Affaire le Graët : « Si on lui demande de revenir dans l’intérêt de la France… » Michel Platini, l’homme providentiel ?

Un (tout) petit peu de répit pour Noël Le Graët. Réuni ce jeudi, le comité exécutif de la FFF a décidé de ne rien décider au sujet de son président, en attendant la publication de l’audit commandé par le ministère des Sports, espérée fin janvier. Toutefois, un retour aux affaires du dirigeant de 81 ans, contraint de se mettre en retrait le 11 janvier et visé depuis lundi par une enquête du parquet de Paris pour harcèlement moral et sexuel, semble relever de la science-fiction.

Dans ces conditions, les noms de dirigeants en place, comme Philippe Diallo, vice-président promu patron par intérim de la FFF, Jamel Sandjak ou Marc Keller sont évoqués pour remplacer le Breton. Mais une autre petite musique s’est très rapidement fait entendre, au lendemain des déclarations de Le Graët sur Zinédine Zidane, le 8 janvier sur RMC Sport, qui ont précipité sa chute. Dès le lendemain, sur la même antenne, le journaliste Daniel Riolo affirmait qu’Emmanuel Macron en personne avait sondé les intentions de Michel Platini, ce que 20 Minutes a pu se faire confirmer.

Par ailleurs, l’ancien président de l’UEFA, de 2007 à 2015, sera reçu le 10 février par Amélie Oudéa-Castéra, ministre des Sports et opposante numéro 1 de Le Graët. « Il doit rencontrer la ministre, mais c’était prévu bien avant ces histoires, pour discuter de la situation actuelle du foot », précise Jacques Vendroux, très proche du triple Ballon d’or (1983, 1984, 1985). « Noël Le Graët a fait énormément de choses positives, mais il a récemment disjoncté parce qu’il est fatigué, poursuit le journaliste d’Europe 1. C’est le moment de partir, et je milite pour que ce soient des anciens grands joueurs qui prennent le pouvoir dans les clubs et les fédérations. Comme Beckenbauer en Allemagne, ou d’anciennes gloires au Real. »

Un retour aux affaires, sept ans après ?

Et Platini à la FFF ? Vendroux appuie l’idée, bien sûr, même s’il évoque aussi « Arsène Wenger, Lilian Thuram ou Michel Denisot ». Avant de préciser sa pensée : « Mon favori est évidemment Michel parce que je considère que c’est l’homme de la situation, qui sera capable de faire consensus autour de lui, par rapport à tout ce qu’il a déjà fait. »

Mais en a-t-il vraiment envie, à 67 ans, dont les sept dernières passées loin des instances, depuis ses démêlés avec la justice suisse qui l’ont empêché de postuler à la présidence de la FIFA ? « J’en ai parlé avec lui, non il n’a pas très envie de revenir, dévoile l’inamovible dirigeant du Variétés Club de France. Mais si on lui demande de revenir dans l’intérêt de la France, il va revenir. »

Michel Platini après son acquittement par le tribunal de Bellinzone, en Suisse, le 8 juillet 2022.
Michel Platini après son acquittement par le tribunal de Bellinzone, en Suisse, le 8 juillet 2022. – Fabrice Coffini / AFP

Dans l’entourage de l’ancien sélectionneur des Bleus (1988-1992), actuellement en vacances sur l’île Maurice, d’autres voix évoquent ce besoin presque gaullien de se sentir désiré pour postuler à la tête de la FFF, dont il a déjà été le vice-président en 2001. Pourtant, le 15 juillet dernier, l’ancien numéro 10 de l’équipe de France et de la Juventus Turin tenait un discours bien différent : « Cela fait 50 ans que je suis dans la médiatisation, indiquait-il sur LCI. Ma famille, moi, avons besoin d’un repos médiatique. J’ai décidé de ne pas me présenter à la FIFA, à l’UEFA, à la FFF, à la Fifpro. »

Ces déclarations intervenaient une semaine à peine après son acquittement en Suisse, en compagnie de l’ex-patron de la FIFA Sepp Blatter, dans l’affaire du paiement de 2 millions de francs suisses (1,9 million d’euros) fait par le second au premier. Le parquet helvète et la FIFA, dirigée par Gianni Infantino, le « meilleur ennemi » de Platini, ont fait appel depuis.

Maintenant, ou sans doute jamais

A froid, quelques mois plus tard, le pourfendeur de l’arbitrage vidéo ne serait plus aussi catégorique. Il sait également qu’à son âge, une telle occasion de retrouver de hautes responsabilités ne se représentera peut-être plus. Alors, pourquoi ne pas postuler, surtout si un président de la République, fan de longue date de l’une des icônes du foot français, après Kopa et avant Zidane ou Mbappé, l’incite à reprendre du service ?

