Affaire des kits de campagne : Le Front national jugé pour « complicité d’escroqueries »

Hénin-Beaumont, le 25 mai 2012. Deux jeunes passent devant des affiches de Marine Le Pen placardées avant les élections législatives de 2012. — PHILIPPE HUGUEN / AFP

  • Sept personnes proches du Front national vont être jugées à partir de ce mercredi pour « escroqueries » et « abus de biens sociaux ».
  • Ils sont accusés d’avoir surfacturé les kits de campagne aux législatives de 2012 afin d’obtenir le maximum du remboursement autorisé par l’État.
  • Marine Le Pen, elle, n’est pas convoquée à ce procès, les juges n’ayant pas démontré qu’elle était informée des montages financiers reprochés.

Gérald Pérignon n’était pas le plus célèbre membre du Front national. Mais sans doute le plus honnête. Et c’est ce qui vaut au parti de Marine Le Pen – rebaptisé depuis Rassemblement national – d’être cité à comparaître, ce mercredi et jusqu’au 29 novembre, pour « complicité d’escroquerie » devant le tribunal correctionnel de Paris.

Pour tout comprendre de cette affaire, il faut remonter au début de l’année 2013 dans la vie de Gérald Pérignon. Candidat FN malheureux aux législatives de 2012 dans la deuxième circonscription du Puy-de-Dôme, cet homme est alors tout surpris de recevoir un chèque de 17.409 euros. Comme la loi le prévoit pour les candidats ayant recueilli plus de 5 % des voix, il s’agit en fait du remboursement des frais de campagne.

Gérald Pérignon a réalisé un score de 11,13 %. Mais il est étonné car il estime n’avoir dépensé que 450 euros en location de voiture et en essence pour tenter de convaincre les Auvergnats de voter pour lui. Lors d’une visite à la préfecture de Clermont-Ferrand, il découvre pourtant qu’un compte a été ouvert à son nom et qu’une demande de prêt au microparti de Marine Le Pen, Jeanne, a été effectuée à son insu.

Un coup de fil pour « arrêter de faire chier »

Économe des fonds publics, Gérald Pérignon ne comprend pas. Il tente de se renseigner partout. A tel point qu’un autre candidat frontiste de son département finit par l’appeler pour lui dire « d’arrêter de faire chier » et l’inciter « à reverser les 17.409 euros à ‘’Jeanne’’ sans se poser de questions ». Mais il est trop tard :  c’est la Commission des comptes de campagne qui se pose des questions et finit par saisir la justice.

Six ans plus tard, c’est donc ce dossier qui arrive, ce mercredi, devant le tribunal correctionnel de Paris. Car les deux juges se sont aperçus que Gérald Pérignon n’était pas le seul candidat frontiste à qui une telle mésaventure était arrivée. Selon eux, le Front national a obligé ses candidats à souscrire des « kits de campagne » (tracts, affiches, site internet…) fournis par une société de communication, Riwal, au tarif de 16.650 euros.

Des candidats qui n’ont jamais mis les pieds dans leur circonscription

Si le parti s’est justifié par la volonté de vouloir uniformiser son message de campagne et éviter les « dérives individuelles », les juges estiment que cette prestation de communication « très largement surévaluée » visait surtout à obtenir le maximum du remboursement des frais de campagne, assuré par l’État pour les candidats.

A l’appui de leur démonstration, ils évoquent notamment le fait que des kits de campagne ont été commandés et donc remboursés par l’État pour des candidats frontistes n’ayant « jamais mis les pieds dans leur circonscription » ou « ne s’y étant rendus que le jour du vote »… Devant les enquêteurs, certains d’entre eux n’ont d’ailleurs pas reconnu leur signature sur les contrats de souscription de prêt.

Il n’a pas été démontré que Marine Le Pen était informée

Aujourd’hui, sept personnes qui gravitaient dans l’entourage du FN vont donc être jugées pour « escroquerie », « abus de biens sociaux », « recel » et « blanchiment ». Parmi elles, le trésorier du parti Wallerand de Saint-Just et l’eurodéputé Jean-François Jalkh. Marine Le Pen, elle, a échappé aux poursuites dans cette affaire, contrairement à celle des assistants parlementaires du Parlement européen. Les juges n’ont pas démontré qu’elle avait eu connaissance des montages financiers reprochés.

L’avocat du Front national a prévu de contester les accusations, assurant que cinq années d’enquête n’avaient pas permis de chiffrer si les kits de campagne étaient réellement surévalués et donc surfacturés. Contacté par 20 Minutes, l’avocat de l’État a indiqué qu’il attendait l’ouverture de l’audience pour dévoiler le montant du préjudice qu’il estime avoir subi. Sachant que, selon l’accusation, 512 prêts de 16.000 euros en moyenne ont été souscrits, il pourrait s’élever jusqu’à huit millions d’euros.

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