Affaire Alexeï Navalny : Le médecin de l’opposant interdit de voir son patient en grève de la faim

Le médecin personnel de l’opposant russe en grève de la faim Alexeï Navalny a été refoulé mardi 20 avril à l’entrée de la colonie pénitentiaire où il est hospitalisé. — Stefan Boness/Ipon/SIPA

Refoulés à l’entrée. Plusieurs docteurs dont le médecin personnel d’Alexeï Navalny ont été refoulés mardi matin à l’entrée de la colonie pénitentiaire où il est hospitalisé. L’opposant russe qui a entamé il y a trois semaines une grève de la faim, se trouve dans une unité carcérale hospitalière de Vladimir, au nord-est de Moscou. Ses proches affirment depuis ce week-end qu’il risque de mourir à tout moment.

La médecin personnelle d’Alexeï Navalny et dirigeante d’un syndicat d’opposition Anastasia Vassilieva, a affirmé n’avoir pas pu rencontrer son patient mardi, comme toutes les fois où elle a essayé depuis son incarcération début mars. « C’est une sorte d’attitude très irrespectueuse pour des gens qui étaient juste venus exercer leur devoir humain, le devoir médical d’aider un patient », a-t-elle déclaré devant la colonie, ajoutant qu’il était question « de la vie » de l’adversaire numéro un de Vladimir Poutine. Les avocats d’Alexeï Navalny ont en revanche pu rentrer dans la prison.

Angela Merkel « extrêmement préoccupée »

La pression occidentale pour sa libération reste forte, la chancelière Angela Merkel se disant « extrêmement préoccupée » et affirmant que le gouvernement allemand « travaille pour s’assurer qu’il reçoive les soins médicaux appropriés ».

Alexeï Navalny a arrêté de s’alimenter le 31 mars pour protester contre ses conditions de détention, accusant notamment l’administration pénitentiaire de lui refuser la visite d’un médecin alors qu’il souffre d’une double hernie discale et de perte de sensibilité aux jambes et bras.

Condamné à deux ans et demi de prison

Il avait été arrêté en janvier, sitôt rentré en Russie après cinq mois de convalescence en Allemagne pour un empoisonnement pour lequel il accuse personnellement Vladimir Poutine. Il a été condamné à deux ans et demi de prison pour une affaire de fraude remontant à 2014, généralement considérée comme politiquement motivée.

Les services pénitentiaires russes ont assuré lundi en annonçant son hospitalisation que l’état de santé d’Alexeï Navalny était «satisfaisant», une annonce immédiatement mise en doute par ses proches et par l’Union européenne.

Transféré « dans un camp de concentration et de torture »

Un proche, Léonid Volkov, a estimé qu’il avait été transféré « dans un camp de concentration et de torture et non à l’hôpital », précisant qu’Alexeï Navalny y était depuis dimanche. Sa mère Lioudmila a de son côté estimé sur Instagram que la nouvelle colonie où il est hospitalisé est « pire » que la précédente.

L’ONG Amnesty international a estimé elle que ce transfert était « une punition déguisée en traitement médical », car les autorités se préparaient « à le nourrir de force pour casser sa grève de la faim et le punir encore ».

Les autorités russes « responsables » de sa santé

Le sort de l’opposant, et plus globalement les relations entre Bruxelles et Moscou, a été au programme d’une réunion des ministres des Affaires étrangères des 27 lundi alors que pays occidentaux ont haussé le ton face à Moscou. Le diplomate en chef de l’UE Josep Borrell a ainsi rendu les autorités russes « responsables » de sa santé, tout comme plus tard le chef de la diplomatie britannique, Dominic Raab.

De son côté, la Cour européenne des droits de l’Homme (CEDH) a transmis des questions à Moscou sur les conditions de détention du militant anti-corruption, s’inquiétant de savoir si celles-ci étaient « compatibles avec son droit à la vie ». Droit dans ses bottes, Moscou continue de dénoncer les critiques occidentales comme de l’ingérence. Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a estimé que ces critiques « ne pouvaient être acceptées ».

Des manifestations le jour du grand discours annuel de Poutine

Les partisans de l’opposant âgé de 44 ans ont par ailleurs appelé à des manifestations dans toute la Russie mercredi, jour du grand discours annuel de Vladimir Poutine. Le ministère de l’Intérieur a prévenu qu’il ne permettrait aucune « déstabilisation » et qu’il prendrait « toutes les mesures qui s’imposent ». Le parquet veut lui faire interdire le mouvement de Alexeï Navalny, le Fonds de lutte contre la corruption (FBK), pour « extrémisme ».

Des médecins proches de l’opposant avaient dit samedi craindre qu’il ne fasse un arrêt cardiaque « d’une minute à l’autre », jugeant « critique » la concentration de potassium dans son sang.

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