A Marseille, des tentes sur la Canebière pour alerter sur le sort de jeunes migrants

De jeunes migrants ont posé depuis trois jours des tentes sur la Canebière, à Marseille, pour alerter sur leur manque de prise en charge par le département des Bouches-du-Rhône, qui conteste leur minorité, a constaté un journaliste.

En France, les conseils départementaux ont l’obligation de « recueil provisoire d’urgence » pour les mineurs étrangers non accompagnés, une mise à l’abri immédiate prévue par la loi en attendant l’évaluation de la situation du jeune par les services sociaux et éducatifs.

Le département des Bouches-du-Rhône, qui a été sévèrement critiqué par la Défenseure des droits l’année dernière pour ses carences dans la prise en charge des mineurs étrangers, conteste que les jeunes sur La Canebière soient mineurs.

« Les évaluations (…) ont conclu que les jeunes étaient majeurs. S’il y a contestations des évaluations (…) l’autorité judiciaire tranchera la question », a-t-il déclaré. « On demande à ce que le département nous mette à l’abri le temps d’avoir une décision du juge » tranchant sur la question de la minorité, a expliqué Mohamed, un jeune Ivoirien présent sur ce campement improvisé, qui préfère taire son nom.

Lui et ses camarades installés sous un kiosque à musique ont déployé une banderole avec le slogan : « SOS mineurs à la rue, on veut nos droits. » Une cinquantaine de jeunes migrants étaient contraints, faute de prise en charge par le département, de loger dans deux squats sur La Canebière avec le soutien de bénévoles d’associations, mais les autorités ont procédé mercredi matin à l’expulsion de ces lieux, a constaté un journaliste.

« On défend le principe de présomption de minorité »

Les cinquante jeunes gens ont tous, selon les collectifs « solidaires » qui les accompagnent, fait recours auprès d’un juge des enfants pour obtenir la reconnaissance de leur statut de mineur. Selon Médecins sans Frontière (MSF), en France, 80 % des jeunes migrants faisant un recours sont reconnus mineurs par les juges.

« C’est pourquoi on défend le principe de présomption de minorité qui permettrait aux jeunes d’être pris en charge », jusqu’à la fin des recours, souligne le chef de mission France de MSF, Xavier Crombé. Il regrette qu’avec ces expulsions de squats, « on les prive de tout », à commencer par la scolarisation.

En 2021, la Défenseure des droits avait demandé à la préfecture « d’apporter son concours au département dans la recherche de bâtiments disponibles ». Le Département estimait alors à 1.100 le nombre de mineurs étrangers non accompagnés dans les Bouches-du-Rhône.