Accusé d’avoir traité un policier de « racaille de flic », Taha Bouhafs est relaxé par le tribunal de Créteil

Taha Bouhafs, journaliste lors de la manifestation le 28 novembre 2020 de la Place de la Republique a la Place de la Bastille a Paris — ISA HARSIN/SIPA
  • En juin 2019, Taha Bouhafs a été interpellé alors qu’il couvrait une manifestation de personnes sans papier devant l’entreprise Chronopost à Alfortville (Val-de-Marne).
  • L’un des policiers qui encadrait la manifestation a assuré que le journaliste l’avait qualifié de « racaille de flic » et s’était rendu coupable de « rébellion ».
  • Jugé le 10 mars 2021 après deux ans de procédure, Taha Bouhafs avait profité de l’audience pour faire le procès des violences policières. La procureure avait alors requis une amende de 700 euros à son encontre.

Avocat du policier impliqué dans la procédure, Laurent-Franck Liénard l’avait lui-même reconnu juste avant l’audience :  « C’est une affaire d’outrage à deux balles comme on en plaide 150 par an ! » A ceci près qu’elle concernait Taha Bouhafs. Et que le militant antiraciste et journaliste ne s’est pas gêné pour faire de son procès une tribune pour dénoncer les violences policières en France. Jugé le 10 mars pour « outrage » et « rébellion », il a finalement été totalement relaxé par le tribunal judiciaire de Créteil (Val-de-Marne) ce mardi.

Les faits remontent au 11 juin 2019. Ce jour-là, Taha Bouhafs filme avec son téléphone une manifestation de personnes sans papiers devant les locaux de la société Chronopost, à Alfortville, quand un incident avec Maxime Demaire, un policier de la brigade anticriminalité, éclate. Plaqué au sol et interpellé, le journaliste se retrouve avec une épaule déboîtée qui lui occasionne dix jours d’incapacité totale de travail. Mais il est accusé « d’outrage » et de « rébellion » pour avoir qualifié le fonctionnaire de « racaille de flic ».

Le policier avait « oublié » son brassard

Lors de l’audience, Taha Bouhafs avait fini par reconnaître avoir utilisé le mot « racaille » tout en expliquant qu’il ignorait la qualité de son interlocuteur. De fait, les nombreuses images de l’altercation avaient montré que celui-ci ne portait pas son brassard estampillé « police » comme l’exige pourtant la procédure. « Un oubli malheureux », avait-il glissé avant de passer un très mauvais moment à la barre.

Dans une totale inversion des rôles, c’est en effet Maxime Demaire qui s’était retrouvé à devoir répondre aux accusations de Taha Bouhafs et de son avocat, Arié Alimi. Pourquoi s’est-il permis de le tutoyer lors de l’arrestation ? « Parce que c’est un jeune local… » Ça veut dire quoi « un jeune local » ? Et pourquoi la brigade anticriminalité utilise-t-elle encore l’expression « de type nord-africain » pour désigner certains suspects ?

A toutes ces interrogations, la présidente du tribunal avait ajouté une question essentielle : pourquoi les faits visibles sur les images ne correspondent-ils pas à ce que le policier avait inscrit dans son procès-verbal ? Visiblement mal à l’aise par la tournure des événements, Maxime Demaire avait alors lâché la phrase de trop. « Je comprends même pas qu’on doive se justifier et s’expliquer autant sur le fond et la forme. Cela me dépasse un peu. Je dois dire que dans ma carrière, j’ai déjà fait des choses bien plus graves. Et je n’ai pas dû me justifier autant… »

L’avocat de Taha Bouhafs réclame des poursuites contre les policiers

Contacté par 20 Minutes, Arié Alimi, l’avocat de Taha Bouhafs, se réjouit évidemment de la relaxe de son client. Et voit déjà plus loin. « Le parquet avait requis une peine d’amende de 700 euros. Il n’a pas été suivi. Nous attendons donc de voir s’il fait appel, indique-t-il. Ensuite, nous attendons surtout que des poursuites soient engagées contre les policiers impliqués dans cette affaire pour des faits de violence et de faux en écriture publique. »

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