Affaire Delphine Jubillar : Le codétenu du mari libéré en échange de sa déposition ? Le parquet dément

Jeudi, durant quatre heures, Cédric Jubillar était confronté dans le bureau des juges d’instruction à son ancien codétenu, « Marco », à qui il aurait avoué avoir tué et enterré sa femme Delphine, disparue depuis la nuit du 15 au 16 décembre 2020 à Cagnac-les-Mines. Selon les avocats du mari, mis en examen depuis juin dernier pour le meurtre de sa femme, ce face-à-face n’a pas entraîné de nouvelles révélations. Mais ces derniers ont répété à plusieurs reprises qu’ils se demandaient comment la justice avait pu faire confiance à « Marco ».

Et ont mis en doute les conditions de sa remise en liberté, seulement quelques jours après qu’il se soit confié aux gendarmes. « Si l’accusation en est là, à essayer de faire reposer un dossier sur les déclarations d’un homme qui manifestement a monnayé, ou en tout cas a eu la bienveillance d’un tribunal qui a changé en cinq jours pour être remis en liberté, c’est que vraiment, l’accusation n’a rien dans ce dossier », a déclaré l’un d’entre eux, Alexandre Martin, à l’issue de la confrontation.

La fiabilité du témoin

Une suspicion qui pourrait lever des doutes sur la fiabilité de ce témoin. Et que le procureur de la République a décidé de lever ce vendredi en répondant aux défenseurs du principal suspect. Dans un communiqué, le chef du parquet de Toulouse, Samuel Vuelta-Simon, rappelle la chronologie des faits, lorsque le 28 septembre 2021, « Marco » a décidé d’entrer en contact avec les enquêteurs qui l’ont entendu le lendemain.

« Au moment de cette démarche, il purgeait au centre pénitentiaire de Seysses une peine d’une année d’emprisonnement pour les outrages et menaces commis en 2018 sur des agents de l’administration pénitentiaire. Il était libérable dès le lendemain, date de fin de sa peine. Ce témoin était, par ailleurs, détenu provisoire depuis le 6 août 2021, dans le cadre d’une autre affaire, également d’outrages et menaces sur des agents de l’administration pénitentiaire, mais commis en 2016. Sur demande de son avocate, le tribunal correctionnel de Toulouse le plaçait sous contrôle judiciaire le 4 octobre 2022, dans l’attente de l’audience de jugement. Ce contrôle judiciaire a été respecté », détaille le procureur de la République.

Le 18 novembre, il a été finalement jugé et condamné pour ces faits, et le tribunal « a ordonné la confusion avec la peine déjà purgée, dans les conditions prévues par la loi ».

« Ni demandé, ni obtenu de faveur »

« Ces deux décisions, parfaitement motivées, ont été prises par deux compositions collégiales différentes du tribunal judiciaire de Toulouse. Par conséquent, ce témoin n’a ni demandé, ni obtenu, de faveur en échange de sa déposition, pas plus qu’elle ne lui a été promise. Le seul bénéfice qu’il a pu recevoir est celui de l’application de la loi pénale », conclut Samuel Vuelta-Simon.

Le témoignage de « Marco » avait conduit les enquêteurs à lancer de nouvelles fouilles près d’une ferme brûlée où Cédric Jubillar lui aurait avoué avoir enterré la mère de ses enfants. Cela avait aussi entraîné la garde à vue de la nouvelle compagne du suspect, Séverine, les gendarmes voulant vérifier si elle avait participé à déplacer le corps de Delphine. Une quadragénaire à qui « Marco » avait remis une lettre que Cédric Jubillar lui avait confiée, et qu’il avait rencontrée à plusieurs reprises. Finalement, ces nouvelles investigations n’avaient pas permis de trouver le corps de l’infirmière disparue.

D’ici moins d’un mois, un an après son placement en détention provisoire, le mari de Delphine sera à nouveau devant le juge des libertés et de la détention pour le renouvellement de son mandat de dépôt.