A Epinay-sur-Seine, une fontaine sèche a métamorphosé un espace « anxiogène » en lieu « convivial et vivant »

Et au milieu coule une… fontaine ! Bienvenue à Epinay-sur-Seine, charmante cité de 57.000 âmes, en plein cœur de la Seine-Saint-Denis… On laisse le reste du pitch à Stéphane Plazza et on file au milieu des tours pour découvrir la place René-Clair et sa fontaine sèche. « On dit sèche mais en fait, c’est mouillé ! », glisse dans un rire, Eugénie Ponthier, adjointe au maire, déléguée à l’écologie urbaine.

En fait, cette dénomination est due à l’architecture même du lieu : « contrairement à la fontaine Bartholdi sur la place des Terreaux à Lyon par exemple, la nôtre à Epinay n’a pas de structure. Quand on coupe l’eau l’hiver, elle devient un espace public utilisable, sans structure apparente. »

« C’est un lieu convivial, vivant, qui s’autosuffit »

A Epinay-sur-Seine, Eugénie Ponthier raconte l’histoire de cette nouvelle centralité de la ville : « c’est comme dans le Sud, sur une place de village à côté de l’Eglise. Sauf qu’on est entourés de tours de béton. » Avant la fontaine sèche, la place René-Clair était un espace « anxiogène, traversé par les voitures ». Aujourd’hui, le marché vétuste a laissé la place à une médiathèque qui, l’été venu, « installe des chiliennes près de la fontaine pour déguster un bon bouquin », poétise l’élue.

La fontaine sèche a largement conquis les plus jeunes durant l"été.
La fontaine sèche a largement conquis les plus jeunes durant l »été. – DR

« Désormais, avec sa multiplicité d’usage, c’est un lieu convivial, vivant, qui s’autosuffit. Nul besoin de créer de l’animation, les différentes populations d’Epinay s’y côtoient, s’y rencontrent et l’ont investi pour des moments de détente, ajoute-t-elle. L’été, c’est Epinay-plage, les enfants viennent avec leur serviette, profitent de l’eau et de la fraîcheur tandis que les parents les surveillent depuis les bancs et les zones ombragées. »

« Sur les pavés, la plage »

« A Epinay comme dans de nombreux endroits en France, une majorité de la population n’a pas de maison secondaire et ne part pas en vacances du tout », glisse Raphaël Ruegger, à l’initiative de la Fédération françaises des trucs qui marchent, qui a passé son été sur les routes de France, « à chercher les îlots de fraîcheur » ainsi que des initiatives locales méconnues qui ont fait leur preuve et peuvent être dupliquées ailleurs. Comment a-t-il su que la fontaine sèche d’Epinay était une pépite ? « L’intuition déjà, glisse-t-il en souriant, car je suis venu durant l’hiver, la fontaine était arrêtée. Mais Eugénie Ponthier m’a dit de fermer les yeux et d’imaginer… » Et la magie a opéré. « Sur les pavés, la plage », lâche-t-il.

La place René Clair, réaménagée il y a quelques années, avec la fontaine sèche au centre, vue d'en haut.
La place René Clair, réaménagée il y a quelques années, avec la fontaine sèche au centre, vue d’en haut. – DR

Raphaël Ruegger souligne également l’impact particulièrement bénéfique et immédiat d’une telle rénovation urbaine : « Avec les chaleurs que l’on connaît désormais l’été, une telle installation est une aubaine pour la population, pour faire patauger gratuitement les petits. » Il sait que le projet peut essaimer ailleurs, que des élus ont déjà manifesté leur envie de dupliquer ce lieu de vie. « Pour l’heure, on n’est pas près de supporter la chaleur dans des cadres de béton, on s’est plutôt focalisés sur la rénovation énergétique pour l’hiver », ajoute Eugénie Ponthier. Mais avec le réchauffement climatique en constante progression, les politiques publiques vont devoir se plonger dans cet épineux dossier, qu’Epinay-sur-Seine pourrait bien symboliser.