Affaire Delphine Jubillar : Fouilles, analyses… Où en est l’enquête à la veille de l’audition de son mari

C’est un rendez-vous que les avocats de Cédric Jubillar attendaient depuis le 18 juin dernier, jour où leur client a été mis en examen pour le meurtre de sa femme, Delphine, disparue dans la nuit du 15 au 16 décembre à Cagnac-les-Mines, dans le Tarn. Ce vendredi, à 9h30, le plaquiste, qui clame toujours son innocence, sera entendu par les juges d’instruction.

Une première audition par les magistrats depuis son incarcération il y a près de quatre mois et qui sera suivie d’une autre en décembre prochain. A la veille de cette journée importante dans l’instruction, le mari de l’infirmière « est serein », affirme à 20 Minutes son avocat de la première heure, Jean-Baptiste Alary.

Rien dans les analyses de l’eau

Une sérénité qui est loin de caractériser ce dossier très médiatisé, ponctué de semaine en semaine par des informations sur l’enquête en cours, distillées au compte-goutte, avant d’être contrebalancées par d’autres. Mercredi, à deux jours de l’audience, on apprenait que les analyses des eaux récupérées dans la machine à laver du couple n’avaient pas permis de déceler des traces du sang de la disparue.

C’est dans cette machine, que le matin du 16 décembre, Cédric Jubillar avait lavé la couette où sa femme dormait. Une lessive lancée avant l’arrivée des gendarmes qu’il avait prévenus à 4h09, inquiet de ne pas trouver son épouse dans la maison. Un élément à charge pour l’accusation, qui, sans preuve directe, ni corps, a pointé l’attitude suspecte du mari comme l’un des « indices graves et concordants » qui ont conduit à sa mise en examen.

Pas question pour autant pour les défenseurs du principal suspect de faire de cet élément une clé du dossier. « Pour nous cela n’en était pas un avant. Qu’est-ce que c’est que quelques centilitres d’eau d’un cycle de lavage avec détergents lorsqu’il y en a eu 60 à 80 litres. Ce dossier est vide, il n’y a rien, en quatre mois, il n’a pas bougé d’un iota », déplore Jean-Baptiste Alary.

Les résultats des analyses de la couette elle-même, eux, sont toujours attendus. Celles du siphon du lavabo de la salle de bains d’une maison déjà passée au crible par les enquêteurs et où aucune trace de sang n’avait été révélée par le luminol se sont avérées infructueuses.

Multiplication des fouilles

Les défenseurs du principal suspect – Me Emmanuelle Franck, Alexandre Marti et Jean-Baptiste Alary – ont tenté en juillet dernier, lors d’une audience de remise en liberté, de démonter un par un les arguments de l’accusation. Ils ont pointé les déclarations du petit Louis, l’enfant du couple âgé de 6 ans, qui a indiqué en janvier avoir entendu ses parents se disputer le soir du 15 décembre. « Mais lorsqu’il est entendu la première fois, le 16 décembre à 16 heures, il dit qu’ils ont discuté. Sa deuxième audition est plus d’un mois après, c’est énorme pour un enfant de cet âge-là », avait alors souligné Emmanuelle Franck.

Elle avait aussi contesté la prise en compte du podomètre de Cédric Jubillar qui n’avait comptabilisé que 40 pas depuis la réactivation de son téléphone coupé au cours de la nuit. Trop peu selon le procureur de la République pour quelqu’un qui était censé chercher sa femme partout, y compris dehors. Peu probant pour la défense quand on sait qu’il faut avoir le mobile sur soi pour qu’il enregistre les déplacements. Tout comme les cris entendus par des voisines, qui selon la défense ne collent pas au niveau des horaires.

Depuis la disparition, les gendarmes tentent de retrouver le corps de l’infirmière, qui selon son mari aurait pu sortir de la maison. Ils ont sondé les murs de la maison de Cagnac-les-Mines, fouillé les bois alentour, des lacs, des cavités ou encore un lavoir à charbon pas désaffecté plus tard que la semaine dernière. En vain.

La dernière hypothèse en date serait que Delphine Jubillar n’aurait jamais mis volontairement un pied à l’extérieur de la maison le soir du 15 décembre, après avoir envoyé un dernier message à son amant. Un article du Point de mercredi indique même que le chien de l’équipe cynophile de la gendarmerie n’aurait jamais pisté la trace de Delphine Jubillar à l’extérieur de la maison. « Il a bien suivi la trace dehors jusqu’au stop, ensuite il a eu un mouvement d’hésitation. S’il avait été démontré que Delphine n’avait pas quitté le domicile, le procureur n’aurait pas manqué de le dire. Quelle est la pertinence de ces informations-là qu’on nous sort froidement 10 mois après, comme un contre-feu alors que les analyses de l’eau sont un échec », s’énerve Me Alary.

Un comportement suspect

Reste le comportement suspect de Cédric Jubillar, avant et après la disparition de sa femme, avec qui il était en instance de séparation. Une situation qui suscitait une crispation au sein du couple, surtout depuis l’apparition de l’amant avec qui l’infirmière était en train d’organiser sa nouvelle vie.

Elle avait changé les codes d’accès à son téléphone et le matin même du 15 décembre, elle s’était rendue à son agence bancaire pour faire changer son code secret de carte bancaire et bloquer les accès aux livrets des enfants, sur lesquels leur père prélevait régulièrement de l’argent.

Suspectant une liaison, Cédric Jubillar avait tenté de géolocaliser sa femme, mais celle-ci s’en était rendu compte. Il avait aussi à plusieurs reprises consulté ses comptes pour connaître ses dépenses. Fou de rage à son encontre, il a même proféré auprès de proches, y compris sa mère, qu’il allait la tuer et l’enterrer. Une mère qui après avoir défendu son fils a émis récemment des doutes sur son innocence. Lors d’une émission de voyance sur une radio, elle a expliqué être persuadée de la culpabilité de son fils, avant de faire marche arrière. « Elle est perdue, à la recherche de la vérité, si elle avait des certitudes elle n’aurait pas recours à la voyance », contrebalance Jean-Baptiste Alary, dont le client se trouve de plus en plus seul.

A l’isolement, il n’a plus de contacts ni avec ses enfants, ni avec ses proches. A plusieurs reprises la chambre de l’instruction a refusé de le remettre en liberté, indiquant qu’il était notamment susceptible de faire pression sur des témoins ou sur son fils Louis. Pour ses avocats, c’est plutôt Cédric Jubillar qu’on tente ainsi de mettre sous pression. En attendant, ils restent persuadés que leur client doit être remis en liberté si aucun nouvel élément à charge n’est versé au dossier. « Comme Jacques Viguier », cite Jean-Baptiste Alary, en référence à ce professeur de droit toulousain, acquitté deux fois du meurtre de sa femme Suzy, dont on a jamais retrouvé le corps.