Affaire Epstein : Mis en examen pour viol, l’agent de mannequins Jean-Luc Brunel contre-attaque face à son accusatrice américaine

Il soutient mordicus n’avoir jamais eu de relations sexuelles avec elle. Et encore moins de rapports contraints. Six mois après avoir été mis en examen pour « viols » et placé en détention provisoire, l’agent de mannequins Jean-Luc Brunel lance une offensive judiciaire contre sa principale accusatrice. Selon nos informations, il a déposé une plainte à Paris, le 18 juin, pour « dénonciation calomnieuse » contre Virginia Roberts Giuffre.

Aujourd’hui âgée de 37 ans, cette Américaine est l’une des premières à avoir dénoncé le réseau de trafic sexuel mis en place par le pédocriminel Jeffrey Epstein dans les années 2000. Elle prétend notamment avoir été retenue comme « esclave sexuelle » pendant trois ans et livrée aux amis du milliardaire. Dont le Français Jean-Luc Brunel donc, qu’elle accuse également d’avoir joué les « rabatteurs » pour Epstein, qui s’est suicidé dans sa cellule en août 2019…

Virginia Roberts Giuffre tient une photo d'elle à 16 ans, quand elle a rencontrée Jeffrey Epstein.
Virginia Roberts Giuffre tient une photo d’elle à 16 ans, quand elle a rencontrée Jeffrey Epstein. – Miami Herald/TNS/Sipa USA/SIPA

En raison de l’épidémie de coronavirus, c’est par visioconférence qu’elle s’était confiée une première fois, en 2020, aux enquêteurs français à ce sujet. Par écrans interposés, elle avait alors accusé Jean-Luc Brunel de l’avoir violée à quatre reprises entre février et août 2001. Comme elle était mineure à cette époque, les faits dénoncés ne seraient pas prescrits, contrairement aux accusations de viol émanant de plusieurs ex-mannequins remontant aux années 1980-1990. C’est essentiellement sur la base du témoignage de Virginia Roberts Giuffre que l’agent français a été arrêté le 19 décembre 2020, mis en examen et incarcéré à la prison de la Santé (Paris) alors qu’il s’apprêtait à prendre un vol pour Dakar.

La soirée d’anniversaire de Naomi Campbell en question

Mais aujourd’hui, son témoignage est partiellement remis en cause. A la demande des avocats de Jean-Luc Brunel, l’Américaine, qui habite aujourd’hui en Australie, a été convoquée le 14 juin au tribunal de Paris pour une confrontation. Signe de l’importance de ce face-à-face, l’avocate américaine de Virginia Roberts Giuffre était présente à ses côtés, en plus d’un conseil français. Si elle a, dans l’ensemble, maintenu ses accusations, elle a reconnu que son premier témoignage comportait des incohérences, voire des contradictions. Son entourage souligne toutefois qu’il est courant que les victimes d’abus sexuels se trompent de dates, surtout après plus de vingt ans.

Le principal point contesté concerne la soirée d’anniversaire de Naomi Campbell, organisée à Saint-Tropez (Var) le 19 mai 2001. Dans sa première version, Virginia Roberts Giuffre indiquait avoir participé à la fête de la top model – un élément corroboré par des photos sur lesquelles elle apparaît, ce soir-là, en compagnie de Jeffrey Epstein et sa compagne Ghislaine Maxwell. C’est à l’issue de cette soirée qu’elle aurait été violée par Jean-Luc Brunel, d’après son récit.

Sauf qu’à cette date, celui-ci était en Australie, comme l’ont démontré ses avocats en produisant son passeport d’alors. Mise face à cet élément, Virginia Roberts Giuffre a admis, lors de la confrontation, s’être trompée. Et a expliqué qu’elle avait en réalité été violée par le patron d’une importante chaîne d’hôtels américaine. Un épisode qu’elle avait relaté dans The Billionaire’s Playboy Club, un brouillon de ses mémoires jamais publié, qu’elle avait joint à une procédure judiciaire américaine.

Connexion Epstein-Maxwell-Brunel

Pour les enquêteurs, tout l’enjeu est désormais de déterminer à quel moment Virginia Roberts Giuffre et Jean-Luc Brunel auraient pu se retrouver au même endroit et dans quelle mesure il aurait pu, alors, abuser d’elle. Des documents aéroportuaires et des photos prouvent qu’elle était bien en France avec Jeffrey Epstein, en mars et en mai 2001. Reste à savoir si Jean-Luc Brunel, un globe-trotter listant près de 500 villes visitées dans le monde entier sur son ancien profil Tripadvisor, était présent dans l’Hexagone.

Dans son manuscrit, Virginia Roberts Giuffre assure en tout cas que Jean-Luc Brunel était présent avec Jeffrey Epstein sur son île de Little Saint-James, dans les Caraïbes, pour la fête d’anniversaire de ses 18 ans, en août 2001. Elle écrit avoir été contrainte de participer à une orgie avec d’autres jeunes filles ne parlant pas anglais, pendant que Jean-Luc Brunel et Jeffrey Epstein se « masturbaient » en regardant.

Le registre des vols du jet privé d’Epstein ne fait pas mention de la présence de l’agent de mannequins français à bord de l’appareil à l’été 2001. Mais il n’est pas exclu qu’il se soit rendu sur l’île par ses propres moyens ou que le document soit incomplet. Seul son passeport devrait permettre aux enquêteurs de trancher. Jean-Luc Brunel figure bien, en revanche, sur un vol avec Virginia Roberts Giuffre entre la Floride et les Bahamas, le 21 juin 2002.

Manifeste de vol de jet privée de Jeffrey Epstein.
Manifeste de vol de jet privée de Jeffrey Epstein. – Parquet de Manhattan

Il s’est par la suite rendu à au moins deux reprises, en 2004, à Little Saint-James, où il a été photographié, hilare, aux côtés Ghislaine Maxwell. A cette époque, Virginia Roberts Giuffre avait toutefois réussi à s’extirper de l’emprise d’Epstein.

L'agent français Jean-Luc Brunel et Ghislaine Maxwell sur l'île de Jeffrey Epstein, au milieu des années 2000.
L’agent français Jean-Luc Brunel et Ghislaine Maxwell sur l’île de Jeffrey Epstein, au milieu des années 2000. – Photos fournies à «20 Minutes»

Une nouvelle plaignante s’est manifestée

Selon nos informations, la plaignante aurait été mise en difficulté sur un deuxième élément. Il concerne la date de travaux réalisés dans l’appartement parisien de Jeffrey Epstein, avenue Foch, qu’il a acheté en 2001. Interrogés par 20 Minutes à ce propos, les avocats de Jean-Luc Brunel estiment donc que tout cela décrédibilise le fond de ses accusations. « Virginia Roberts Giuffre reconnaît aujourd’hui n’avoir plus aucune certitude à la fois sur les dates, les lieux et les personnes dont elle se prétend victime… », indiquent ainsi Marianne Abgrall et Mathias Chichportich.

Virginia Roberts Giuffre n’est cependant pas le seul problème pour Jean-Luc Brunel. Toujours selon nos informations, une nouvelle plaignante s’est manifestée récemment auprès de la justice. Et elle accuse également l’ancien agent de mannequins de faits de viols. Âgée d’une quarantaine d’années aujourd’hui et vivant à l’étranger, cet ancienne modèle a traversé l’Atlantique pour être interrogée par la juge d’instruction le 21 juin. Le procès de Ghislaine Maxwell, inculpée pour trafic sexuel, qui doit s’ouvrir en novembre aux Etats-Unis, pourrait également éclabousser son vieil ami « Jean-Luc ».