Affaire Quatennens : Les insoumis sont-ils en train de déboulonner le statut de Mélenchon ?

C’est une brèche dans l’épaisse armure protégeant traditionnellement Jean-Luc Mélenchon. Avec l’affaire Adrien Quatennens, et pour la première fois, peut-être, depuis le lancement de La France insoumise en 2016, l’ancien candidat à la présidentielle est la cible de critiques directes au sein de son propre camp. Dimanche dernier, son tweet de soutien au député du Nord, qui a reconnu des violences conjugales envers son épouse et reste sous le coup d’une enquête, est très mal passé auprès de certains de ses camarades. Faut-il y voir, pour autant, un signe de faiblesse du tribun ?

Mélenchon (en partie) lâché

Le malaise était palpable, mercredi, lors d’une conférence de presse à l’Assemblée nationale. Interrogés sur le tweet de Jean-Luc Mélenchon, qui a « salué la dignité et le courage » d’Adrien Quatennens après sa mise en retrait de sa fonction de coordinateur, les députés insoumis n’en menaient pas large. Agacée, Mathilde Panot a renvoyé au « communiqué de presse » du mouvement et s’est vite effacée du micro. Relancés par un journaliste, les élus LFI regardaient le plafond, avant que Danielle Obono ne se lance enfin pour répondre (à côté). C’est peu dire que la sortie du patron de LFI, qui a légèrement tenté de rectifier le tir dans un second tweet, a suscité la controverse dans son camp.

« Ça nous a tous mis mal à l’aise », a reconnu l’eurodéputée LFI Manon Aubry jeudi matin sur France info. « Ce n’est rendre service à personne, ni aux victimes, ni au mouvement, encore moins aux personnes mises en cause, que de minimiser [les violences conjugales] », a ajouté Danielle Obono jeudi midi dans un communiqué publié sur Twitter. En début de semaine, plusieurs élues avaient également critiqué la réaction de l’ancien sénateur socialiste. « Ce ne sont pas mes mots », réagissait la députée Clémentine Autain, tandis que sa collègue Pascale Martin estimait que de telles réactions étaient « insuffisantes et inacceptables à plus d’un titre » car elles pouvaient « avoir des conséquences graves » en décourageant les femmes de signaler des faits de violences.

Une première pour les anciens

Une séquence plutôt nouvelle, remarquent d’anciens responsables de LFI. « Jean-Luc Mélenchon a commis d’autres fautes politiques, notamment lors des perquisitions [en 2019], et il est déjà arrivé que des cadres s’opposent en interne à des choix du patron. Mais c’est la première fois, depuis la création de la maison Mélenchon, que ça tangue à ce point-là et de manière publique, c’est très étonnant », remarque le politologue Thomas Guénolé, ex-cadre du mouvement, parti avec fracas en avril 2019.

« Il y a eu par le passé des moments de tension en interne et des critiques sur la dérive autocratique du parti, comme lors de mon bannissement en 2019. Mais ça ne débordait alors pas trop dans l’espace médiatique, car l’appareil s’auto-purgeait et les déçus quittaient le mouvement », assure l’ex-orateur national François Cocq. « Aujourd’hui, Mélenchon est très entouré numériquement, mais il a en réalité très peu de fidèles historiques. Avec l’élargissement de la base LFI, l’émergence de nouvelles figures et sa position de mise en retrait qui le fragilise, le rapport de force interne est en train de basculer », analyse ce soutien de Fabien Roussel à la dernière présidentielle.

Des conséquences sur l’avenir de LFI ?

Contactés par 20 Minutes, plusieurs élus de La France insoumise ont préféré faire la sourde oreille. « Jean-Luc Mélenchon reste la figure du mouvement, même si d’autres émergent. Il était évident que des gens, et moi le premier, ne se reconnaîtraient pas dans son tweet, mais je pense que la contestation interne, sur un sujet sensible, n’est que conjoncturelle », relativise un député LFI.

Difficile de savoir si l’affaire Quatennens et cette (légère) contestation auront des conséquences plus profondes sur l’organisation du mouvement, voire sur la succession à Jean-Luc Mélenchon dans l’optique de 2027. D’autant que ce dernier ne cesse de souffler le chaud et le froid sur son avenir. François Cocq, lui, appelle à la prudence. « Jean-Luc Mélenchon vise le temps long. Et ceux qui ont l’impression de faire un coup aujourd’hui pourraient bien le payer le moment venu ».