Affaire Arthur Noyer : « Désolé pour ta famille, je dis la vérité »… Nordahl Lelandais livre son récit du meurtre et campe sur sa version des faits

Nordahl Lelandais lors du second jour de son procès devant les assises de la Savoie. — Marie WILLIAMS / AFP
  • Nordahl Lelandais est jugé depuis lundi devant la cour d’assises de Savoie pour le meurtre du caporal Arthur Noyer.
  • Au second jour de son procès, l’ancien maître-chien a livré sa version sur les faits survenus la nuit du 11 au 12 avril 2017 au cours de laquelle le caporal de 23 ans a été tué.
  • Il a campé sur ses précédentes déclarations livrées aux enquêteurs en indiquant que le caporal était mort après être tombé en arrière lors d’un échange de coups. Une version à laquelle ne croit pas l’accusation, convaincue que ce soir-là, Lelandais cherchait quelqu’un pour assouvir une pulsion sexuelle.

A la cour d’assises de Savoie

Au premier jour de son procès lundi, Nordahl Lelandais avait promis « de dire la vérité ». C’est ce qu’il s’est appliqué à faire ce mardi après-midi en livrant sa version des faits survenus la nuit du 11 au 12 avril 2017, au cours de laquelle le caporal Arthur Noyer a été tué. Dans un récit soigné, calme, entrecoupé de longs silences faisant parfois penser à une version répétée, l’ex maître-chien, vêtu d’une chemise blanche, a expliqué sa rencontre avec la victime, prise en stop à Chambéry.

Ce soir-là, le jeune caporal sort de boîte après une soirée bien alcoolisée avec des camarades et cherche à gagner Saint-Badolph, où vit un de ses copains. L’accusé accepte « car cela ne lui fait pas un gros détour ». Selon lui, Arthur Noyer semble énervé. La discussion entre eux tourne autour du vol du portable du jeune caporal. Arrivés à Saint-Badolph, le militaire sort de la voiture et évoque l’idée de retourner à Chambéry pour « aller s’expliquer avec les personnes qui lui ont volé son téléphone ». Nordahl Lelandais tente de l’en dissuader, explique-t-il depuis son box. Puis, avant de repartir, il voit qu’Arthur Noyer a oublié son téléphone sur le siège passager. Il sort de sa voiture pour le lui rendre.

Les premiers coups portés par le caporal

« Il a pensé que j’étais avec ceux qui avaient volé son téléphone. Il m’a mis un coup de poing au niveau de la lèvre », assure l’ex maître-chien qui explique avoir essayé de raisonner le caporal. « Mais il m’a porté un second coup. De là, j’ai répliqué avec des coups de poing », poursuit-il. S’ensuit une bagarre entre les deux hommes au cours de laquelle, Arthur Noyer « tombe en arrière ».

« A ce moment-là, je ne réagis pas vraiment », se remémore l’accusé. Il approche son oreille de la bouche du caporal pour essayer de sentir son souffle. « Je mets ma main sur son torse mais il n’y a aucun mouvement », poursuit celui qui assure avoir prodigué deux massages cardiaques à Arthur Noyer avant de réaliser que le jeune homme de 23 ans était mort. L’ancien militaire raconte avoir ensuite roulé, hésité, fait des demi-tours avant de trouver un endroit où abandonner le cadavre.

A la fin de son récit, des sanglots dans la voix, il s’excuse. « Désolé Arthur. Je sais que tu es face à moi aujourd’hui. Désolé pour ta famille, je dis la vérité », lâche-t-il, en regardant le portrait du jeune caporal posé face à lui par le clan Noyer. A la suspension d’audience, le grand-père de la victime quitte la salle en larmes. L’avocat des parties civiles dénonce « du cinéma, une version bien répétée ». « Le grand-père a été particulièrement choqué par ce qu’il a entendu. Il se dit qu’il le dit avec un tel aplomb, qu’il a tellement bien préparé pendant quatre ans cette version et qu’il est tellement convaincu par cette version, qu’il n’en sortira jamais », souligne Me Bernard Boulloud.

La vie sexuelle de l’accusé largement détaillée

L’accusation s’appuie sur les témoignages livrés par les différentes compagnes et partenaires sexuels de Lelandais pour envisager un tout autre déroulé des faits. A la barre de la cour d’assises, mardi matin, quatre femmes et un homme se sont relayés pour décrire l’ancien militaire, au cours de récits évoquant largement la vie intime de l’accusé, aux penchants bisexuels. Un homme capable de se montrer affectueux et tendre, selon certains récits, mais aussi « manipulateur », « menteur », « jaloux » et « violent », selon les traits de personnalité évoqués par ses ex. L’une d’elles, qui a raconté avoir été harcelée et menacée après leur rupture, a répété avoir eu vraiment peur de Nordahl Lelandais. Ses autres partenaires ont plutôt décrit un homme froid, accro à la cocaïne, aux mœurs particulières et à l’appétit sexuel « énorme ». Un pan de sa personnalité important selon l’avocat de l’accusation, Maître Boulloud.

« C’est quelqu’un qui était très porté sur le sexe (…) Il peut faire n’importe quoi quand il est en manque », a-t-il souligné, estimant que le caporal pourrait avoir été tué pour avoir refusé « quelque chose qu’a demandé Nordahl Lelandais ». Une faveur sexuelle ? L’ancien militaire devrait avoir à s’expliquer davantage sur cette hypothèse lors de son interrogatoire prévu jeudi, comme sur son envie sexuelle pressante cette nuit-là, et non assouvie. L’enquête a en effet démontré qu’au cours de la soirée précédent le meurtre, il a contacté l’une de ses partenaires pour avoir une relation sexuelle avec elle. Elle l’a envoyé promener. Ce 11 avril, Nordahl a également envoyé un message à Richard, 30 ans, un homme avec lequel il a eu quelques rapports sexuels au cours de brèves rencontres au lac d’Aiguebelette.

« J’aurais très bien pu finir comme le caporal Noyer »

Des rendez-vous auxquels Lelandais s’est présenté vêtu en militaire, à la demande de son jeune partenaire, tout de latex vêtu. « C’était un fantasme », a expliqué à la barre le jeune homme indiquant être monté de lui-même dans le coffre de Lelandais lors de leur première rencontre dans le cadre d’un scénario sexuel. « En essayant de rester objectif, je ne l’ai pas décelé comme quelqu’un de dangereux ni de malsain », confie toutefois le jeune homme qui, le jour de la mort du caporal, n’a finalement pas croisé Nordahl.

« Je suis allé au restaurant avec des amis, je suis rentré tard dans la nuit alors je n’ai pas donné suite à son message », souligne-t-il, comprenant que la suite de l’histoire aurait pu être tout autre. « J’aurais très bien pu finir comme le caporal Noyer », lâche-t-il, avant de se tourner en larmes en direction des parents de la victime : « Je suis désolé pour vous. »

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