Aéroport de Nantes : Riverains et préfet en désaccord sur le premier bilan du couvre-feu

La mesure est en place depuis le 8 avril. Depuis cinq mois, les avions ne sont plus autorisés à atterrir ou à décoller de l’aéroport Nantes-Atlantique entre minuit et 6h du matin. Un « couvre-feu » décidé par l’Etat afin de ne pas trop exposer les habitants de l’agglomération nantaise aux nuisances sonores aériennes. Seulement voilà, alors que le pic de trafic estival est passé, les riverains pointent du doigt la persistance de nombreux vols nocturnes. Le collectif des citoyens exposés au trafic aérien (Coceta), qui suit le trafic à la loupe, vient de faire ses comptes : a minima 63 vols n’ont pas respecté le couvre-feu en août, tandis qu’ils étaient au nombre de 42 en juillet, 23 en juin, 34 en mai et 39 en avril. Il s’agit dans la majorité des cas d’atterrissages. La compagnie Volotea serait, de loin, la plus concernée par ces écarts, selon le Coceta, lequel s’était déjà ému de la situation à la fin du printemps.

« Malgré nos alertes, des vols réveillent toujours la population la nuit et leur nombre progresse ces derniers mois. Donc la promesse n’est pas tenue. Le couvre-feu qu’on nous a vendu est une escroquerie. Et ce sera pire à mesure que le trafic va continuer d’augmenter ces prochaines années », fulmine Paolo Ferreira, président du Coceta.

« Des milliers de vols ont été évités »

Interrogé sur ce sujet lundi, le préfet de Loire-Atlantique livre, de son côté, un autre point de vue. « On ne peut pas dire que le couvre-feu n’est pas respecté. Si l’on compare à l’an dernier, 95 % du trafic aérien nocturne a disparu. Ce sont des milliers de vols nocturnes qui ont été évités. Le couvre-feu s’applique à tout le monde », indique Didier Martin. L’Etat rappelle que des dérogations peuvent être accordées aux avions confrontés à des circonstances imprévues « indépendantes de la volonté » d’une compagnie (météo, navigation aérienne, santé…). C’est l’Autorité de contrôle des nuisances aéroportuaires (Acnusa) qui étudiera les litiges et délivrera les éventuelles sanctions. « Les amendes peuvent être assez coûteuses » [jusqu’à 40.000 euros], insiste le préfet.

Pas de quoi rassurer le Coceta. « Ce discours optimiste est une stratégie de communication pour essayer de nous faire avaler un projet extrêmement mal ficelé, estime Paolo Ferreira. Les compagnies ne jouent pas le jeu parce qu’elles ne sont pas totalement contraintes à le faire. Elles bénéficient d’un texte trop permissif. Il existe bien des sanctions mais la durée d’instruction est de deux ans. C’est beaucoup trop long. » Le Coceta dénonce aussi une forte augmentation du trafic entre 23 heures et minuit, puis entre 6 heures et 7 heures du matin, un « effet pervers » du couvre-feu.

Le couvre-feu entre minuit et 6 heures s’accompagne d’une interdiction des avions considérés les plus bruyants dès 22 heures. Les vols humanitaires, gouvernementaux et militaires bénéficient d’une exception permanente. L’autorité indépendante Acnusa avait émis un avis défavorable au projet de couvre-feu, non pas parce qu’elle y était opposée, mais parce qu’elle considérait, comme les riverains, que la définition des exceptions fixée par le texte était « imprécise juridiquement », au risque que les compagnies aériennes s’octroient trop de libertés.