A Nice, le premier centre d’accueil de jour pour les femmes sans abri vient d’ouvrir

« De la sécurité », lâche spontanément, Alice, 42 ans, quand on lui demande ce que la structure « Oasis » ajoute à son quotidien. Ce centre d’accueil de jour, exclusivement pour les femmes sans abri, a ouvert ses portes fin octobre à Nice. « J’ai eu de la chance, poursuit cette femme, j’ai appelé le 115 pour avoir une couverture et on m’a finalement emmené dans la halte de nuit. Là-bas, on m’a dit qu’il y avait cet endroit qui venait d’être inauguré. Dans la rue, quand on est une femme, c’est très dangereux, la nuit comme le jour. »

C’est avec ce genre de témoignages que Tania Jakic, présidente de l’association Solidarité 06, a eu envie de créer ce lieu. « Je ne comprends même pas comment c’est possible que ce soit le premier dans la région, lance-t-elle. C’est même le seul en France, qui propose le genre d’accueil complet qu’on a mis en place. » Les cinq autres centres d’accueil de jour pour femmes du pays sont, d’après l’instigatrice du projet, « simplement une salle où on peut se poser ».

Des repas, des kits d’hygiène mais aussi des ateliers

« On dirait une brasserie hype, branchée, qualifie Alice en souriant. On est reçu dans des conditions qui sont plus que ce qu’on pourrait imaginer demander. » Au sein de cet oasis ouvert du lundi au vendredi de 8 h à 18 h, il est possible d’avoir « une aide personnalisée » avec des travailleurs sociaux sur place, mais aussi accès à une consultation psychologue, des conseils juridiques, professionnels et aussi gynécologiques. « Notre but est de les sortir de la rue », affirme la présidente de l’association.

Le lieu de vie du centre d'accueil de jour pour les femmes à Nice
Le lieu de vie du centre d’accueil de jour pour les femmes à Nice – Oasis

Chaque après-midi, des ateliers de tout genre sont également proposés pour celles qui le souhaitent. Ce jour-là, c’est Mounira qui animait le « relooking ». Cette bénévole sait coiffer et a proposé, sous l’impulsion de la présidente de l’association, ses services pour « offrir un moment de bien être » à ces femmes une fois par semaine.

« C’était primordial, insiste Tania Jakic. Ici, on ne propose pas seulement le petit-déjeuner, le repas du midi, on le fait même ensemble. Il y a des sanitaires, des kits d’hygiène en accès libre, des vêtements et une machine à laver, le wifi et la possibilité d’utiliser un ordinateur mais aussi simplement se poser dans un canapé et regarder la télé. »

« C’est chez elles, chez nous »

Actuellement, même si c’est « difficile à quantifier », la présidente de l’association estime qu’entre 70 et 100 femmes seraient dans le besoin à Nice. C’est à travers leurs témoignages qu’elle a estimé « urgent » d’ouvrir cet endroit. Et pour que le projet voit le jour, elle s’est rapprochée il y a un an et demi du Secours populaire.

« Depuis des années, je parcours la ville pour des maraudes, je connais bien les personnes sans abri, explique-t-elle. Beaucoup de femmes me disaient qu’elles subissaient des violences en restant dans la rue. Il y a les haltes de nuit mais ce n’est pas suffisant pour les protéger des agressions. Une fois, une d’entre elles a été retrouvée dans un état qui n’est pas descriptible parce qu’un homme qu’elle avait rencontré dans un accueil mixte l’a suivie. Quand elle a refusé ses avances, il lui a cassé des côtes et une clavicule. Les hommes profitent des femmes qui sont vulnérables pour leur faire du mal. C’est aussi pour ça que toutes les personnes bénévoles sont des femmes. On veut instaurer un climat de confiance et ne pas réveiller de traumatismes. »

En plus d’avoir (enfin) simplement un lieu pour elles, ces femmes qui ont entre 18 et 77 ans, peuvent se retrouver dans un endroit « chaleureux ». Pour Alice, c’est « la première fois » où elle se sent assez à l’aise pour « laisser [ses] affaires sans devoir les surveiller ».

« C’est chez elles, c’est chez nous, on est comme une famille, affirme la cofondatrice du lieu. Ça veut dire qu’on veut le bien des unes et des autres. Des liens se créent, ce qui n’était pas forcément le cas lorsqu’elles se croisaient en centre d’hébergement. » Au point où « 19 places, ça devient petit ».

Tania Jakic réfléchit déjà à l’ouverture d’un autre établissement « dans un futur proche ». En attendant, cet accueil de jour a besoin de dons financiers mais aussi matériels comme « des sous-vêtements neufs, des leggings, du maquillage », cite-t-elle.