Vidéo prétendue revendiquant l’attaque d’une synagogue à Liège : analyse des images.
La vidéo dure 22 secondes et a été filmée face à la synagogue de Liège attaquée le 9 mars 2026 un peu avant 4 heures du matin. La Police judiciaire fédérale de Liège mène l’enquête dans ce dossier du parquet fédéral.
La vidéo dure 22 secondes et a été filmée depuis le trottoir en face de la synagogue de Liège, attaquée le 9 mars 2026, peu avant 4 heures du matin. La nuit est tombée. Un individu vêtu entièrement de noir passe rapidement devant la caméra, rendant son identification impossible. Cet individu pourrait être celui qui a placé l’explosif qui provoquera une déflagration quelques secondes plus tard devant l’entrée de ce lieu de culte juif.
En bas de l’image, un texte en arabe apparaît, traduit par : « Belgique, ville de Liège, ciblage du temple juif, 9 mars 2026. »
En haut à droite, un logo représente un bras brandissant une arme sur fond d’un globe, accompagné d’un texte en arabe : « Mouvement islamique des gens de la droite », qui peut également être interprété comme « Mouvement islamique des croyants vertueux ».
Cette vidéo a été diffusée sur le réseau social X, mais la source initiale reste à ce jour inconnue. La Police judiciaire fédérale de Liège est en charge de l’enquête dans ce dossier du parquet fédéral.
Un communiqué a aussi été publié avec le même logo. « Il y a eu un communiqué diffusé sur des réseaux iraniens en date du 9 mars 2026 », a déclaré Mohamed Fahmi, islamologue et chercheur spécialiste du terrorisme à l’ULB. « C’est la trace la plus ancienne que l’on peut retrouver de l’existence de ce groupe », identifié par son logo.
Ce communiqué annonce le lancement d’opérations militaires visant les intérêts américains et israéliens à travers le monde. « On y trouve un texte de quelques lignes en arabe et quelques lignes en persan », a expliqué Didier Leroy, chercheur au Centre d’études de sécurité et défense. « Ensuite, un cadre avec le logo et du texte religieux évoquent certaines batailles victorieuses des armées islamiques. Ces batailles ne concernent pas les conflits entre chiites et sunnites. Le texte pourrait donc être une tentative de polariser les musulmans contre les non-musulmans. »
Qui est donc le groupe derrière ce logo ?
« Ce groupe est inconnu », a précisé Mohamed Fahmi. « Il est probable que ce soit l’acte fondateur de ce ‘groupe’. Nous n’en connaissons pas la nature : s’agit-il d’un groupe ? D’un réseau ? D’un petit nombre de personnes ? Nous n’en savons rien pour l’instant car c’est nouveau. »
Cependant, certaines pistes peuvent être formulées. Le communiqué a été diffusé par des profils habitués à partager de la propagande iranienne. « On observe que des profils qui ont l’habitude de diffuser de la propagande iranienne ont été à l’origine de ce communiqué », a noté l’islamologue.
Le logo, utilisé dans le communiqué et la vidéo, contient des éléments similaires à d’autres groupes islamistes chiites. Le bras levé avec une arme dans la main rappelle certains logos, notamment celui du Hezbollah libanais.
Ce poing levé est également présent dans le logo du Corps des gardiens de la révolution de la République d’Iran. « On retrouve cet élément dans des milices alignées sur le régime iranien », a confirmé Didier Leroy. « La matrice de ce logo est bien celle des Gardiens de la révolution islamique. C’est sur cette base qu’a été conçu le drapeau du Hezbollah ainsi que d’autres milices en Irak, en Syrie, etc. »
« L’auteur de cette vidéo souhaite donc indiquer qu’il fait partie de ‘l’axe de la résistance' », a ajouté Mohamed Fahmi. Cet axe regroupe l’Iran et ses alliés régionaux, souvent appelés « proxys », y compris le Hezbollah au Liban, le Hamas à Gaza, et diverses milices en Irak, en Syrie et au Yémen.
Toutefois, Didier Leroy fait observer que ce logo reflète une tendance chiite du nouveau groupe, dont tous les membres de cet « axe » ne se réclament pas. « L’iconographie et le vocabulaire sont plutôt bien conçus et cohérents avec le milieu chiite aligné sur le régime iranien. Il est trop tôt pour dire s’il fait partie de ce groupe, » mais il semble maîtriser les codes.
« La propagande qui en émane présente néanmoins une faiblesse », a poursuivi le chercheur. « Le texte semble tenter de polariser les musulmans et les non-musulmans, mais en réalité, les éléments visuels du logo sont trop orientés chiite pour toucher les sunnites, dans un contexte déjà marqué par un régime répressif, comme celui de l’Iran, qui bombarde des pays musulmans tels que l’Arabie saoudite, les Émirats, la Jordanie, ou encore l’Irak. »
Mohamed Fahmi a également relevé quelques erreurs dans le texte en bas de la vidéo. « Dans le texte en arabe, le terme ‘temple’ utilisé pour référencer la synagogue contient une erreur orthographique, deux lettres étant inversées. »
À ce stade, il est difficile de tirer des conclusions, si ce n’est que les auteurs de la vidéo semblent avoir des liens avec le régime iranien. Le parquet fédéral a indiqué que des analyses étaient en cours pour authentifier la vidéo et retracer son origine.

