A Toulouse ou ailleurs, y a-t-il encore de la place en ville pour les manèges ?

Les turpitudes de la Fête Saint-Michel de Toulouse donneraient le tournis au plus valeureux adepte des montagnes russes. Cette fête foraine, une institution qui a traversé près de six décennies, a quitté son berceau historique de Saint-Michel il y a onze ans pour le parking du Zénith. Une solution désormais exclue par la municipalité, en raison de travaux en cours dans le nouveau quartier de la Cartoucherie tout proche, et des « nuisances » engendrées pour les riverains.

Et malgré six mois de travail et l’examen de 24 sites susceptibles de servir de point de chute, assortie depuis la fin de l’été d’une menace de blocage de la rocade par les forains, ce n’est que ce mardi qu’un terrain d’entente a été trouvé. Ce sera l’île du Ramier, plutôt centrale.

Le bras de fer entre les 90 familles de forains qui ont prévu de passer un mois dans la Ville rose – en y scolarisant leurs enfants – et la mairie aura donc duré des mois. L’île du Ramier a été proposée aux forains le 2 septembre. Mais les intéressés ont estimé la proposition trop tardive pour installer une « fête de 3 hectares en quinze jours sur un site en travaux où des camions-bennes passent toute la journée ». « Dans une fête foraine, il y a de l’alimentaire, il faut un réseau électrique, le tout-à-l’égout, voilà pourquoi la proposition du Ramier nous a laissés dubitatifs pour cette année », explique Stéphane Dubief, porte-parole des professionnels et par ailleurs secrétaire général de la Fédération des forains de France.

Entre deux maux…

Mais après l’arrivée de deux autres propositions lundi, pires car excentrées dans la zone industrielle de Ginestous ou à Malepère, les forains ont validé la solution sur le fil du Ramier. « La mairie de Toulouse mobilise immédiatement ses services techniques pour préparer comme il convient ce terrain, mais dans des délais extrêmement restreints. Avec la nécessaire bonne volonté de tous, souhaitons la réussite de cette installation », indique le Capitole ce mardi soir.

Ce conflit toulousain illustre une tendance de fond : les rénovations des hypercentres poussent peu à peu les fêtes foraines vers la périphérie des villes. A Strasbourg, la célèbre Foire Saint-Jean a vécu sa dernière édition au Wacken, le site situé près du Parlement Européen, en pleine mutation urbaine. La municipalité évoque pour 2023 un déménagement vers une « esplanade festive », située dans une zone artisanale. Au Mans, les forains ont dû quitter le centre-ville l’an dernier pour les faubourgs dans une ambiance tendue. Et à Mauguio, près de Montpellier, le Luna Park de Carnon n’a pas ouvert cet été en raison de la construction d’un parking et de dissensions sur un éventuel site de remplacement.

« Cinq à huit ans pour que le public retrouve ses habitudes »

« Nous comprenons la mutation des espaces urbains. Il y a des villes où les déménagements se font dans la concertation et dans l’anticipation », explique Stéphane Dubief, citant Perpignan pour le dialogue ou encore Grenoble durant les travaux de l’Esplanade, qui accueille l’historique Foire des Rameaux.

D’autant que le déménagement d’une fête foraine, concerté ou forcé, n’est jamais anodin. « Il faut en général cinq à huit ans pour que le public retrouve ses habitudes, analyse le spécialiste, qui promène son stand de tir dans toute la France. La fête foraine n’est pas une grande surface, on y vient en famille, parfois à pied ou on s’y arrête en se promenant ». Avec sa desserte par le tramway, la solution toulousaine de l’île du Ramier possède cependant pas mal d’atouts.