Affaire Epstein : Qui est Jack Lang,« ministre de la Culture à vie » ?
Jack Lang a présenté sa démission de la présidence de l’Institut du monde arabe (IMA) samedi, après avoir dirigé l’organisation depuis 2013. Il est également visé par une enquête préliminaire du Parquet national financier pour « blanchiment de fraude fiscale aggravée », concernant « les faits révélés par Mediapart relatifs à Caroline et Jack Lang » et leurs liens financiers supposés avec Jeffrey Epstein.
C’est une personnalité marquante de la politique française et du monde culturel depuis près de cinquante ans. Cependant, à 86 ans, Jack Lang, surnommé « ministre de la Culture à vie », connaît actuellement une période tumultueuse en lien avec l’affaire Jeffrey Epstein.
Dans ce contexte difficile, il a finalement annoncé samedi sa démission de la présidence de l’Institut du monde arabe (IMA), qu’il dirigeait depuis 2013, en raison de ses liens avec le criminel sexuel américain. En outre, Jack Lang fait l’objet d’une enquête préliminaire du Parquet national financier pour « blanchiment de fraude fiscale aggravée », liée « aux faits révélés par Mediapart concernant Caroline et Jack Lang » et leurs liens financiers présumés avec Epstein.
### Une vie dédiée aux arts et au droit public
Né le 2 septembre 1939 à Mirecourt, dans les Vosges, dans une famille juive aisée, Jack Lang s’inscrit jeune au conservatoire d’art dramatique de Nancy où il rencontre Monique Buczynski, son épouse depuis 1961. Le couple Lang a eu deux filles : Valérie, comédienne, décédée en 2013 à 47 ans d’une tumeur au cerveau fulgurante, et Caroline, productrice.
Dans les années 1960, il fonde le festival de théâtre de Nancy, ville où, après Sciences Po Paris et une agrégation de droit public, il enseigne à l’université.
En 1972, il est nommé par le président Georges Pompidou directeur du théâtre national de Chaillot, mais il est limogé deux ans plus tard. Il rejoint le Parti socialiste en 1977, marquant ainsi le début d’une nouvelle carrière.
### Un emblématique ministre de la Culture
Nommé ministre de la Culture après l’élection de François Mitterrand en mai 1981, il transforme le ministère en « ruche », selon son propre terme. Son objectif principal : démocratiser la culture en l’ouvrant aux « arts mineurs » (bandes dessinées, rock, rap, photographie, haute couture…). Ses opposants le critiquent, le qualifiant de démagogue préoccupé par les « coups médiatiques » et lui reprochent de mettre sur un même plan l’art véritable et la culture. Malgré cela, le public le soutient.
Durant ses deux mandats au ministère de la Culture (1981-1986 et 1988-1993), il a durablement influencé le paysage culturel. « Il fait partie du paysage de notre jeunesse, comme le Concorde ou la Pyramide du Louvre », a écrit l’académicien Jean-Marie Rouart.
Créateur de la fête de la musique en 1982 et des Journées du patrimoine deux ans plus tard, il a également incarné la volonté de François Mitterrand de réaliser de grands projets architecturaux à Paris : Grand Louvre, Arche de la Défense, Opéra Bastille, Bibliothèque nationale de France ou IMA. Populaire auprès des jeunes et chéri des sondages, il a toujours été à l’écoute des mouvements sociaux, défendant tôt les droits des homosexuels et lançant la Techno Parade en 1998.
Au-delà de son goût pour la « paillette », cet homme au style soigné, à l’élégance contemporaine et à l’éloquence souvent emphatique, a été un travailleur acharné, doté d’une grande créativité et d’un savoir-faire indéniable.
### Un « mitterrandolâtre » député, maire et député européen
Bien que son nom soit généralement associé à la culture, Jack Lang n’a pas délaissé le combat politique. Il a été député du Loir-et-Cher et du Pas-de-Calais, maire de Blois (1989-2000), député européen et président de la commission des Affaires étrangères de l’Assemblée nationale.
Ce « mitterrandolâtre » avéré – ayant coécrit un Dictionnaire amoureux de François Mitterrand – a conservé une grande popularité, sans toutefois réussir à la traduire en succès pour représenter son parti aux élections présidentielles de 1995 et 2007.
### Une cible des rumeurs de l’extrême droite
Ciblé par l’extrême droite, il a régulièrement été victime de rumeurs qu’il juge « abjectes ». « C’est une rumeur qui s’autoalimente. Il n’y a jamais eu de plaignant, jamais d’enquête ouverte, jamais de procédure. Toutes les calomnies sur des accusations de pédophilie seront poursuivies », a affirmé vendredi son avocat, Me Laurent Merlet.
### Un politique au franc-parler
Au cours de sa carrière, Jack Lang s’est également fait remarquer pour ses déclarations peu conventionnelles. En 2018, il a qualifié Donald Trump de « président de merde ». En 2021, il a dénoncé le « maccarthysme culturel » qui aurait conduit à la démission de l’élu parisien Christophe Girard en raison de ses liens avec l’écrivain Gabriel Matzneff, faisant l’objet d’une enquête pour des viols sur mineure.

