France

«Â Charly, 9 ans, agressé et violé dans un foyer »

Charly, âgé de 9 ans, a été placé au foyer de la villa Virginie il y a un peu plus de deux ans en raison de la manipulation présumée de sa mère pour qu’il ne veuille plus voir son père. En octobre 2023, il a déclaré avoir subi plusieurs agressions sexuelles dans le foyer, et une plainte a été déposée par sa mère le 14 octobre 2023.


C’est un petit garçon qui ne se bat plus pour lui, mais pour tous les autres enfants. Son objectif est de s’assurer qu’ils ne vivent jamais ce qu’il a enduré dans un foyer de l’aide sociale à l’enfance des Alpes-Maritimes, à Nice. Charly, âgé de 9 ans, est aujourd’hui de nouveau chez sa mère. Cependant, il y a un peu plus de deux ans, il a été placé au foyer de la villa Virginie, car le juge estimait que sa mère l’avait manipulé pour qu’il ne souhaite plus voir son père.

En réalité, ceux qui examinent le dossier comprennent facilement pourquoi l’enfant ne souhaite plus voir son géniteur. Alors que sa mère est enceinte, son compagnon tente de la tuer par strangulation. Patricia Galet parvient à quitter cet homme avant même la naissance de l’enfant. Après trois plaintes et l’activation d’un dispositif « téléphone grave danger », l’homme sera condamné pour violences conjugales et se voit interdire de s’approcher de son ex-compagne. Néanmoins, pour la justice, un homme violent peut sembler être un bon père. Il obtient alors des visites médiatisées, auxquels l’enfant, témoin de violences physiques et verbales, s’oppose. Sa mère, malgré tout, l’y conduit sans résistance et assiste, impuissante, à des scènes répétées où l’enfant se débat et hurle.

Persuadé que la mère aliénait son fils, le juge décide de le placer, bien que le syndrome « d’aliénation parentale » manque de consensus scientifique. En septembre 2023, Charly est placé pendant presque un an dans un foyer de l’aide sociale à l’enfance, où il raconte avoir subi de nombreuses violences et plusieurs agressions sexuelles.

« Une gamine me met des coups de pied dans la jambe, le sang dégouline par terre, ça fait « pan pan », et les adultes ne font rien », explique-t-il dans un enregistrement d’une conversation téléphonique avec sa mère, que 20 Minutes a pu écouter, quelques jours après son arrivée. « Encore un gros coup et je suis mort. Quand je suis en colère, j’ai envie de me tuer… » Des photos consultées par 20 Minutes montrent de nombreux bleus, plaies, croûtes et rougeurs sur ses genoux, aisselles et cuisses.

Parmi les incidents les plus graves, le jeune garçon évoque avoir subi en octobre 2023 plusieurs agressions sexuelles, voire des viols, de la part d’un autre enfant présent dans le même foyer. « Timothée [le prénom a été changé] utiliserait un objet métallique, du type clou, et lui introduirait dans les fesses certains jours », précise la mère de Charly dans sa plainte déposée le 14 octobre 2023. Cependant, l’affaire n’aurait pas été suffisamment prise au sérieux par l’organisation qui accueillait l’enfant.

Dans un enregistrement réalisé par les enfants eux-mêmes au sein du foyer, on les entend signaler aux éducatrices que l’enfant agresseur « viole », touche les parties intimes et frappe. Ils racontent avoir appelé la police, espérant que l’enfant quitte le foyer, et reprochent aux éducatrices leur inaction. Ces dernières leur rétorquent de ne pas appeler la police, ajoutant que cela fait deux semaines que les enfants le répètent, et que cela ne sert à rien.

Patricia Galet, informée le 12 octobre par son fils, appelle également la police, selon ce qu’elle raconte dans sa plainte. À leur arrivée, les forces de l’ordre auraient été informées par le foyer qu’il ne s’était rien passé et n’auraient pas poussé l’enquête plus loin. Ce sont finalement les pompiers qui emmèneront Charly à l’hôpital, mais le jeune garçon ne sera pas examiné par un médecin légiste : le foyer ordonnera son retour dans les douze heures suivantes, selon son récit. Selon sa mère, cela semble une manière d’éviter un examen physique de l’enfant, qui n’aura en effet jamais lieu malgré les promesses des éducateurs venus le récupérer à l’hôpital.

Le lendemain, une nouvelle agression se serait produite dans un véhicule où Charly et Timothée étaient tous deux installés, d’après la plainte. Le personnel aurait alors réagi pour faire cesser la situation. Un cadre du foyer a promis à Patricia Galet qu’il allait déplacer l’enfant ayant maltraité Charly. Cependant, il a fallu encore deux mois, durant lesquels Charly est resté exposé à son agresseur. Timothée a depuis été transféré dans un autre foyer, dans le Lot-et-Garonne.

Face à ce récit, ni le parquet de Nice, ni le département des Alpes-Maritimes, ni le parquet d’Agen, en charge de l’enquête, n’ont souhaité répondre aux questions de 20 Minutes, le premier renvoyant vers le second, et le second et le département invoquant l’article 11 du Code de procédure pénale, qui stipule que « la procédure au cours de l’enquête et de l’instruction est secrète ».

Charly a finalement retrouvé sa mère en août 2024, à l’issue d’une longue et éprouvante bataille judiciaire. Patricia Galet dénonce aujourd’hui l’aide sociale à l’enfance, ainsi que la justice et un juge en particulier, qu’elle accuse d’avoir placé son fils sans raison valable, alors qu’il ne risquait aucun danger, le mettant ainsi en contact avec des violences bien réelles à l’intérieur des foyers de l’ASE. En décembre, sa plainte contre l’État a été jugée recevable.