Et le « peuple », qu’en pense-t-il ? D’après un sondage Odoxa pour Winamax et RTL publié samedi, 32 % des Français interrogés estiment que Zizou serait le meilleur président possible pour la FFF. Un scénario hautement improbable pour l’ancien entraîneur du Real, plus proche de retrouver un banc que de présider un Comex. Platini et Deschamps arrivent deuxièmes ex aequo (24 %). Chez les amateurs de foot, Zidane domine toujours avec ses 32 %, mais l’ancien patron des Bleus devance l’actuel (27 % et 19 %).

L’ombre des affaires judiciaires

Du côté de 20 Minutes, nous avons lancé un appel à contributions sobrement intitulé « Que pensez-vous d’un retour de Michel Platini dans le football français ? ». Plus de 250 personnes ont réagi avec des opinions très partagées. Jérôme synthétise l’opinion des partisans : « C’est le seul à cocher toutes les cases. Capitaine des Bleus, sélectionneur de l’équipe de France et président de l’UEFA, il pourrait former un trio magique avec Zidane sélectionneur et Mbappé capitaine. Il a été blanchi en première instance par des juges suisses qui ont bien compris d’où venait le complot. 2023 pourrait bien être l’année de Platoche. »

De l’autre côté, on rappelle le fameux procès, mais aussi le « Qatargate » autour de l’attribution à l’émirat de la Coupe du monde 2022. Platini avait été placé en garde à vue le 18 juin 2019, mais il n’a fait depuis l’objet d’aucune poursuite. Ce qui n’empêche pas Patrick de s’offusquer : « Il traîne également derrière lui un bon nombre de casseroles, ce n’est pas avec lui qu’on va redorer l’image de la FFF. Il faut revoir de fond en comble le fonctionnement du Comex et mettre un terme aux petits arrangements entre « amis » qui permettent de maintenir à son poste un président incontrôlable ! Virer NLG et sa vice-présidente [Florence Hardouin] ne changera rien, il faut tout remettre à plat ! »

Coprésident du comité d'organisation de la Coupe du monde en France, Michel Platini félicite Didier Deschamps, le capitaine des Bleus, après leur victoire en finale face au Brésil (3-0) au Stade de France, le 12 juillet 1998.
Coprésident du comité d’organisation de la Coupe du monde en France, Michel Platini félicite Didier Deschamps, le capitaine des Bleus, après leur victoire en finale face au Brésil (3-0) au Stade de France, le 12 juillet 1998. – Gabriel Bouys / AFP

Pour sa part, Najwa El Haïté s’exprime sur le sujet « à titre personnel, pas en tant qu’avocate » de Platini : « J’accueillerai cela comme une bonne nouvelle, parce que Michel Platini a beaucoup donné au foot, c’est un mythe, qui a ensuite occupé les plus hautes fonctions dans son sport, en tant que président de l’UEFA, en cherchant à démocratiser le foot, et le foot amateur. » Pour l’avocate au barreau de Paris, la décision de revenir « appartient à lui et à sa famille ».

Et les affaires judiciaires, est-ce qu’elles ne risquent pas de plomber ces velléités de retour ? « Elles ne sont pas un frein, il a été innocenté, ainsi que Monsieur Sepp Blatter, par le tribunal pénal fédéral de Bellinzone [Suisse], et l’arrêt rendu par le tribunal est très solide, réplique Me El Haïté. Le parquet a fait appel parce qu’une partie, pas son ensemble, a joué un rôle assez flou. »

« En mode contre-attaque »

Désormais, Platini « est plus sur un mode contre-attaque que défense, puisqu’il sait qu’il est innocent », lâche-t-elle. La preuve ? « Au niveau de la justice française, il a déposé plainte le 17 novembre 2021 à l’encontre de GIanni Infantino, le président de la FIFA, pour trafic d’influence actif, et contre Marco Villiger, ancien directeur des services juridiques de la FIFA pour complicité de trafic d’influence actif. Mais à ce jour, nous n’avons aucun retour malgré nos relances avec mes confrères Hervé Temime et Gérard Zbili. » Même flou autour de la date du procès en appel de son client et de Sepp Blatter en Suisse. « Cela peut prendre des années », relève l’avocate.

D’ici là, la FFF aura très certainement un nouveau patron, et Didier Deschamps ne pourra sans doute plus donner du « mon président » à Noël Le Graët. A ce sujet d’ailleurs, selon nos informations, le sélectionneur des Bleus, que la situation actuelle fragilise par ricochet, ne verrait pas d’un bon œil l’arrivée de Michel Platini à la tête de la Fédération. Les deux hommes n’entretiendraient pas forcément des relations chaleureuses depuis que le second dirigeait le premier en équipe de France, il y a plus de trente ans.