Affaire Perdriau : Accusé de pédocriminalité par le maire de Saint-Etienne, Wauquiez va porter plainte pour diffamation

Sa réaction n’a pas tardé. Dès que Mediapart a finalement été autorisé à publier de nouvelles révélations sur les « méthodes politiques » de Gaël Perdriau, Laurent Wauquiez a annoncé dans la foulée qu’il allait porter plainte contre l’élu stéphanois pour diffamation. La raison ? L’enquête révèle que le maire de Saint-Etienne a sciemment fait courir en 2017 une rumeur le concernant et l’accusant d’être un pédocriminel.

La scène se déroule le 27 novembre 2017, dans le bureau du maire à l’hôtel de ville de Saint-Etienne. Gilles Artigues, ancien premier adjoint, est présent. La discussion est tendue. Le maire et son directeur de cabinet lui reprochent son manque de loyauté. Ils le menacent de diffuser une vidéo compromettante, tournée trois ans plus tôt dans une chambre d’hôtel parisien et dans laquelle on le voit en compagnie d’un escort-boy. Un chantage à la sextape révélé par Mediapart ayant par ailleurs diffusé les enregistrements sonores de cette réunion de travail.

« Il allait s… des petits garçons sur le parking des supermarchés »

Au cours de cette conversation enregistrée discrètement par Gilles Artigues, les échanges finissent par dévier sur Laurent Wauquiez, le président LR de la région Auvergne-Rhône-Alpes. Gaël Perdriau le voit comme un adversaire susceptible de lui faire de l’ombre sur le plan national puisqu’il brigue à l’époque la présidence des Républicains.

Furieux, le maire stéphanois accuse son adjoint d’avoir « agi dans son dos » pour s’être rendu à une soirée organisée par le patron de la région. Devant les dénégations de son bras droit, il hausse le ton. Se fait menaçant. « Tu mens, tu mens, tu es allé faire le coq. Il y avait des gens autour, que j’ai vus. Tu es allé faire le coq en disant : “Comment tous les deux on pourrait baiser Perdriau ?”… », s’emporte-t-il.

Gilles Artigues se défend : « Wauquiez, je l’ai connu bien avant toi quand il était stagiaire à Ysingeaux… » « Et qu’il allait s… sur le parking des supermarchés des petits garçons… », l’interrompt brutalement Gaël Perdriau.

Des propos « tenus dans le cadre privé »

Cinq ans plus tard, l’intéressé a reconnu auprès de Mediapart que ses accusations n’étaient que « pure calomnie », indique le site d’information. « Ces propos sont grossiers et sans fondement, mais tenus dans le cadre privé et restreint de mon bureau, dans un moment d’extrême tension avec mon premier adjoint », se défend l’élu. Il explique ne pas avoir supporté que Laurent Wauquiez ait pu dire qu’il y avait « des quartiers perdus de la France » à Saint-Etienne.

Mis au courant de cette rumeur, le président de la région Auvergne-Rhône-Alpes a répliqué dans la foulée sur Twitter. « Je n’imaginais pas qu’un élu de la République puisse tomber dans une telle indignité, lâche Laurent Wauquiez. Même si l’intéressé a été conduit à reconnaître son mensonge abject, je saisis l’autorité judiciaire et porte plainte pour diffamation contre Gaël Perdriau. »

Le maire de Saint-Etienne avait saisi la justice pour empêcher la publication de ces nouvelles révélations. « Après 12 jours de censure », Mediapart a finalement été autorisé ce mercredi à diffuser son enquête.