1 lettre, 1 sourire, une plateforme pour que chacun puisse écrire une lettre à un résident d’Ehpad

1 lettre 1 sourire, plateforme solidaire — Capture d’écran

  • Pour rompre l’isolement des résidents d’Ehpad, 10 cousins ont eu l’idée d’une plateforme permettant à chacun d’envoyer une lettre à une personne âgée isolée.
  • L’initiative est passée en quelques jours du projet à la réalité et 2500 courriers ont pu être acheminés.
  • Pour les animateurs de ces établissements où l’essentiel des activités a été suspendu, l’initiative est particulièrement importante.

A l’Ehpad Raymond Poulin, dans le Loiret, un fichier PDF de 200 pages est arrivé il y a quelques jours. 200 pages pour autant de lettres, rédigées sur la plateforme 1 lettre, 1 sourire par des jeunes et moins jeunes souhaitant écrire à des personnes âgées dépendantes. Leurs mots de réconfort et de soutien sont adressés à des inconnus qui les liront seuls dans leur chambre, confinés loin de tout. Comme les résidents de ce centre du Loiret, les pensionnaires de 9 autres Ehpad en France ont reçu ces lettres. Et l’initiative fait boule de neige. Déjà 2500 courriers ont été envoyés.

Derrière cette opération, pas de marque ou de grand groupe mais une famille, réunie à table peu avant le confinement. Dix cousins, âgés de 13 à 24 ans, qui ont décidé « d’envoyer un peu d’amour par des mots à ceux qui en manquent le plus », résume Blanche Duron, l’une des initiatrices, élève à l’Ecole polytechnique de Lausanne. « Ma sœur était chez des cousins et mon oncle les a rejoints. Il travaille pour des Ehpad. Il leur a dit que le confinement allait être particulièrement difficile, que si on ne faisait rien, ce n’était pas du virus qu’ils allaient mourir, mais d’être seuls. »

D’abord, se lancer

D’autres cousins, éparpillés en Europe, s’unissent au projet. Chaque membre de la famille y va de son idée, mais très vite l’envie de créer une plateforme d’écriture domine. « Il fallait que ce soit simple pour les utilisateurs et qu’on puisse se lancer au plus vite. » Personne n’a vraiment les compétences pour coder la plateforme mais qu’à cela ne tienne, les cousins lancent la première version avec des modèles existants en ligne qu’ils adaptent.

« Quand on a une idée, il faut se lancer. Les compétences techniques vont venir ensuite, commente aujourd’hui Blanche. Un tas de gens nous ont contactés depuis le lancement pour nous apporter de l’aide financière, technique ou des contacts. » Comme l’association Tous au Web, qui travaille aujourd’hui gracieusement à une nouvelle version de la plateforme.

Une lettre, un résident

Les lettres se mettent à arriver. Reste alors à trouver des Ehpad intéressés par la démarche. « Le plus important était de repérer des gens qui ont du temps au sein des établissements pour ne pas en prendre à ceux qui n’en ont déjà plus. On cherchait des animateurs, des psychologues… », énumère Blanche Duron.

A Raymond-Poulin, c’est Rachel Pichot-Duclos qui a la charge des activités et de la vie sociale. Quand sa directrice lui fait part de l’initiative 1 lettre 1 sourire, elle adhère immédiatement, contacte 1 lettre, 1 sourire et bénéficie d’un premier envoi. « Pour mes 120 résidents, j’ai reçu un dossier de 200 lettres, 100 pour des femmes, 100 pour des hommes. Je les ai lues et j’ai fait un tri, pour que chaque lettre soit bien adaptée à la personne qui la recevra. » Imprimées en gros caractères adaptés (1 lettre 1 sourire propose aux Ehpad de rembourser les cartouches nécessaire à l’impression grâce aux dons qu’a reçus la structure), elles sont distribuées dans chaque chambre. « Je suis en télétravail cette semaine mais une personne en service civique a pris le relais pour la remise des plis. Les retours ont été excellents. J’ai même eu une résidente qui a demandé une adresse pour répondre. Elle avait envie de correspondre, cette lettre lui a redonné l’envie d’écrire. »

Rachel Pichot-Duclos attend déjà le prochain envoi, d’autant que ses résidents ne quittent désormais plus leur chambre. « Il faut vraiment inciter les gens à écrire, nous dit-elle avant de raccrocher. Il y a 600.000 résidents d’Ehpad sur le territoire. C’est important penser à eux. » Et de leur écrire

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