Affaire Le Scouarnec : Faut-il que le procès du chirurgien de Jonzac soit public ?

La procureure de la République de Lorient Laureline Peyreffite, ici le 20 décembre 2019. — C. Allain / 20 Minutes

  • Joël Le Scouarnec, chirurgien, est soupçonné d’avoir violé et agressé sexuellement des centaines d’enfants au cours des dernières décennies.
  • Ce vendredi, il doit comparaître aux assises de Charente-Maritime pour une première affaire de viols et d’agressions sexuelles de quatre fillettes.
  • Les parents d’une fillette partie civile se battent pour que le procès ne se tienne pas à huis clos.

Entre la terrasse du Starbucks et le vendeur de valises, deux journalistes devisent  le long du boulevard de Sébastopol, à Paris. « Ça va être dans quelle salle ? », demande le premier. « Celle de la dernière fois ? Elle était bien… », imagine le second. « Ou alors, celle où l’on avait pris la collation ? Tu te souviens… »

Cinq étages plus haut, au numéro 11, l’avocate Francesca Satta choisit finalement la pièce de son cabinet qui fait face à la kitchenette pour recevoir la presse, en ce vendredi 14 février. Elle n’est pas très grande. Alors, on replie le paper-board dans un coin. On assoit quelques reporters par terre. On demande aux autres de se serrer. « Et on attend France 3 ! », ordonne aussi l’avocate, visiblement rodée à l’exercice.

A ses côtés, Laura T. et Jérôme L. n’en peuvent plus de patienter. Alors, au bout de quelques minutes, ils lâchent l’essentiel de leur message à la trentaine de journalistes : « On est là pour notre fille qui s’est fait violer par un fou (…) Si elle n’avait pas parlé… Ce gars-là serait toujours dehors à faire des victimes ! »

Le chirurgien soupçonné d’avoir fait au moins 349 victimes

« Ce gars-là » s’appelle Joël Le Scouarnec. Il est âgé de 69 ans. Au début, les médias l’ont surnommé « le chirurgien de Jonzac » du nom de cette ville de Charente-Maritime où il exerçait. Où il est soupçonné d’avoir violé de jeunes patients des années durant. Et puis l’enquête a établi qu’il avait aussi travaillé à Loches (Indre-et-Loire), Vannes (Morbihan), Quimperlé (Finistère)… Et que le nombre de ses victimes pourrait être bien plus important que ce que l’on imaginait. Fin décembre, Laureline Peyrefitte, la procureure de Lorient (Morbihan) où le dossier est instruit, l’a estimé à 349. Tout en précisant que les investigations se poursuivaient pour savoir s’il n’y en a pas davantage, en réalité.

Mais la justice n’a pas prévu d’attendre pour commencer à réclamer des comptes au praticien. Ce vendredi, il va comparaître devant la cour d’assises de Charente-Maritime, à Saintes, pour des viols ou agressions sexuelles commis sur quatre fillettes : une patiente soignée pour une pancréatite quand il opérait à Loches dans les années 1990, deux de ses propres nièces, et l’enfant de Laura T. et Jérôme L., dont Joël Le Scouarnec était le voisin.

Les nièces du chirurgien veulent réclamer le huis clos

« On n’est pas là pour un repas de famille », prévient d’emblée le père de la fillette face à la presse, tout en remontant les manches de son pull noir. C’est que, quasiment trois ans après les faits, il ne comprend pas tous les ressorts de cette affaire. Un exemple ? « Quand vous regardez Enquête d’action [ une émission sur W9], les policiers défoncent la porte [d’un suspect dès qu’il est dénoncé] ! Et Le Scouarnec, il a fallu attendre trois jours pour qu’ils viennent le chercher. » Le père ne saisit pas, non plus, comment le chirurgien a pu faire autant de victimes sans être inquiété. Et, surtout, pourquoi son procès pourrait se tenir à huis clos.

« Beaucoup de gens ont besoin de savoir ce qui s’est passé. Notre fille à 9 ans. Et c’est une héroïne ! » Assurément. Mais rien ne dit qu’elle sera heureuse, dans quelques années, de voir les détails de son agression sexuelle gravés dans les archives de la presse et surtout d’Internet pour l’éternité…

Cela ne devrait jamais arriver. Avocate des deux nièces du chirurgien, Delphine Driguez confirme que ses clientes vont demander le huis clos lors du procès. « Et il y a 99 chances sur 100 qu’il soit accordé, résume-t-elle. Mes clientes sont terrorisées à l’idée de parler des viols répétés qu’elles ont subis entre 2 et 9 ans. Elles accepteront de le faire à huis clos devant les magistrats et les jurés populaires seulement. Mais pas devant la presse et le public. »

« Et puis, il y a les montages photo… »

C’est bien la preuve que le cas Le Scouarnec divise. Attraction pour le plus grand pédophile que la France ait jamais connu, si les faits étaient avérés. Répulsion pour ce qu’il est accusé d’avoir commis. Si les enquêteurs ont recensé 349 victimes potentielles, c’est parce que l’homme a détaillé le moindre de ses faits et gestes dans des fichiers informatiques insoutenables. Jour après jour. « Sans parler des montages photos, poursuit Delphine Driguez. Personne n’a besoin de voir ça. Personne n’a besoin que l’on en parle… »

Jérôme L. et Laura T., eux, ne pensent pas à mal en demandant la publicité des débats. Mais bien à l’omerta qui a régné dans la famille Le Scouarnec pendant des années et qui, selon eux, a permis au chirurgien de récidiver. « Il faut la briser ! Pour nous, c’est similaire à l’affaire Dutroux. On n’a rien à cacher. J’attends que la justice se réveille… » Celle-ci est prête à toute éventualité. Elle s’est organisée pour accueillir des dizaines de journalistes, ce vendredi, à la cour d’assises. Quitte à leur demander de quitter le prétoire au bout de quelques minutes si le huis clos est ordonné.

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