Affaire Elodie Kulik : Willy Bardon condamné à trente ans de réclusion criminelle

Amiens, le 21 novembre 2019. Jacky Kulik tient un grand portrait de sa fille, Elodie, lors de l’ouverture du procès de Willy Bardon, soupçonné de l’avoir violé et tué. — DENIS CHARLET / AFP

  • Elodie Kulik, 24 ans, a été violée et étranglée dans la nuit du 10 au 11 janvier 2002. Son corps, en partie carbonisé, a été découvert sur un terrain vague à Tertry (Somme).
  • Willy Bardon, 45 ans, était jugé, depuis le 21 novembre devant la cour d’assises, à Amiens. Il encourrait la réclusion criminelle à perpétuité.
  • Faute de preuve flagrante, l’accusation reposait sur un appel de la victime passé aux pompiers quelques instants avant sa mort et sur laquelle on entend deux voix d’homme.

A la cour d’assises de la Somme, à Amiens

C’était il y a quinze jours. C’était il y a une éternité au regard de la tension lors de ce procès. Martine Brancourt, la présidente de la cour d’assises de la Somme, venait de procéder au tirage au sort des jurés populaires. Quatre femmes. Deux hommes. « Vous promettez de vous rappeler que l’accusé est présumé innocent et que le doute doit lui profiter… », leur avait-elle alors asséné, solennelle. Tour à tour, ils avaient levé la main droite, forcément impressionnés, avant de bredouiller : « Je le jure… »

Ce vendredi, ces jurés ont condamné Willy Bardon à 30 ans de réclusion criminelle pour enlèvement, séquestration et viol, ayant précédé la mort d’Élodie Kulik, en 2002, mais l’ont acquitté du meurtre de la jeune femme. Âgée de 24 ans, la banquière avait été violée, puis étranglée. Son corps, en partie carbonisé, figé dans une position ignoble, avait été découvert sur un terrain d’aviation désaffecté, à Tertry (Somme), par un froid matin de janvier.

« Je n’y étais pas… Je suis innocent… Je vous le jure… »

Après treize journées d’audience particulièrement lourdes, les jurés ont donc considéré que Willy Bardon, 45 ans, avait participé au supplice de celle que l’on surnommait « Boucles d’or ». Juste avant que les jurés ne partent délibérer, cet homme qui comparaissait libre avait, une nouvelle fois, clamé son innocence. S‘adressant à Jacky Kulik, le père de la victime sur qui le malheur s’est abattu à plusieurs reprises, il avait balbutié dans le micro : « Je n’y étais pas ! Je suis innocent… Je vous le jure… »

Auparavant, ses trois avocats avaient bataillé trois heures à la barre pour tenter de convaincre de son innocence. Rappelant qu’il n’y avait aucune preuve flagrante à son encontre, « surtout pas son ADN sur la scène de crime », Gabriel Duménil avait ainsi demandé qu’on ne choisisse pas « un coupable coûte que coûte ».

Jacky Kulik va se sentir « libéré »

Finalement, Willy Bardon, décrit comme un « nounours gentil » mais aussi « un gros dégueulasse » avec les femmes, a donc été condamné sur la base d’une bande-son, seul élément tangible qui a phagocyté les débats judiciaires depuis le 21 novembre. Il s’agit de l’enregistrement d’un appel de 26 secondes passé par Elodie Kulik aux pompiers, juste avant de mourir. Diffusé une bonne vingtaine de fois dans le prétoire, cet appel laisse entendre les cris insoutenables de la jeune victime derrière lesquels on distingue deux voix d’homme.

Six témoins avaient expliqué reconnaître, parmi elles, le « timbre » de voix de Willy Bardon. Six autres avaient émis des doutes. Les jurés ont donc fait confiance aux premiers et aux deux avocates générales qui avaient requis, dans la matinée, une peine de 30 ans de réclusion criminelle sur cette base. « Certes, il n’y a pas de preuve scientifique, avait admis Anne-Laure Sandretto, l’une d’entre elles. Mais il y a ces témoins. Et il est quand même assez rare qu’une flopée de témoins se trompent tous de la même manière… »

Drapé dans sa dignité pendant tout ce procès qu’il attendait depuis quasiment 18 ans, Jacky Kulik, le père d’Elodie, va donc pouvoir enfin se sentir « libéré », comme il l’avait indiqué mercredi. Il avait promis à son épouse, juste avant qu’elle ne meure, qu’il « traquerait les criminels [de leur fille] jusqu’à son dernier souffle ».

A l’énoncé du verdict, Willy Bardon a descendu très rapidement une bouteille d’eau, comme s’il avait tenté de se suicider. Ses avocats n’ont pas souhaité commenter cet incident.

La défense a également indiqué qu’elle souhaitait faire appel du verdict, et qu’elle demanderait le dépaysement du procès en appel.

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