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«Â Sylvie Tenenbaum parle du terrorisme masculiniste dans le « Péril Masculiniste »»

Sylvie Tenenbaum a publié son livre « Péril Masculiniste » chez Harper Collins, qui est sorti en librairie le mercredi 7 décembre. Elle y décrit comment des milliers, voire des millions d’hommes se regroupent sur les réseaux sociaux pour partager leurs idées misogynes et antiféministes.


« Je ne trouve pas de mots, c’est gravissime parce que ça touche le monde entier. » déclare Sylvie Tenenbaum, auteure du « Péril Masculiniste » publié chez Harper Collins. Son ouvrage, sorti en librairie le mercredi 7 décembre, constitue une enquête sur l’origine et l’évolution des mouvements masculinistes.

Elle explique comment des milliers, voire des millions d’hommes se rassemblent aujourd’hui, grâce aux réseaux sociaux, pour exprimer leurs idées misogynes et antiféministes. Ancienne psychothérapeute, elle met en lumière le discours d’hommes désireux « de revenir à l’équilibre », effrayés à l’idée que les femmes puissent s’approprier leurs droits à travers les revendications féministes. Imprégnés de misogynie, d’antiféminisme et de haine, les masculinistes appellent souvent à la violence envers les femmes et promeuvent des valeurs réactionnaires, souvent associées à des mouvements d’extrême droite.

Pourquoi avez-vous décidé d’écrire un livre sur le masculinisme ?
Je suis très attentive à l’actualité et j’aime faire des recherches. Ce sujet était de plus en plus évoqué. En juin 2024, j’ai été frappée par le nombre de féminicides et de violences. De plus, en tant que psychothérapeute pendant quarante ans, j’ai constaté que de plus en plus de patientes parlaient de violences physiques et psychologiques. En tant que militante féministe, je ne pouvais pas rester silencieuse sur ce sujet.

Pouvez-vous nous décrire le profil des hommes masculinistes ?
Un point commun caractérise tous les masculinistes : la peur de la castration. Éric Zemmour, qui appartient à ce courant, décrit les femmes comme des castratrices. Ils ont développé une véritable paranoïa, persuadés que toutes les femmes sont contre eux. Mais plus encore, le masculinisme se définit par la culture du viol. Ces hommes estiment qu’ils ont le droit de violer une femme, affirmant que les femmes « n’attendent que ça », comme le disent Éric Zemmour, Julien Rochedy ou Alain Soral. Ce dernier, véritable monstre, fournit même des techniques pour commettre des viols.

Pouvez-vous décrire les différentes branches du masculinisme ?
Trois branches sont plus préoccupantes que les autres. Les MGTOW (Men Going Their Own Way) haïssent tellement les femmes qu’ils évitent d’être en leur présence, tout en parler constamment. Les Pick-Up Artists (PUA), prétendants à des spécialités en drague, encouragent le harcèlement de rue, remettent en question le consentement et portent une vision violente et misogyne des relations. Les PUA proposent des services de coaching via des vidéos, des séminaires et des conseils personnalisés. Enfin, les plus inquiétants sont les Incels (célibataires involontaires), souvent de jeunes hommes vierges, empreints d’une haine profonde des femmes et convaincus qu’elles sont toutes contre eux.

Vous les comparez même à des terroristes islamistes…
Oui. Les Incels sont les seuls à avoir commis des attentats similaires à ceux des attaques djihadistes. En Norvège, Anders Breivik, un masculiniste, a tué 77 personnes en 2011 lors d’une tuerie de masse à Oslo et sur l’île d’Utøya. Ces tueurs se voient ensuite comme des martyrs par leurs semblables, de manière similaire au terrorisme islamiste. Aux États-Unis, le masculinisme est désormais perçu comme une menace terroriste.

Pourquoi agissent-ils ainsi ?
Ces hommes, éduqués à ne pas exprimer la peur ou la tristesse pour maintenir leur virilité, répriment totalement leur vie émotionnelle. Ces émotions se transforment en colère, puis en haine et rage. Ils ne perçoivent plus que le meurtre et le suicide comme solutions. Alain Soral, dans sa « Sociologie du dragueur », assimile le « dragueur » à un « lointain cousin [du] serial killer » et justifie la violence et le meurtre si une femme refuse un rapport sexuel. Leur violence reflète l’intensité des émotions qu’ils refoulent. Les discours véhiculés sur les réseaux sociaux entraînent une radicalisation des jeunes. À 14 ans, en manque de séduire des filles, on est particulièrement susceptible aux discours de haine omniprésents sur Internet. Je pense que sans les réseaux, je n’aurais pas eu besoin d’écrire ce livre.

Pensez-vous que les autorités en France ont pris la mesure de cette menace ?
Non, pas du tout. En France, les attaques masculinistes enregistrées aux États-Unis ou en Suède sont perçues comme des incidents isolés, surtout parce qu’il n’y a pas eu de tels attentats sur notre sol. Mais pour éviter que ces mouvements ne se développent davantage, une prise de conscience politique s’impose. Une forme de masculinisme insidieuse existe, visible dans les publicités sexistes ou lorsque des hommes adoptent un comportement galant dans l’espoir d’obtenir une faveur sexuelle. Cela ne devrait plus avoir sa place.

Quelles sont les mesures à prendre pour prévenir ces comportements ?
Il est nécessaire d’apprendre aux jeunes enfants qu’il n’existe pas de qualités spécifiques aux femmes ou aux hommes. Le courage, la force, la douceur, l’empathie sont des qualités humaines, qu’elles soient perçues comme féminines ou masculines. Cette compréhension doit aussi être transmise aux adultes qui croient en une nature masculine et féminine. C’est la raison pour laquelle j’ai écrit ce livre, bien que cela ait été pénible de constater l’étendue de la haine que ces hommes portent à l’égard des femmes.