« 20 Minutes » a 20 ans : Vous souvenez-vous? Quand Martin Fourcade mettait en lumière le biathlon français

On ne l’avait pas vu venir. En tout cas pas à ce point. Le gros Globe de cristal de Quentin Fillon-Maillet en  biathlon après une saison hégémonique marquée par cet interlude olympique fantastique. Du  Martin Fourcade dans le texte. Un truc qu’on pensait ne plus revoir après la retraite sportive du patron pendant une ou deux générations, minimum.

Mais qu’on se dise les choses franchement. Quoi qu’il advienne de la fin de carrière de QFM, quels que soient les succès futurs, les émotions procurées et avec l’immense respect qui lui est dû, Fourcade restera Fourcade. Celui qu’on a accompagné tout au long de la dernière décennie et celui qui a installé durablement le biathlon dans le décor à 20 Minutes. Une affaire de résultats, beaucoup, et de personnalité, aussi.

Les pieds gelés puis la sinusite à Sotchi

Ça pour l’avoir accompagné, on l’a accompagné, Martin. Parfois un peu trop longtemps. Tenez, en 2014, on a assisté en direct au coup de froid qui lui coûtera ses ambitions pour la fin des JO de Sotchi. Une saleté de sinusite contractée après avoir claqué l’argent sur la mass-start, à force de se geler les pieds en zone mixte pour répondre aux sollicitations médiatiques. Foutus journalistes. Si on avait su, on se serait abstenus. Au lieu de ça, le pauvre terminera ses Jeux sous antibiotiques sans avoir pu peser sur les relais, dernières courses olympiques. Retour en France avec trois médailles, dont deux d’or, et une notoriété déjà bien établie dans le milieu. En dehors, ça reste un peu poussif. On en aura la preuve quelques jours plus tard.

23 février 2014, donc. L’ascenseur s’ouvre sur les locaux de 20 Minutes, alors situés boulevard Haussmann, à Paris. Fourcade s’avance en traînant sa valise, et se présente à l’accueil : il doit participer à un chat avec des lecteurs.

– Bonjour.

– Bonjour monsieur, vous êtes ?

– Martin Fourcade.

– Et c’est pour quelle société ?

Il n’aura pas le temps de répondre, on vient l’alpaguer pour l’emmener dans la rédaction. Le héros des JO ne s’est jamais énervé : le retour à l’anonymat ne le perturbe pas.

Martin Fourcade superstar

Il en faut un peu plus pour énerver le champion français. Mais pas beaucoup non plus. Qui a lu la biographie du biathlète sait qu’il écoute et lit tout ce qu’il se dit sur lui dans la presse. Et pour tout dire, on a eu, nous aussi droit à voir Martin glisser dans nos DM pour nous coller une soufflante après une formulation un peu maladroite dans un papier, au doigt mouillé daté de 2016 sur la vie au sein de l’équipe de France de biathlon. C’est sec, clair, mais jamais méchant ou teinté de rancune. Pas de liste noire ou de boycott de sa part, Fourcade a toujours répondu à nos sollicitations dans la mesure du possible. Il est devenu la vitrine du biathlon français et une bonne raison de liver les courses, semaine après semaine. Martin ramène du monde sur 20 Minutes, site et applis confondus, même quand ça devient trop facile : en 2016-17, le Français termine la saison avec un record de 14 victoires en Coupe du monde.

Il n’y en a alors plus que pour lui. Aux JO 2018 de Pyeongchang, le phénomène est amplifié par deux perspectives : celle de voir choir le record de médailles de Jean-Claude Killy, et celle de ne plus revoir Fourcade aux JO (l’hypothèse 2022 existait encore à l’époque). Du coup, les consignes éditoriales sont claires : « on en fait des caisses sur lui ».

Message reçu. Un jour on écrit sur la comm’ « niveau Federer » du skieur, le lendemain sur sa déception sur le sprint, avant de reprendre espoir en évoquant sa préférence pour la poursuite. Ah, petit clin d’œil aux erreurs passées : en Corée du Sud, où les températures tapaient dans les -20, -30 degrés, on a vu le staff français empêcher son champion d’attraper froid en zone mixte en chourant un bout de polystyrène à la télé slovène afin d’isoler ses pieds. Et ça aussi, bien sûr, on en avait parlé.

Les JO 2018 de Fourcade en couvertures de « Martine »

Comme tout ça était devenu quasi-caricatural, après tout, pourquoi ne pas aller au bout de l’idée ? Sur un coup de folie, on ouvre Paint et on transforme une dizaine de couvertures d’albums « Martine » en « Martin ». Un blasphème dont l’intéressé ne nous a jamais tenu rigueur. On espère toujours secrètement qu’il s’est bien marré, comme le jour où ses « vacances à Bali » sont devenues des vacances « au Mali » dans nos oreilles, forçant l’attachée de presse de l’époque, goguenarde, à nous appeler pour rectifier.

On regrettera, dans cette Odyssée avec Fourcade, son déclin rapide et sa fin dans l’ombre du Covid, sans jamais oublier les joies et succès passés. Le plus grand aura été de braquer les lumières sur le biathlon français, à commencer par les nôtres.