« À son arrivée à l’OM, Gasset fait pleurer des joueurs »
Jean-Louis Gasset est décédé le 26 décembre 2025. Il a été présenté comme nouvel entraîneur de l’OM le 22 janvier 2024, après le départ de Gennaro Gattuso.
Edit : En ce 26 décembre 2025, jour de décès de Jean-Louis Gasset, nous vous proposons à la relecture cet article datant du 22 janvier 2024 quand l’entraîneur avait débarqué à l’OM après le départ de Gennaro Gattuso.
Une anecdote aussi savoureuse que symbolique. Et un « souvenir impérissable » pour Jean-Louis Gasset, celui d’avoir côtoyé Bernard Tapie – « quel homme ! » – à l’Olympique de Marseille lors de la saison en Ligue 2 de 94/95. « C’était magique de connaître un personnage comme ça. D’arriver le jeudi pour jouer le vendredi en deuxième division avec une équipe pratiquement d’internationaux et jouer dans un stade quasiment vide contre Saint-Brieuc ». Avant de partir « deux semaines plus tard » faute de contrat et de salaires, a raconté le nouvel entraîneur de l’OM lors de sa présentation mardi. Devant un Pablo Longoria, qui n’avait que 8 ans à cette époque, n’en ratant pas une miette, les yeux écarquillés.
Le symbole de deux époques, celle du foot à l’ancienne et du foot moderne. Quand Longoria réclame à ses entraîneurs des courses à haute intensité et un jeu vertical, Jean-Louis Gasset parle avant tout d’homme. Et quand Tudor évoquait sa défense en individuelle et Marcelino son jeu de possession, Jean-Louis Gasset parle mental : « La question n’est pas de jouer à trois, quatre ou cinq derrière, les joueurs doivent se regarder devant la glace et prendre conscience de comment ils prennent des buts. Ce sont souvent des erreurs individuelles autour de la 90e minute. Le problème est mental, ce sont des gens qu’il faut rassurer. »
Une révolution en moins d’une semaine à Marseille, après le départ de Gennaro Gattuso qui ne cessait de répéter qu’il n’était ni psy ni préparateur mental. Gasset n’a pas peur de dire qu’il arrive avec « sa blouse blanche », plus que son survêtement.
« Quelqu’un très porté sur l’humain »
C’est sa marque de fabrique depuis qu’il a entraîné sa première équipe, Montpellier en 98/99, puis en tant qu’adjoint ou entraîneur. Comme l’explique Laurent Pionnier, qui l’a côtoyé en 2017 pour sauver cette fois Montpellier d’une relégation. « Il a un côté meneur d’hommes, c’est quelqu’un qui est très porté sur l’humain et à Marseille il n’aura pas la barrière de la langue. Ça va faciliter la transmission de son message. Il se soucie de chacun de ses joueurs, et ne laisse personne de côté. Il sait cerner pourquoi tel ou tel joueur n’est pas au niveau escompté, pour tirer le meilleur de chacun », liste l’ancien gardien.
Un travail qu’il a déjà entamé avec ses joueurs, dès son arrivée mardi à la Commanderie. « Ils étaient étonnés que je raconte une petite anecdote à chacun, que je les appelle par leur prénom. À chacun un petit truc qui donne confiance », a-t-il confié sur sa méthode. Comme lors de son retour à Bordeaux en 2020/2021, cette fois en tant que numéro 1 après avoir été l’adjoint de Laurent Blanc, encore dans une mission de pompier de service. « À la fin du discours qu’il a fait en arrivant, la moitié des joueurs pleurait. C’est un méridional, il est sur l’affect, le vrai et ne triche pas », se souvient le docteur du club, Thierry Delmeule.
« Il axe sa communication sur l’intimité »
Mais attention, même s’il a 70 ans et qu’il raffole des anecdotes, Jean-Louis Gasset n’est pas que ça. Derrière l’image de gentil papy, il est capable d’élever la voix pour que le message passe. L’intéressé a d’ailleurs prévenu : « Devant le groupe, il faut rassurer, mais en tête à tête, c’est plus vif, plus saignant. Je serai un peu plus agressif dans les discussions personnelles avec ceux qui ne donnent pas assez. »
Une facette plus méconnue que reconnaît parfaitement Laurent Pionnier :
« Ah ça, c’est clair. Ça rejoint son souci de l’homme. Il est prêt à avoir des discussions sur des sujets ou des choses qu’on n’a pas forcément envie d’entendre mais qui peuvent te permettre de rebondir. Mais ce ne sera jamais devant le groupe ou en public, il axe sa communication sur l’intimité et ça reste dans le vestiaire. C’est pour que le joueur donne le meilleur de lui, et pour le bien de l’équipe. »
À l’image de cette savoureuse anecdote entre Gasset et Souleymane Diawara, quelque temps après son arrivée à l’OM. « Jean-Louis Gasset ? Quand je suis arrivé à Bordeaux j’étais hyper nul. Il me convoque dans son bureau et il me dit : « Qu’est ce qui t’arrive ? C’est pas Souley qu’on a recruté. C’est son grand-père. Qu’est-ce que t’as changé dans ta vie ? Ça va pas ? » Je lui explique : Je sors plus je fais plus rien. Il me regarde, il fume sa cigarette et il me dit : « écoute-moi bien petit on est jeudi, je veux te voir mort demain. » On joue ensuite contre le PSG, je fais un gros match et je marque. Il passe à côté de moi il me dit « Tous les jeudis je veux te voir mort. » et il continue sa route. »
Une histoire « 100 % véridique », selon l’ancien doc des Girondins, Thierry Delmeule. « Il peut sortir le couteau sans problème, mais c’est un vrai amoureux des joueurs de foot. Le seul hic, c’est que plus le temps passe et plus il peut être en décalage avec son effectif. Mais s’il a des mecs un minimum nature… », prévient-il.
« La sagesse et la gouaille d’un grand pro »
Au-delà de la profonde affection de Jean-Louis Gasset pour ses joueurs, « c’est le foot qui véhicule [sa] vie ». « Je n’ai jamais connu quelqu’un qui connaît aussi bien le foot. Il a l’œil de l’expert et de la roublardise. Il a la sagesse et la gouaille, c’est un grand pro », pour Thierry Delmeule.
La qualité de l’effectif en place à l’OM, certes critiquée par les supporters, est toutefois au-dessus de tout ce qu’il a connu dans ses missions de sauvetage en Ligue 1, comme il l’a dit mardi. Cela booste sa foi en la réussite de cette mission. De toute façon, ceux qui le connaissent ne se font pas de soucis pour ce gros bosseur au palmarès bien fourni, avec quatre championnats de France, deux coupes de France et quatre coupes de la Ligue.
« C’est un club qui va lui aller, c’est un grand club. Et Jean-Louis a plus de facilité à mettre ses idées en place avec de joueurs de grands niveaux, comme lorsqu’il était avec Laurent Blanc au PSG, estime Laurent Pionnier. Sa force est d’analyser bien en amont la problématique. Plusieurs entraîneurs n’ont pas trouvé la formule, il est dans ce souci-là. L’avantage, c’est un mec du sud qui connaît le mode de fonctionnement de coin, et il va s’adapter au mieux à ce moule-là pour rapidement trouver des solutions. » Ça tombe bien, il commence son expérience sur le banc de l’OM ce jeudi soir (21 heures) avec un match couperet de Ligue Europa, contre le Shaktar Donetsk.

