France

Affaire Pilarski : « Je ne tuais pas Curtis s’il l’avait touchée »

Au tribunal correctionnel de Soissons, Christophe Ellul, propriétaire de l’animal et compagnon d’Elisa Pilarski, défend son chien et assure qu’il est innocent depuis le jour des faits en novembre 2019. Curtis a été acheté aux Pays-Bas, déclaré comme un Patternal Terrier Whippet sur son passeport, mais un expert l’a identifié comme un croisé proche d’un American pitbull terrier, appartenant à la catégorie 1, interdite sur le territoire français.

Au tribunal correctionnel de Soissons,

Ce n’est pas le procès du chien. Pourtant, presque toutes les questions portent sur le comportement de Curtis, ses promenades, sa race et son acquisition. Au premier jour de son procès pour homicide involontaire, Christophe Ellul, propriétaire du chien et compagnon d’Elisa Pilarski, défend son animal avec conviction. Six ans après la mort de sa compagne, enceinte à l’époque de leur fils Enzo, le prévenu semble encore profondément affecté. Il n’a pas reconstruit sa vie, déclare-t-il d’une voix monotone à la barre, vêtu de noir de la tête aux pieds. Pour tenter d’échapper à l’angoisse du drame, il « consacre [son] temps au travail ».

Sa douleur immense reflète l’horreur des événements qu’il a vécus. C’est lui qui a découvert le corps de sa compagne, « mangée de partout ». Lors de cette découverte, au moment où il l’a trouvée nue dans la forêt de Retz (Aisne), il s’est « imaginé plein de choses, qu’elle s’était fait violer ». « Il y a beaucoup de choses qui se sont passées dans ma tête. J’étais perdu », se souvient-il. Cependant, des zones d’ombre subsistent.

Notamment un message mystérieux et particulièrement accablant, envoyé depuis son téléphone à la victime. À l’heure où il cherchait Elisa Pilarski, il a écrit : « je le fais piquer ». Cela pèse contre son chien. Toutefois, aujourd’hui, le prévenu déclare ne « pas se rappeler l’avoir écrit ». « Je ne dis pas que je ne l’ai pas écrit, mais je ne sais pas. Si j’avais écrit ce message, il serait encore dans mon téléphone », avance-t-il. « À aucun moment quelqu’un n’a dit qu’il avait été effacé, on vous dit juste que vous ne l’avez jamais mentionné, le corrige la procureure. La seule personne qui a dit qu’il avait été effacé, c’est vous. »

Un chien illégal sur le territoire français

Devant la mère et l’oncle d’Elisa Pilarski, parties civiles au procès, il maintient, comme depuis le jour des faits en novembre 2019, que Curtis est innocent. S’il avait eu la preuve que son chien, âgé de deux ans à l’époque, avait causé la mort d’Elisa, il assure que c’est lui qui « aurait tué Curtis ». « Je n’ai plus ma femme, je n’ai plus mon fils. Est-ce que vous pensez que j’aurais laissé une chance à Curtis ? », interroge-t-il la cour. Selon lui, son chien n’a jamais montré le moindre signe d’agressivité, même face à ses neveux, des enfants de deux et trois ans, « les mains pleines de gâteaux ». Aujourd’hui, il déclare : « Je veux savoir la vérité, je l’attends depuis 7 ans. Si Curtis est coupable, tuez-le, piquerez ou c’est moi qui le ferai, mais montrez-moi les preuves. C’est tout ce que je vous demande. Je ne veux pas qu’Elisa et Enzo soient morts pour rien ».

Curtis a été acquis aux Pays-Bas, présenté comme un Patternal Terrier Whippet sur son passeport. Cependant, un expert, au cours de l’instruction, l’a plutôt identifié comme un croisé proche d’un American pitbull terrier, classé dans la catégorie 1, celle des chiens dangereux, interdite sur le territoire français. Il aurait ainsi été inscrit dans le livre généalogique de l’American pitbull terrier (APBT).

« Je n’ai rien inscrit », affirme Christophe Ellul. Interrogé par la procureur, il conteste avoir été informé de la véritable race de son chien. Cette dernière lui rappelle des propos rapportés par sa fille Charlotte : « Les gens ont des pitbulls avec des papiers de staff [autre race de chien], sinon, il n’y aurait pas de pitbull en France. Après, il faut juste trouver un vétérinaire ». L’intéressé conteste. L’échange devient tendu. Mis en difficulté, Christophe Ellul manifeste son impatience, devient agacé, s’énerve. « Apparemment, c’est moi le menteur », lance-t-il. Il est rappelé à l’ordre par la représentante du ministère public qui lui conseille de ne pas être « acerbe », soulignant que cela pourrait nuire à sa défense.

Échanges tendus avec le procureur

Ce propriétaire d’un grand nombre d’animaux (environ huit chiens recensés) soutient qu’ils formaient « une famille ». Toutefois, des témoins affirment qu’ils vivaient dans des cages 23 heures sur 24, rappelle la présidente du tribunal, Armelle Radiguet. « C’est faux », rétorque le prévenu, précisant cependant que les chiens étaient effectivement en cage « pendant les transports », « pour les faire manger », « la nuit aussi » et quand il partait travailler.

La question centrale demeure : était-il conscient de la véritable race de son chien ? Et donc de sa potentielle dangerosité ? Aurait-il pu éviter les risques encourus par Elisa Pilarski ce jour-là d’automne, lorsqu’elle s’est rendue seule dans la forêt avec ce chien entraîné aux compétitions sportives et au mordant ? Pour l’accusation, il ne fait aucun doute que Curtis est à l’origine des blessures mortelles. En revanche, la défense évoque une autre hypothèse, suggérant que la meute de chiens de chasse à courre présente à ce moment-là pourrait avoir attaqué la jeune femme. Le tribunal aura trois jours pour se prononcer.