Affaire Ramadan : Les principales accusatrices « sous emprise », selon une expertise psychiatrique

L’islamologue Tariq Ramadan. (archives) — UGO AMEZ/SIPA

« Tu m’as manqué dès que j’ai passé la porte… » Quelle valeur accorder à la parole d’une femme affirmant avoir été victime de viol et qui envoie, le lendemain, ce message à celui qu’elle accuse ? Ou à cette autre qui enverra des dizaines de textos à caractère sexuel ? C’est l’un des principaux enjeux de l’enquête visant Tariq Ramadan. Le prédicateur musulman a été mis en examen pour les viols de quatre femmes, trois autres affirment également avoir été victimes de lui. Après plus de deux ans d’investigations, la notion de contrainte morale s’est progressivement imposée comme l’une des clés de ce dossier complexe. Les plaignantes affirment avoir été sous l’emprise de Tariq Ramadan y compris après leurs agressions, ce dernier voit, au contraire, dans ces échanges le signe d’une relation consentie. C’est pour éclairer cette dimension que les juges d’instruction ont demandé au psychiatre Daniel Zagury, expert star des tribunaux, de déterminer la nature des liens noués par Tariq Ramadan avec les plaignantes.

« Un mélange d’extrême violence et d’absence de considération »

Pour le psychiatre, l’emprise se définit comme un « ensemble de mécanismes et de processus qui permettent à un psychisme d’exercer tout pouvoir sur un autre psychisme, à son seul bénéfice, et sans tenir compte du désir propre de l’autre. » Dans ses conclusions, consultées par 20 Minutes, il estime que cette notion a effectivement marqué les relations du prédicateur musulman avec deux des principales plaignantes, Henda Ayari et une femme surnommée Christelle, qui affirment avoir été violées respectivement en 2012 et 2009. Selon lui, ces dernières, guidées par des sentiments amoureux à l’égard de Tariq Ramadan, ont consenti à une relation sexuelle. Ce à quoi elles n’étaient, en revanche, pas consentantes « c’est aux actes qu’elle [s] décri [vent] comme un mélange d’extrême violence et d’absence de considération pour son propre désir et sa dignité », écrit-il pour l’une comme pour l’autre.

Aux yeux de l’expert, la notion d’emprise « éclaire essentiellement la phase postérieure aux faits ». Concernant Christelle, il précise notamment que la plaignante « a éprouvé après les faits un sentiment de culpabilité lié à l’idée de l’avoir déçu » avant d’entrer dans une « phase de dépit et de ressentiment, après un déroulement de la rencontre sexuelle marquée par des actes non consentis, rapportés comme un viol ».

Évoquant une troisième plaignante, Mounia Rabbouj, Daniel Zagury estime que « si l’emprise exercée par Tariq Ramadan éclaire une partie de la relation, il n’apparaît pas possible de considérer qu’elle en est le seul ressort ». Ainsi, si la violence de Tariq Ramadan – qui n’a pas été mis en examen dans ce dossier – ne correspondait pas « à ses attentes de femme amoureuse », « la force de ses sentiments » l’a poussée à se prêter à ses exigences. Pour deux autres plaignantes, l’expert écarte la dimension d’emprise. Quant à la dernière, elle ne s’est pas présentée au rendez-vous.

« Cette expertise explique ce que les victimes sont incapables d’expliquer »

« C’est un tournant, s’est réjoui ce mercredi l’avocat d’Henda Ayari, Me Jonas Haddad. Il est enfin démontré médicalement que ce qui s’est passé relève de l’emprise. » « Cette expertise explique ce que les victimes sont incapables d’expliquer », abonde Me Eric Morain, le conseil de Christelle et de Mounia Rabbouj. A ses yeux, les liens entretenus par Tariq Ramadan après les faits étaient, pour le prédicateur, un moyen « d’effacer le viol, de les conditionner » pour accepter ce qu’elles venaient de vivre.

A l’inverse, les nouveaux conseils du prédicateur musulman, Mes Nabila Asmane et Ouadie Elhamamouchi, dénoncent une expertise biaisée dans laquelle leur client n’a pas été entendu. Néanmoins, selon eux, les conclusions de Daniel Zagury sont un désaveu pour les plaignantes. « Ce qui devait être une bouée de sauvetage s’avère en réalité être un boulet pour elles puisque l’expertise réaffirme le fait qu’elles étaient consentantes pour avoir une relation sexuelle avec Tariq Ramadan. » Les avocats, qui ont repris la semaine dernière la défense du prédicateur musulman, dénoncent un « piège » tendu à leur client par les plaignantes.

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