Affaire Péchier: Tout comprendre à l’affaire «hors norme» de l’anesthésiste de Besançon

Le docteur Frédéric Péchier devant la la cour d’appel de Besançon le 29 mars 2017. — Sebastien Bozon / AFP

  • Le docteur Frédéric Péchier a été placé en garde à vue mardi à Besançon pour être interrogé sur une cinquantaine d’incidents médicaux suspects.
  • Si les charges se confirmaient, le parquet pourrait délivrer un réquisitoire supplétif pour joindre cette enquête préliminaire à la première affaire pour laquelle il avait été mis en examen pour sept empoisonnements.
  • Les enquêteurs soupçonnent le docteur Péchier d’avoir sciemment modifié les poches d’injection de confrères afin de provoquer des incidents opératoires pour exercer ensuite ses talents de réanimateur.

Il avait déjà été mis en examen il y a deux ans, soupçonné d’avoir empoisonné sept de ses patients. Sauf que le nombre de victimes pourrait être bien plus élevé. Le docteur Frédéric Péchier a été placé en garde à vue mardi à Besançon pour être interrogé sur une cinquantaine d’incidents médicaux suspects. Ce qui donnerait à cette affaire une tout autre tournure. 20 Minutes fait le point sur les faits reprochés à l’anesthésiste de Besançon.

Pourquoi l’affaire Péchier est-elle relancée ?

Le docteur Péchier avait été mis en examen une première fois en 2017, pour sept cas de patients âgés de 37 à 53 ans qui avaient subi, entre 2008 et 2017, des interventions chirurgicales ne présentant pas de difficultés particulières. Dans la foulée, le parquet avait ouvert une enquête préliminaire pour plusieurs dizaines de signalements « d’événements indésirables graves » (EIG) qui se seraient produits dans les cliniques où l’anesthésiste exerçait.

Qu’est ce qu’un EIG ? « Il s’agit d’un événement inattendu au regard de l’état de santé et de la pathologie de la personne et dont les conséquences sont le décès, la mise en jeu du pronostic vital, la survenue probable d’un définit fonctionnel permanent y compris une anomalie ou une malformation congénitale », affirme la Haute autorité de santé (HAS). Les professionnels de santé sont obligés de signaler ces cas.

« Dès 2017, on savait qu’il y avait potentiellement plus de victimes », indique à 20 Minutes maître Frédéric Berna, l’avocat des parties civiles. Avec les demandes d’exhumation qui ont été faites. » Quinze décès seraient en jeu, selon Le Parisien. Le cas d’un enfant de 4 ans, qui lui a survécu, a également été rapporté par France Bleu Besançon.

Opéré des amygdales en 2016, le petit Teddy, âgé de 4 ans, a fait deux arrêts cardiaques, avant d’être réanimé. Ses parents ont déposé une plainte contre X début 2017, puis contre le docteur Frédéric Péchier mardi. A cela s’ajoute une autre victime présumée, une femme opérée en janvier 2015 pour une « banale intervention », qui a témoigné auprès de France 3 après avoir déposé plainte.

Pourquoi s’agit-il d’une affaire hors norme ?

« On a la preuve qu’il y a eu empoisonnement pour sept dossiers, c’est déjà une drôle de coïncidence, avance Frédéric Berna. Si les dizaines d’autres cas sont avérées, ce sera encore plus dur à faire croire. » L’avocat des parties civiles reste prudent sur le nombre de cas retenus par la justice.

« A partir de sept cas, on est déjà au-delà du serial killer, affirme-t-il. Rendez-vous compte que toutes ces personnes, dont des enfants, sont entrées à l’hôpital pour être soignées. Certaines n’en sont pas ressorties, d’autres avec des séquelles, dont certaines très graves ». Pour l’avocat, si le nombre de cas s’avérait aussi important, ce serait « une première en France » dans une affaire d’empoisonnement. L’avocat parle d’une « affaire hors norme ».

Le docteur Péchier a été interrogé sur ces cas depuis mardi, sa garde à vue ayant été prolongée mercredi matin. L’interrogatoire s’est terminé ce jeudi matin, la garde à vue ne pouvant excéder les 48 heures. Si les charges se confirmaient, le parquet pourrait délivrer un réquisitoire supplétif pour joindre cette enquête préliminaire à la première affaire.

Quel est le profil du docteur Péchier ?

Le profil particulier de l’anesthésiste, âgé de 47 ans, est l’une des grandes interrogations de cette affaire. Depuis le début, le docteur Péchier clame son innocence et nie les faits qui lui sont reprochés. Maître Frédéric Berna évoque un homme « prétentieux », « très intelligent » et qui aurait « un complexe de supériorité sur le reste du monde médical ». Quand il y a un problème, c’est toujours la faute des autres qui sont autour de lui et qui ne sont pas suffisamment compétents », ajoute l’avocat.

Les enquêteurs soupçonnent le docteur Péchier d’avoir sciemment modifié les poches d’injection de confrères afin de provoquer des incidents opératoires pour exercer ensuite ses talents de réanimateur. Il a été placé sous contrôle judiciaire, avec une interdiction d’exercer pour les sept premiers cas de patients qui auraient été empoisonnés.

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