« A propos de Joan » : Comment Isabelle Huppert s’est donnée à fond pour Laurent Larivière

Isabelle Huppert est bouleversante dans A Propos de Joan, le deuxième long-métrage de Laurent Larivière (Je suis un soldat), présenté à la  Berlinale cette année. « Quand on est un jeune réalisateur, Isabelle Huppert est un rêve qui semble inaccessible, confie ce dernier à 20 Minutes. Elle est une icône de la cinéphilie. »

On comprend que la comédienne se soit laissé séduire par ce personnage d’éditrice qui renoue avec son passé, un rôle en or pour une actrice de son rang. « Il a suffi de deux conversations téléphoniques au début du confinement et elle a dit « oui » le jour du déconfinement, se souvient Laurent Larivière. Je suis sans doute l’une des seules personnes dont le Covid-19 a arrangé les affaires. La fermeture des théâtres où elle jouait deux pièces lui a permis d’avoir du temps libre pour tourner mon film. »

Une femme sous forme de puzzle

Les rapports de l’héroïne avec son fils (incarné par Jean-Louis Broust, Dimitri Doré et Swann Arlaud aux différents âges de sa vie) et sa mère (jouée par la toujours juste Florence Loiret-Caille) sont des pièces d’un puzzle passionnant. A chacun, Isabelle Huppert s’est appliquée à donner la réplique avec passion. « Il existe beaucoup de fantasmes sur les stars comme Isabelle Huppert, mais elle ne correspond à aucun d’entre eux, précise le cinéaste. Elle est exigeante mais si vous cherchez ensemble la façon de rendre le film meilleur, c’est une femme exquise. »

Ce portrait de femme coécrit avec François Decodts laisse la part belle aux hommes visitant la vie de cette célibataire qui a tenté de mener de front carrière et maternité. Le film jongle habilement avec différentes périodes sur quarante ans. Il en est de même pour le ton de l’histoire, passant de l’humour au mélodrame. « Ce qui est merveilleux avec Isabelle, c’est qu’elle a une vision globale du film, explique Laurent Larivière. Elle ne se contente pas de se focaliser sur son propre rôle. Tout la passionne et elle ne tire à aucun moment la couverture à elle. »

Entre inventions fantasmées et souvenirs authentiques, la Joan du film révèle beaucoup de ses failles en entraînant le spectateur à sa suite. Dès la première scène où elle se confie face caméra, le public se fait happer. « Isabelle Huppert m’a donné tout ce qu’elle avait, s’étonne le réalisateur. Je n’avais jamais rencontré une telle disponibilité chez une comédienne. » Cela se sent dans A propos de Joan qu’on aurait presque envie de rebaptiser « A propos d’Isabelle ».