A Marseille, les règlements de comptes tombent dans l’indifférence générale

Un règlement de compte à Marseille en 2014. — P.Magnien / 20 Minutes

  • Un homme de 22 ans a été tué à l’arme de guerre dans la nuit de samedi à dimanche dans les quartiers Nord de Marseille.
  • S’il venait à se confirmer qu’il s’agit d’un règlement de comptes ce serait le premier de l’année 2020.
  • Autant Marseille était sous le feu des projecteurs au début des années 2010 pour les assassinats perpétrés sur fond de trafic de drogue, autant aujourd’hui, ils intéressent beaucoup moins les médias.

Trois impacts de calibre 7.62, celui d’une kalachnikov, dont une balle en pleine tête. Un jeune homme de 22 ans a été tué dans la nuit de samedi à dimanche, dans le quartier du Merlan, dans le 14e arrondissement de Marseille, alors qu’il sortait d’un restaurant. Il a été déclaré mort malgré les tentatives de réanimation. « La piste du règlement de comptes est privilégiée », a déclaré le procureur de la République de Marseille, Xavier Tarabeux. Si cette piste se confirmait, il s’agirait de la première victime morte dans un règlement de comptes de l’année dans les Bouches-du-Rhône.

Si au début des années 2010, Marseille était montrée comme la capitale de la violence et de la kalachnikov, souvent comparée à Chicago, ces vies enlevées à de jeunes adultes, voir à des adolescents, n’émeuvent plus. Dix personnes sont mortes à la suite de règlements de comptes en 2019 dans les Bouches-du-Rhône, un bilan parmi les plus faibles de la décennie écoulée. Mais ils étaient 23 en 2018, au même niveau qu’en 2012 lorsque les projecteurs étaient braqués sur la ville.

« Ce qu’on entend dans la presse c’est “Oh c’est moins pire cette année, il y a eu 10 règlements de comptes de moins que l’année dernière”, mais c’est un décompte macabre. Un, c’est déjà de trop. On ne peut plus laisser les quartiers populaires de cette ville dans cette situation », regrette Hassen Hamou, fondateur du collectif Trop jeune pour mourir.

Les règlements de comptes ne sont pas qu’une question sécuritaire

Il a interpellé Laurent Nunez, secrétaire d’Etat auprès de Christophe Castaner, le ministre de l’Intérieur, et ancien préfet de police des Bouches-du-Rhône. « Nous avons pu échanger par SMS et une réunion est prévue. Mais j’ai demandé à ce que d’autres ministères soient présents parce que la problématique des règlements de comptes n’est pas qu’une question sécuritaire », explique-t-il.

Hassen Hamou espère également profiter des élections municipales pour pousser les candidats à prendre position. Une question délaissée par la municipalité en place, « tant qu’ils se tuent entre eux », aurait même prononcé le maire. Jean-Claude Gaudin a bien sollicité l’aide de l’Etat lors d’un règlement de comptes en juin 2018, mais il a fallu que ce soit sous les fenêtres de sa mairie sur le Vieux-Port. Quelques jours plus tôt il n’avait pas eu un seul mot pour la famille d’Engin Gunes, victime collatérale d’un règlement de comptes à l’Estaque, alors qu’il jouait aux cartes. Lors de ses derniers vœux à la presse​ lundi, Jean-Claude Gaudin a pu lister certains regrets de ses 25 ans de pouvoirs, mais il n’a pas eu le moindre mot pour la mort de ses jeunes administrés liée aux règlements de comptes.

« Non seulement ces morts tombent dans la banalité, plus personnes n’en parle. Mais même en pleine campagne municipale, aucun candidat ne prend la parole sur ce sujet. C’est comme si même la classe politique n’avait pas pris conscience de ce qui se passe dans ces quartiers alors que c’est un vrai enjeu du territoire. Ils remettent tout sur le dos de l’Etat, mais qui est responsable de l’animation de ces quartiers, de la fermeture des services publics, de la précarité ? », dénonce Hassen Hamou.

Effet de mode politico-médiatique

Pour le sociologue Laurent Mucchielli qui s’est intéressé de près aux règlements de comptes, « ils ne sont plus à la mode. Il s’agit d’un effet de mode politico-médiatique, et en ce moment on parle d’autre chose. Comme la menace terroriste par exemple. Une sorte de fatalisme s’est installé alors que Marseille n’est pas une exception, il y a des règlements de comptes en Corse, en Seine Saint-Denis », avance le chercheur.

Il est néanmoins « certains » que l’on parlerait « d’avantage de ces crimes s’ils se produisaient dans le centre-ville. « Il y a deux catégories de personnes. Ceux dont on parle et ceux qui parlent. Les populations de ces quartiers ne parlent pas. Les classes moyennes supérieures n’appartiennent pas à la même classe sociale que ces populations, et si les règlements de comptes survenaient dans leur classe sociale, il y aurait plus d’émoi », explique Laurent Mucchielli.

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