Belgique

Viktor Orbán modifie le système électoral pour éviter le vote populaire.

Peter Magyar est donné en tête des sondages indépendants, mais l’optimisme de ses partisans reste mesuré en raison des surprises que peut réserver le système électoral hongrois. Le système de scrutin est mixte avec 199 sièges au Parlement pourvus pour quatre ans, dont 106 sièges au scrutin uninominal majoritaire à un tour et 93 sièges au scrutin proportionnel plurinominal de liste.


Même si Peter Magyar est souvent présenté comme le favori des sondages indépendants, l’enthousiasme de ses partisans demeure prudent. Ils sont conscients que le système électoral hongrois peut réserver des surprises.

La Hongrie, bien qu’ayant un parlement monocaméral, utilise un système de vote mixte. Le Parlement compte 199 sièges, renouvelés tous les quatre ans.

### Deux scrutins pour deux types d’élus au Parlement

Lors des législatives, l’électeur hongrois est amené à remplir deux bulletins de vote.

D’une part, il y a **106 sièges à pourvoir par un scrutin uninominal majoritaire à un tour** dans des circonscriptions électorales distinctes. Simple sur le principe, mais les subtilités peuvent rendre la situation complexe.

Les circonscriptions ne sont pas également peuplées. Ainsi, obtenir un mandat de député est « moins coûteux » dans les circonscriptions moins peuplées, souvent situées en province et à l’électorat conservateur, plus vulnérable à la propagande du gouvernement, qui contrôle largement les médias en Hongrie.

Un siège à Budapest, où l’électorat est davantage progressiste et mieux éduqué, « coûte » donc plus de voix que dans un village isolé du nord-est. La différence peut atteindre jusqu’à 20 %.

D’autre part, il y a **93 sièges attribués via un scrutin proportionnel plurinominal de liste** avec un seuil électoral de 5 % dans une circonscription nationale unique.

### Le système de compensation des voix

Cependant, ce scrutin proportionnel est dit « de compensation » : en plus des voix pour les listes nationales, les partis obtiennent aussi les suffrages dits « fragmentaires » issus du scrutin uninominal. Ce sont les voix « supplémentaires » nécessaires pour obtenir un siège.

Ce mécanisme, qui permet de récupérer des voix perdues localement pour former un pot commun, est courant dans de nombreux systèmes électoraux à travers le monde. En Hongrie, même le gagnant bénéficie de ce dispositif : les voix excédentaires pour remporter le scrutin uninominal viennent également alimenter le pot commun national de sa liste.

L’attribution des sièges s’effectue par le biais du système proportionnel d’Hondt.

C’est une prime au gagnant unique, instaurée par Viktor Orbán lorsqu’il remportait les élections.

Cela explique pourquoi, avec seulement 50 % des **voix**, un parti peut obtenir près des deux tiers des **sièges**, lui donnant ainsi une super majorité lui permettant de modifier la constitution et de verrouiller certaines décisions.

### Une super-majorité avec seulement la moitié des votes

Ce phénomène a été observé à plusieurs reprises dans le passé (pourcentages arrondis) :

– En **2010** : le Fidesz obtient 53 % des voix et 64 % des sièges, battant les socialistes.
– En **2014** : le Fidesz conserve le pouvoir avec 45 % des voix et 67 % des sièges.
– En **2018** : le Fidesz, avec son allié KDNP, totalise 49 % des voix et 67 % des sièges.
– En **2022** : le Fidesz obtient 54 % des voix et 68 % des sièges, maintenant sa super majorité des deux tiers face à « Unis pour la Hongrie », coalition d’opposition avec 35 % des voix et 28 % des sièges, et à Mi Hazank, un nouveau parti d’extrême droite, avec 6 % des voix et 3 % des sièges.

Lors des dernières élections, les prévisions des sondages avaient été inexactes. Actuellement, l’avance des instituts de sondage indépendants annonce une marge confortable pour Peter Magyar, le candidat d’opposition : entre 6 et 16 %.

Certaines analyses estiment qu’un parti doit devancer son principal adversaire d’environ **5 points de pourcentage** pour garantir une majorité simple, en raison de la cartographie des circonscriptions et du système de compensation des voix. Pour obtenir une majorité des deux tiers, indispensable à une politique disruptive, il faudrait au moins **10 points d’avance**.

### Trucs et trucages

Si ces aspects sont purement mathématiques, d’autres phénomènes peuvent aussi influencer une élection en Hongrie.

Pour renforcer l’effet précédent, plusieurs fois le gouvernement a redessiné les circonscriptions à son profit, diluant l’opposition là où cela était possible, facilitant ainsi le passage de certains candidats de son propre camp.

Des observateurs politiques qualifient le système électoral hongrois de « free but not fair », c’est-à-dire libre mais pas équitable, en raison du contrôle à 80 % des médias, tant publics que privés, par le gouvernement, offrant peu d’espace et de temps d’antenne aux voix d’opposition.

Des experts rapportent que des ingérences russes ont été documentées. Un réseau, coordonné depuis l’étranger et actif l’année précédente pour influencer les élections néerlandaises, a été réactivé pour propager des contenus pro-Orbán sur X avant les élections hongroises, selon l’ONG Alliance4Europe.

Viktor Orbán a retourné l’accusation, déclarant que ses « adversaires » tentaient une « manipulation organisée pour créer le chaos » en contestant les résultats. Il a affirmé qu’ils « complotent avec des services de renseignement étrangers » pour « s’emparer du pouvoir », dénonçant des « menaces de violences » envers ses partisans et des « accusations de fraude électorale fabriquées » sans preuve.

De nombreux Hongrois vivant à l’étranger craignent également que leurs votes, exprimés dans certains pays d’Europe occidentale, ne soient manipulés par les instances loyales au gouvernement dans les consulats. Ainsi, beaucoup profitent des congés de Pâques, qui se terminent ce dimanche en Hongrie, pour revenir dans le pays afin de voter dans des bureaux de vote en qui ils ont plus confiance.

Le tourisme électoral soulève aussi des inquiétudes quant à d’éventuelles irrégularités : en Hongrie, il est possible de s’inscrire pour voter dans une autre circonscription, notamment en cas de déplacement pour un week-end prolongé.

Il convient également de noter que des sièges sont réservés à certaines minorités définies, à condition qu’elles obtiennent suffisamment de voix. Dans les faits, ce dispositif ne bénéficie qu’aux minorités allemande et rom, sans peser de manière significative sur les équilibres politiques.

Ainsi, le système électoral hybride et le redécoupage des circonscriptions expliquent comment le Fidesz a dominé la vie politique hongroise pendant 16 ans, mais ces mécanismes pourraient se retourner contre lui. Il est essentiel de comprendre que remporter une majorité ne suffit pas pour gagner en Hongrie.