121 heures perdues en 2025 : Lyon est-elle la ville la plus embouteillée ?
Lyon a été sacrée championne de France des villes embouteillées, avec une perte moyenne de 121 heures dans les embouteillages en heures de pointe en 2025. En conséquence, le taux de congestion atteint 47,2 % à Lyon, rendant un trajet de 10 km environ 27 minutes long aux heures de pointe, contre 18 minutes sans trafic.

Reconnaissable pour ses embouteillages, Lyon a été désignée championne de France des villes les plus congestionnées. D’après le Traffic Index annuel de TomTom, les automobilistes de la ville ont perdu en moyenne 121 heures dans les embouteillages aux heures de pointe en 2025, correspondant à cinq jours et une heure sur l’année. Ce chiffre place Lyon devant Bordeaux et Montpellier et lui permet de dépasser Paris, désormais quatrième du classement.
Plus précisément, le taux de congestion à Lyon atteint 47,2 %. Cela signifie qu’un trajet est près d’une fois et demie plus long qu’en l’absence d’embouteillages. Par exemple, parcourir 10 km peut prendre environ 27 minutes aux heures de pointe, contre 18 minutes sans trafic.
Cet état de fait renforce les préoccupations de Jean-Michel Aulas, candidat aux municipales, qui fait de la circulation un thème central de sa campagne. Mais pourquoi Lyon se retrouve-t-elle si souvent en tête de ces classements ?
Une ville à 360°, carrefour de l’Europe
Avant d’évoquer les travaux, Lyon cumule des contraintes structurelles peu communes en France, selon Christine Buisson, directrice de recherche à l’université Gustave-Eiffel et enseignante à l’ENTPE. « Lyon est une commune relativement petite, contrairement à Marseille, par exemple. Cette taille joue un rôle significatif dans les classements. En effet, lorsque l’on analyse les données de l’index, le centre de l’agglomération est beaucoup plus congestionné que l’ensemble de la métropole », explique-t-elle. Lyon est donc première parmi les villes, mais seulement septième parmi les métropoles, Avignon étant en tête.
De plus, l’emplacement géographique de Lyon est « inégalé ». « Elle se trouve à la croisée du nord et du sud de l’Europe, ainsi que de l’ouest de la France et de l’est du continent », souligne la chercheuse. Cette situation n’est pas nouvelle. « La position de Lyon a permis à François 1er de passer pour rejoindre l’Italie. Cela dure depuis 2 000 ans. Tout comme Marseille est placée au bord de la mer, Lyon est au carrefour de l’Europe. On ne va pas déplacer Lyon », rappelle-t-elle.
Cependant, à l’échelle européenne, la situation lyonnaise doit être relativisée. La capitale des Gaules n’est « que » la 125e ville la plus embouteillée d’Europe, selon TomTom. « Il est important de le souligner, car aucune autre ville n’a la position géographique de Lyon », appuie l’enseignante.
Une concurrence des informations qui rend le guidage moins efficace
Comme François 1er, les Belges se rendant aux Alpes passent par Lyon, tout comme les Rennais qui vont en Italie ou les Suisses traversant le Massif central. La métropole concentre donc d’importants flux de transit. Ce « passage obligé » a été accentué par des aménagements réalisés dans les années 1950. « Louis Pradel, le maire de l’époque, avait décidé de diriger les grands axes vers l’hypercentre, dont le bouchon chronique du tunnel de Fourvière reste encore aujourd’hui le symbole », souligne Christine Buisson.
Depuis, la rocade et le périphérique des années 1990 ont permis de proposer des itinéraires alternatifs. Si Jean-Michel Aulas est élu, il promet un contournement de « cette verrue » par un nouveau tunnel de 8 km.
Par ailleurs, la démocratisation d’outils individuels comme Waze, qui entraîne une « concurrence des informations distribuées », a également rendu le guidage moins efficace pour éviter les embouteillages, estime-t-elle.
Les travaux, une des raisons des bouchons
D’après l’étude de TomTom, la situation à Lyon s’est détériorée par rapport à l’année précédente. En 2025, les automobilistes ont passé 2 heures et 33 minutes de plus dans les embouteillages qu’en 2024. « Cette année, si elle arrive en tête, c’est en grande partie dû à de nombreux travaux, comme dans de nombreuses autres villes », indique Vincent Martinier, directeur de la communication de TomTom. Selon lui, la principale cause des embouteillages urbains reste les « travaux routiers de grande ampleur », notamment lorsqu’ils entraînent la « fermeture d’une voie de circulation ».
Des choix politiques alignés avec ceux pris par de nombreuses collectivités, suite à la crise sanitaire. « Il y a une réduction de la place accordée à la voiture, au profit des transports en commun et du vélo, avec des objectifs d’amélioration de la qualité de l’air et de la sécurité routière, notamment en réduisant la vitesse maximale. Ces mesures ont nécessité d’importants chantiers, particulièrement en 2024, en vue des élections municipales de 2026 », remarque-t-il.
Selon lui, la congestion peut aussi indiquer un « dynamisme de la ville » et « un signe de bonne santé économique ». Cela est corroboré par le baromètre Arthur Loyd, qui souligne que la collectivité est « classée première de France en vitalité économique, illustrant l’attractivité et le dynamisme du territoire ».
Une congestion à relativiser
Un autre élément à considérer concerne la méthodologie de l’index TomTom. « C’est la première fois que des frontières administratives strictes sont prises en compte, précise Vincent Martinier. D’ailleurs, si l’on se base sur les anciens critères, le niveau de congestion a baissé par rapport à 2019, même si la vitesse moyenne a diminué. » Cet effet est en partie lié à la généralisation de la limitation à 30 km/h, instaurée en 2022 sur 84 % des voies.
Dans le classement TomTom, Lyon n’est pas la ville la plus lente. Elle se classe en troisième position, avec une vitesse moyenne de 22 km/h. « Lorsque la vitesse générale baisse, le taux de congestion peut également diminuer, même si le temps de trajet total ne réduit pas », souligne le directeur de communication.
« Il y aura toujours des bouchons à Lyon »
La métropole de Lyon relativise également ce classement, en mettant en avant sa septième place, qu’elle considère comme « une échelle plus pertinente pour analyser les déplacements que celle des seules villes-centres ». La collectivité confirme le « pic de travaux en 2025 », lié à la réalisation de grandes infrastructures (lignes de tramway et de tram bus, aménagements de voirie, déploiement des voies lyonnaises). Ces chantiers, selon la métropole, « permettront d’améliorer durablement les conditions de circulation en proposant de multiples solutions de déplacement ».
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Elle a d’ailleurs indiqué l’année dernière que le trafic routier avait diminué en 2019 et 2024, avec une baisse de 12 % des usagers, notamment dans l’hypercentre, où le nombre de véhicules a diminué de 22 % en cinq ans. Bruno Bernard, président de la collectivité, avait résumé à l’époque : « Il y aura toujours des bouchons à Lyon, comme dans toutes les grandes villes. Pour qu’il n’y en ait plus du tout, il faudrait qu’il y ait encore 20 % de voitures en moins. »

