50 ans de l’homme sur la Lune: La Lune a-t-elle vraiment des effets sur notre humeur?

La Lune a-t-elle des effets sur nos humeurs? (illustration) — Geoffrey Swaine/REX/Shutterstock/SIPA

  • Le 20 juillet 1969, Neil Armstrong foulait le sol de la Lune. A l’occasion des 50 ans des premiers pas de l’homme sur le satellite de la Terre, 20 Minutes vise la Lune avec une série d’articles.
  • Au Moyen Age, on associa la Lune à la folie car elle « était soupçonnée de perturber les esprits. […] On ignorait que du point de vue scientifique et médical, ces gens fébriles étaient victimes de crises d’épilepsie. »
  • « Dans une revue américaine, il est apparu que 40 % de la population et 80 % des professionnels de la santé mentale croyaient que les phases de la Lune affectaient le comportement humain tandis que 99 % des preuves établies indiquaient que tel n’était pas le cas. »

Alors que vous rendez visite à vos grands-parents, vous sentez votre grand-père bougon. Face à cette mauvaise humeur ambiante, on vous explique que « c’est à cause de la pleine Lune » que votre grand-père est… mal luné. L’excuse est-elle recevable ? Cet astre a-t-il vraiment un effet sur nos humeurs ? La réponse n’est pas si évidente.

A défaut d’une sortie dans l’espace, voyageons dans le temps et retournons au Moyen Age. Période durant laquelle, si l’on en croit Brigitte Bulard-Cordeaux, auteur du Petit livre de la Lune (éditions Chêne) la Lune était soupçonnée de perturber les esprits. « Sous son influence, les gens devenaient nerveux, agressifs, pour le moins étranges ; la déraison s’emparait d’eux, la sueur perlait sur leurs visages, leur attitude inquiétait leur entourage. Très vite, on associa la Lune à la folie. C’est elle qui terrifiait les malades, transformait les ombres en démons. On ignorait que du point de vue scientifique et médical, ces gens fébriles étaient victimes de crises d’épilepsie. »

« Tout dépend du signe astrologique »

Sans aller jusqu’à la pathologie, le changement d’humeur peut-il être lié à ce satellite ? A cette question, le livre de Brigitte Bulard-Cordeaux répond par un peu d’astrologie : « Durant deux à trois jours, la Lune s’attarde dans chaque constellation du zodiaque », écrit-elle, poursuivant qu’« en Taureau, on est toujours vaillant » ou encore que les Vierges font preuve de perfectionnisme, « mais ce n’est pas le moment de se chercher des poux dans la tête ».

L’influence de la Lune, « dépend de comment elle est inspectée, du signe astrologique qu’elle traverse, confirme de son côté la naturopathe Johanna Dermi. Rien n’est prouvé, mais c’est juste dans l’observation du vivant. ». Si elle cite les liens entre cet astre et le cycle féminin, elle reconnaît que la société « est moins connectée à la Lune que dans les temps anciens ». Et pourtant, « le 17 juin, il y avait une pleine Lune, on ne s’en est pas rendu compte mais il s’est passé plein de choses », assure Johanna Dermi, faisant référence aux interprétations de l’astrologue Patrick Giani. La naturopathe analysera simplement, elle, qu’à cet instant « il y a comme une énergie qui se développe ».

Une influence, mais psychologique

De quoi expliquer le grand-père irascible, la voisine nerveuse, le collègue agressif… La science est moins formelle. « La Lune se fait remarquer, elle intervient beaucoup dans nos vies par sa présence, elle éclaire nos nuits… mais elle n’a pas d’influence sur nous, tranche Jean-Eudes Arlot, astronome animant notamment une conférence grand public intitulée La Lune entre sciences et croyances. Et d’ajouter : « Mais les effets psychologiques sont importants : l’être humain est fasciné par la Lune. Psychologiquement, cela peut donc entraîner des changements humains. Quand on sait qu’il y a la pleine Lune, les gens se disent “ah voilà, c’est pour ça !”. C’est comme quand on a peur de quelque chose… il y a alors plus de chances que cela arrive ».

Le sujet a plusieurs fois été étudié à travers le monde. Les résultats de ces études scientifiques ont été regroupés par des chercheurs en mai 2017 dans l’article A structured review of relation between full moon and different aspects of human health (SM J biometrics biostat). On y lit notamment qu’une « étude développée dans la revue médicale General Hospital Psychiatry chercha à étudier les corrélations entre les différentes phases de Lune et les problèmes psychologiques tels que les attaques de panique, l’anxiété, les troubles de l’humeur ou les tendances suicidaires. Cette étude compilait aussi les dernières recherches effectuées et est arrivée à la conclusion qu’il n’y avait pas de lien entre la pleine Lune et la psychologie humaine », écrivent les chercheurs Anannya Roy, Tonmoy Biswas et Ajit Kumar Roy, amenés à conclure qu’il n’y a pas d’effets lunaires sur le comportement humain.

Des croyances qui perdurent

Mais le trio relève que, malgré cela, les croyances ont la peau dure : « Un article édité par le Journal of Emergency Medicine avait mis en avant que 80 % des infirmières interrogées, choisies au hasard, et 64 % de docteurs urgentistes considéraient que les cycles lunaires affectaient la santé mentale. Cette croyance est communément répandue, aujourd’hui. Dans une revue américaine, il est apparu que 40 % de la population et 80 % des professionnels de la santé mentale croyaient que les phases de la Lune affectaient le comportement humain tandis que 99 % des preuves établies indiquaient que tel n’était pas le cas. »

Cela rassurera peut-être un peu plus celles et ceux qui disent rencontrer des difficultés à dormir un soir de pleine Lune, il y a un chouïa plus de résultats divergents concernant les effets du satellite sur le sommeil. Là encore, sans unanimité.

« La science évolue »

« Sans chercher à cultiver les superstitions, ce n’est pas parce qu’on n’a pas su prouver une influence que ça n’existe pas. La science progresse, évolue », tempère Bernard Melguen, auteur de La Lune, vérités et légendes (éditions Apogée) par ailleurs « scientifique scientiste ou rationaliste », selon ses termes, de l’université permanente de Nantes.

Citant entre autres une expérience du biologiste américain Dr F. A Brown, constatant que les huîtres de son laboratoire changeaient progressivement leur rythme pour sʼouvrir quand la Lune passait au méridien du lieu, Bernard Melguen se dit que s’il y a des effets sur les animaux voire les plantes, alors pourquoi pas sur nous ?

En attendant, il y a peut-être une vraie bonne explication à apporter, notamment pour celles et ceux qui disent avoir du mal à dormir les nuits de pleine Lune. Une expérience a été menée à l’Unité veille sommeil du centre hospitalier de Rouffach (Alsace) sur un groupe de volontaires ayant vu son sommeil être limité à quatre heures quotidiennes. « Au bout d’une semaine, l’humeur a commencé à devenir moins bonne, déprimée », indique le Dr Luc Staner, médecin de l’unité. Un résultat sans appel : le manque de sommeil a, lui, bien un effet sur notre (mauvaise) humeur.

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