France

1,20 contre 1 : Chute du dollar face à l’euro, explications.

Depuis le début de l’année 2025, le dollar a perdu plus de 15% de sa valeur face à l’euro. Le 11 janvier 2025, le dollar américain était à un cheveu de la parité avec l’euro, à 0,98 dollar pour un euro.


La fluctuation du dollar américain face à l’euro est marquée par une instabilité historique, et rares sont les moments où les deux devises ont atteint la parité. Bien que le taux de change actuel ne soit pas le plus défavorable pour le dollar, la dévaluation entamée il y a un an se poursuit sans relâche. Alors que Donald Trump exprimait sa satisfaction mercredi, tout en critiquant le président de la Réserve fédérale américaine (Fed) pour son refus de continuer à baisser les taux, ce sont plutôt les Européens qui tirent profit de la dépréciation du dollar.

Depuis le début de l’année 2025, le dollar a perdu plus de 15 % de sa valeur face à l’euro. Le 11 janvier 2025, le dollar s’échangeait presque à parité avec l’euro, à 0,98 dollar pour un euro. Depuis cette date, il a perdu plus de 14 % de sa valeur, permettant d’acheter 1,20 dollar pour un euro. Philippe Crevel, économiste et président du Cercle de l’épargne, précise : « Le dollar a perdu 13 % en 2025 et encore 2 % depuis le début de l’année. » Il souligne que, contre-intuitivement, « avoir un euro fort angoisse les Français presque par tradition. »

### Les importations d’énergies moins chères

Cette situation est une bonne nouvelle pour la France, un pays qui est déficitaire en énergie, notamment en pétrole et en gaz. L’économiste détaille : « Comme ces importations se font en dollars, plus le dollar se déprécie, mieux c’est : cela diminue globalement le prix des importations. »

Un dollar faible permet de réduire les coûts de production en France. « Ainsi, on peut dire qu’un dollar faible favorise la compétitivité des produits français et européens », notamment pour les exportations en zone euro, où le dollar n’affecte pas les prix.

Cette situation ne concerne pas uniquement l’énergie. La France importe également de nombreux biens commerciaux, en grande partie en provenance de Chine. « Une grande partie de ces importations se fait aussi en dollars. Pour cette part, cela réduit la facture », explique-t-il. Bien que cela favorise les produits chinois, « elles sont incontournables dans certains domaines », admet Philippe Crevel.

Un autre avantage d’un euro fort vise les importations de produits américains : « On achète pas mal de produits aux États-Unis, notamment dans l’électronique ou l’informatique. Donc, les prix baissent une fois exprimés en euros. Nous en profitons. »

### Aéronautique, luxe et actions en dollars

Cependant, tous les secteurs ne profitent pas de cette situation, notamment l’industrie aéronautique et le secteur du luxe. L’expert relativise : « Ces grandes entreprises prennent des couvertures de change, sortes d’assurances qui atténuent les effets des variations de taux de change. » Dans le luxe, ajuster les prix selon le taux de change ne pose pas de problème, car « le critère déterminant pour les acheteurs n’est pas forcément le prix », souligne Philippe Crevel.

Le secteur le plus affecté est celui de l’agroalimentaire dans ses exportations vers les États-Unis. Même si les coûts de production peuvent être réduits grâce à l’énergie moins chère, le consommateur américain « hésitera forcément entre un vin français et un vin argentin ou californien », note l’expert, sans oublier les droits de douane.

Il existe également des préoccupations pour les Français détenant des actions en dollars. « Cela n’impacte pas trop les PEA, lesquels proposent surtout des titres européens, à l’exception de quelques ETF Nasdaq libellés en dollars, » explique Antoine Fraysse-Soulier, analyste marché chez eToro. « En revanche, ceux qui possèdent des comptes titres doivent supporter l’effet de change », précise-t-il. Selon l’analyste, « cela n’a pas d’impact tant qu’aucune action du compte titre n’est vendue ou que l’on ne retire pas d’argent du PEA. »

### Perspectives à considérer

Tout en ne donnant pas de conseils, il indique que vendre des actions en dollars n’est pas recommandé lors d’une baisse du dollar. « Il pourrait être judicieux d’attendre le printemps et l’arrivée d’un nouveau président de la Fed qui pourrait envisager de baisser les taux, favorisant ainsi le dollar », suggère Antoine Fraysse-Soulier. En attendant, investir dans des actions en euros n’est pas nécessairement le meilleur choix, selon l’analyste : « Historiquement, la performance de Wall Street est supérieure à celle des marchés européens. »

En 2025, comme mentionné, le dollar a perdu environ 15 %… mais le Nasdaq a gagné environ 22 %. Cela reste intéressant, affirme l’analyste de eToro, puisque « ceux qui avaient des ETF Nasdaq ont tout de même réalisé une performance de 7 %. »