Affaire Delphine Jubillar : Les traces retrouvées dans la voiture d’un ami de Cédric peuvent-elles faire rebondir l’enquête ?

Depuis la fin de l’année dernière et les déclarations d’un codétenu de Cédric Jubillar, les gendarmes de la section de recherches de Toulouse semblent complètement avoir réorienté leur enquête pour savoir ce qui est arrivé à Delphine, l’infirmière disparue dans la nuit du 15 au 16 décembre à Cagnac-les-Mines, dans le Tarn. Ce « Marco » aurait recueilli les confidences du plaquiste, qui lui aurait confié avoir enterré sa femme non loin d’un lieu où une ferme avait brûlé.

Ce qui a conduit les enquêteurs à mener des fouilles durant trois semaines en ce début d’année dans un secteur où le corps de la jeune femme aurait pu se trouver. Mais une autre déclaration de ce codétenu semble avoir retenu l’attention des enquêteurs de la section de recherches. Cédric Jubillar lui aurait confié avoir utilisé une voiture blanche, qui ne serait pas celle de Delphine.

Les enquêteurs pensent qu’il pourrait s’agir d’une Peugeot 306 appartenant à une connaissance du plaquiste. Ce véhicule a été saisi en décembre dernier à Cagnac-les-Mines, et selon Le Parisien, lorsque les experts scientifiques ont passé le Bluestar, ce produit qui permet de révéler des taches de sang invisibles à l’œil nu, sept traces sont apparues.

Les prélèvements ont été envoyés à l’expertise génétique pour déterminer s’il s’agit de sang humain ou animal. Et s’il s’agit de celui de Delphine ou non. Les deux juges d’instruction auraient aussi demandé que soient conservés des « éléments pileux » retrouvés dans la même voiture.

« Au bout d’un an on change de scénario »

Les résultats, attendus dans les semaines à venir, pourraient ainsi faire rebondir l’enquête. D’autant plus que le propriétaire de cette voiture, qui vit à environ à 4 kilomètres du domicile des Jubillar, aurait indiqué aux enquêteurs que les clés se trouvaient souvent sur le contact et que Cédric avait l’habitude d’aller et venir chez lui.

De quoi donner de nouvelles pistes à creuser aux enquêteurs, qui en ont vu d’autres s’éteindre il y a peu. Lors de la mise en examen de Cédric Jubillar, en juin dernier, le procureur de Toulouse de l’époque avait mis en avant des « indices graves et concordants » qui désignaient le mari de l’infirmière comme le principal suspect. Notamment cette fameuse couette que le principal suspect aurait mise au lave-linge à l’arrivée des gendarmes le 16 décembre au matin. Mais on sait depuis que cette couette n’a été lavée qu’après l’arrivée des gendarmes. Et que les analyses techniques et scientifiques réalisées sur la courtepointe n’ont rien donné. De même que les fouilles menées récemment.

« Il aurait laissé le corps de sa femme seul avec les enfants, marché trois kilomètres [pour aller récupérer la voiture de sa connaissance] et pris ce véhicule en pleine nuit ? », réagit Emmanuelle Franck, l’un des trois avocats de Cédric Jubillar, auprès de 20 Minutes. « Alors que, depuis un an, on nous soutient qu’il a utilisé le véhicule de Delphine pour transporter son corps. On nous a tenu toute une théorie sur le sens de cette voiture et sur la rosée que l’on a retrouvé à l’intérieur. Ça change toute la thèse de départ de l’accusation : au bout d’un an, on change de scénario », critique l’avocate toulousaine.

Cette dernière savait que des demandes d’expertises avaient été faites, mais n’en connaissait pas la teneur. « Nous avons vu qu’il y avait un PV distinct et cela fait un mois et demi que nous demandons de quoi il s’agit, et qu’on le verse au dossier. Nous découvrons dans la presse qu’il s’agirait de traces de sang dans la voiture blanche d’un ami. Tout ça sur la foi des déclarations d’un codétenu dont rien de ce qu’il a pu dire jusqu’à présent ne s’est avéré confirmé, ni s’agissant de la compagne de Cédric, ni s’agissant des fouilles », dénonce Emmanuelle Franck.

Nouvel interrogatoire ce vendredi

Elle sera ce vendredi dans le bureau des deux juges d’instruction aux côtés de son client pour un nouvel interrogatoire. Ce dernier devrait à nouveau porter sur les accusations de « Marco ». N’étant pas versées au dossier, la question des expertises des taches de sang dans la Peugeot 306 pourrait, en revanche, ne pas être abordée.

Leurs résultats pourraient chambouler l’enquête et, d’ici là, Cédric Jubillar, devrait rester en prison. Dès lundi, ses avocats ont indiqué qu’ils allaient tout de même formuler une nouvelle demande de remise en liberté. Ce qui jusqu’à présent leur a toujours été refusé.