« 20 Minutes » a 20 ans : Vous souvenez-vous ? Le 19 mars 2012, Mohammed Merah tuait quatre personnes dans une école juive

2012, le 19 mars 2012. Des coups de feu ont retenti le matin dans une école toulousaine juive, près du métro de la Roseraie. Notre correspondant communication au sein de la police me confirme l’information et à son agitation au bout du fil, je sens que c’est très grave.

A mon arrivée, en haut de la rue Jules-Dalou, peu avant 9 heures, j’aperçois un cordon de sécurité. Massés derrière, attendant de pouvoir rejoindre leurs enfants, des parents comme tétanisés, secoués parfois par des sanglots. Et en contrebas de cette voie en pente, devant le portail d’entrée, des draps blancs au sol avec des policiers en combinaison blanche autour.

Difficile de comprendre à quoi on est confronté, de se dire que ce sont des enfants qui sont là, surtout quand on est maman soit même, tellement cela paraît impensable. Jusqu’à ce qu’une personne vienne annoncer aux parents qui sont les victimes de cette invraisemblable tuerie. J’entends encore les cris d’une mère de famille, psalmodiant des « Myriami », du nom de cette petite fille de 8 ans à qui on venait d’arracher la vie. Je me souviens des regards hagards de ces élèves sortant au compte-goutte au fil de la matinée.

En pleine campagne présidentielle

De la tension aussi au sein des forces de l’ordre, même chez ceux que l’on pensait aguerris à toutes les situations et dans le regard desquels on peut lire l’horreur de la situation. Une nervosité accrue par l’arrivée sur place du président de la République, Nicolas Sarkozy, de ses ministres dont il a fallu organiser la sécurité. Mais aussi celle de François Hollande, car en ce mois de mars 2012, la campagne des élections présidentielles bat son plein.

Une conférence de presse est improvisée sur un bout de trottoir par la secrétaire générale de la préfecture, Françoise Souliman, qui détaille les dispositions prises pour sécuriser les autres établissements juifs de la ville car le tueur court toujours. « Il a tiré sur tout ce qu’il y avait en face de lui », explique Michel Valet, établissant clairement le lien avec les attaques des militaires les jours précédents : même arme, même mode opératoire, même moyen de se déplacer à scooter. Il nous présente alors François Molins, son homologue parisien, dont le visage est réapparu régulièrement sur les postes de télévision au cours de la décennie qui suivra, marqué par une vague d’attentats terroristes islamistes. Derrière ce mot de terrorisme, on pense aux attentats perpétrés contre des institutions, pas contre des enfants qui se rendent à l’école.

Notre dossier sur l’affaire Merah

Au cours de cette folle journée, j’ai croisé au milieu de la cour d’Ozar Hatorah la présidente du conseil représentatif des institutions juives de Toulouse, que je connaissais. Nicole Yardeni avait les larmes aux yeux et m’a raconté qu’elle venait juste de voir les images indescriptibles de la vidéosurveillance. Celle d’un tueur qui est allé jusqu’à poursuivre une petite fille avant de l’abattre froidement d’une balle dans la tête. Ces mots résument l’effroi qui m’a saisie ce 19 mars 2012, mais aussi les jours suivants marqués par la traque de Mohammed Merah.