Affaire Quatennens : Un retour à l’Assemblée du député LFI, oui, mais comment ?

Deux tweets. Pour la première fois depuis qu’il a reconnu, en septembre, avoir giflé son épouse, avec laquelle il est en instance de divorce, le député LFI Adrien Quatennens s’est exprimé publiquement le week-end dernier. Via deux tweets, donc, au sujet de l’effrontément d’un immeuble à Lille, dont il est l’élu. C’est que, petit à petit, Adrien Quatennens amorce son retour. Son arrêt maladie, qui a duré plusieurs semaines, est désormais terminé. Et le parti, par la voix de Manuel Bompard, a annoncé la couleur la semaine dernière : « Nous travaillons collectivement aux modalités et au calendrier du retour d’Adrien Quatennens. » Le sujet a été à l’ordre du jour de la réunion du bureau du groupe France insoumise lundi dernier, et de la réunion de groupe mardi.

On a encore bien du mal à voir précisément de quelles modalités il s’agit. Certains parlent de conditions, d’autres de sanctions, mais rien de concret. Il est question d’une formation au sujet des violences faites aux femmes. « Mais ça, c’est la formation que tout le monde a eue, il était déjà en retrait quand elle a eu lieu », note un député « ami » d’Adrien Quatennens. Et cela paraît bien léger. Niveau sanction, une députée LFI connue pour ses prises de position féministes considère que la question à se poser est celle de ce qui est « juste politiquement ou pas »… tout en constatant que le député du Nord a déjà perdu sa place de coordinateur du mouvement et ses projets pour 2027.  « C’est hyperdifficile. Si je ne parle pas, c’est aussi que mon idée n’est pas faite. »

« La question est vraiment posée »

Le mot a été passé pour que rien ne filtre.  « L’espace de débat, c’est la réunion de groupe, pas la presse », cingle l’« ami » cité plus haut. « Je peux juste vous dire qu’on discute », ajoute une néodéputée qu’on ne prendra pas en défaut. Si silence il y a, c’est que le débat en interne a vraiment lieu, croit la députée féministe interrogée. « Je suis loyale. Je ne fais pas pression à l’extérieur parce que je sais que la question est vraiment posée, que la parole est libre et que ce n’est pas Jean-Luc qui va décider seul. »

Vraiment ? Jean-Luc Mélenchon a dit à plusieurs reprises, et encore récemment à Libération, qu’Adrien Quatennens devait revenir. Le débat se fait donc tout de même sous la pression de l’ex-candidat à la présidentielle, « en retrait mais pas à la retraite ». « Je ne suis pas sûre que ça aide la cause d’Adrien en interne quand Jean-Luc fait ce genre de déclaration. Je pense que c’est aussi ça qui crispe ceux qui ne veulent pas de son retour », poursuit la même députée. Officiellement, « dans le groupe, tout le monde est d’accord pour dire qu’il ne doit être ni exclu (…) ni qu’on demande sa démission », affirme la présidente, Mathilde Panot. Officieusement, il y a des opposants, mais ils et elles ne se manifestent pas.

Angle mort

« Il y a les féministes, mais il y a surtout une grosse fracture générationnelle dans le groupe sur cette question, remarque la députée féministe interrogée. La parole est libre mais dans une certaine limite. Parce que c’est un camarade et qu’il y a forcément de l’affect. Visiblement, ceux qui ont des doutes ne les expriment pas. »

Il faudra pourtant, à un moment, prendre une décision. Et chacun d’insister pour dire qu’elle sera, là aussi, collective. Un vote est possible, disent certains, dans un mouvement qui n’a pourtant pas comme première qualité une démocratie interne très développée. « On fait des votes depuis la rentrée, et ce n’est pas un drame », assume la députée féministe déjà citée. Sur des sujets mineurs, certes, « mais cela aide évidemment à légitimer une décision », croit-elle.

Le rythme lui-même fait partie des débats. Car si pour les proches d’Adrien Quatennens, la question presse, pour les autres, il est plutôt urgent d’attendre. « On a aussi en tête qu’une décision de justice finira par arriver [Adrien Quatennens est visé par une plainte de son épouse, et le parquet de Lille a ouvert une enquête]… », remarque la députée féministe. Si bien que la date de retour du député du Nord sera déjà un indicateur pour savoir quel camp a réussi à faire entendre son point.

Reste, dans tout ce débat, un angle mort : pourquoi un retour d’Adrien Quatennens ? La néodéputée déjà citée en fait une question de principe : « Le droit au retour et à la réhabilitation, c’est aussi un sujet », juge-t-elle. Une justification surprenante pour des faits qui n’ont pas trois mois, et assez éloignée des priorités des associations féministes, lesquelles stigmatisent davantage l’impunité dans ce genre d’affaires.

Politiquement, le député du Nord – malgré tout le talent qu’on lui reconnaît bien au-delà des bancs insoumis – peut-il alors être autre chose qu’un boulet ? La députée féministe interrogée – qui avait pris un long moment pour répondre « non » à la question de l’exclusion – en bafouille et élude. La réponse du député « ami » est bien plus claire : « On aura besoin de lui quand le dossier des retraites sera sur la table. Son apport sera important, y compris quand on parlera des retraites des femmes et des inégalités. » Bref, on oubliera.