Affaire Barbarin : « Accuser un innocent, ce n’est pas défendre une cause», plaide l’avocat du cardinal

Jean-Felix, avocat du cardinal Barbarin. — Romain Lafabrègue/ AFP

  • L’avocat général a demandé la relaxe du cardinal Barbarin, jugé en appel pour non-dénonciation d’agressions sexuelles.
  • Appelé à plaider en dernier, Jean-Félix, avocat de l’archevêque, a déclaré que le cardinal était « un homme innocent ».
  • Il estime qu’il a « commis des fautes » mais « pas la moindre infraction ».

« Cet homme est innocent ». Une heure que Jean-Félix Luciani plaide sous les regards parfois dubitatifs des parties civiles. L’avocat du cardinal Barbarin, jugé en appel, s’est attaché à remettre le droit dans les débats, détaillant longuement devant la cour d’appel de Lyon  ce que disent les textes du Code pénal en matière de non-dénonciations d’agressions sexuelles sur mineurs, aujourd’hui prescrites.

Elevant la voix, pointant du doigt l’homme assis au premier rang, l’avocat martèle chaque mot : « Accuser un innocent, ce n’est pas défendre une cause. Car cet homme est innocent. Il faut qu’il reparte de cette ville délivré du poids d’être l’incarnation du mal et de la pédophilie, qu’il n’a eu de cesse de dénoncer ».

«Cet homme ne mérite pas le pilori qu’il subit depuis des années»

« J’ai entendu de la douleur, j’ai saisi cette douleur, affirme l’avocat, s’adressant aux victimes présumées du père Preynat, assises sur les bancs des parties civiles. Mais les hommes ne sont pas des symboles. Celui-ci ne mérite pas le pilori qu’il subit depuis des années ». Avant de reprendre les arguments soulevés, quelques minutes plus tôt par l’avocat général ayant requis la relaxe du cardinal, Jean-Félix regarde une nouvelle fois les neuf anciens scouts. « Mais est-ce que cette douleur c’est le droit ? Est-ce qu’elle peut permettre de condamner un homme parce qu’il serait l’incarnation d’une institution ? », ajoute-t-il estimant que l’« on s’égare depuis le départ » dans cette affaire.

« Quand on vient voir l’évêque de Lyon, on ne vient pas frapper aux portes de Rome ou de la justice. C’est incroyable », sermonne-t-il. Dans les rangs des victimes, les mâchoires se crispent. Certaines secouent la tête en guise de dénégation. Leur intention, elles l’ont rappelé jeudi, était de s’adresser à celui qui « représente l’autorité ». « Elles ont cru que lui seul pouvait stopper le père Preynat », n’a pas manqué de rappeler Nadia Debbache, avocate de quatre victimes.

« Le seul à porter le poids de l’absence de parole de tous »

« Alors aujourd’hui, il faudrait choisir (porter plainte) à la place des gens ? Où va-t-on s’arrêter », s’interroge Jean-Félix Luciani regrettant que le cardinal Barbarin se retrouve être « le seul à porter le poids de l’absence de parole de tous ». « Comment ne peut-on pas parler des parents ? » ajoute-t-il avant de contester vigoureusement le jugement prononcé en première instance par le tribunal correctionnel de Lyon.

Le 7 mars, Philippe Barbarin avait été condamné à 6 mois de prison avec sursis pour ne pas avoir dénoncé à la justice, en 2014-2015, les agressions sexuelles commises sur des scouts (entre 1972 et 1991). Jean-Félix Luciani insiste : « A aucun moment, il ne s’est rendu coupable de la moindre infraction car il n’a jamais eu l’intention coupable que réclame la loi. Oui, il a fait des erreurs, a commis des maladresses » dans la gestion du cas Preynat. « Mais le droit pénal c’est le droit des fautes pénales, ce n’est pas le droit des maladroits ou des malchanceux », appuie l’avocat.

L’arrêt de la cour d’appel de Lyon doit être rendu le 30 janvier. Le père Preynat, de son côté, doit être jugé à la mi-janvier.

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