a pas de logique politique » à ce qu’il démissionne : « Un membre du gouvernement est nommé, un parlementaire est élu ; quand on est président de l’Assemblée nationale, on est élu deux fois. » « On ne peut pas substituer à la procédure judiciaire le tribunal de place publique, d’opinion. C’est malsain et ce n’est pas rendre service à la démocratie », a argué Marc Fesneau, ministre en charge des Relations avec le parlement.

« Une démission serait un non-sens absolu, au regard du fond du sujet comme de la situation politique », a résumé le secrétaire d’Etat auprès du ministre de l’Education nationale, Gabriel Attal. Le président de l’Assemblée nationale, quatrième personnage de l’Etat, a pour sa part rapidement assuré qu’il était « déterminé à poursuivre [sa] mission » à la tête de l’Assemblée.

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