Venezuela : quel héritage pour Maduro entre pétrole, armée et pauvreté ?
Ce mardi, l’opposante Maria Corina Machado a promis de regagner rapidement le Venezuela pour y accélérer la transition grâce à la tenue d’élections libres, une hypothèse exclue à court terme par Donald Trump. Au Venezuela, 86% de la population vivait déjà en dessous du seuil de pauvreté en 2024, au terme de dix ans d’une crise ayant provoqué l’exode d’environ 8 millions de personnes.
Ce mardi, Maria Corina Machado, figure de l’opposition, a annoncé son intention de retourner rapidement au Venezuela pour promouvoir une transition politique à travers des élections libres, bien que cette option soit à court terme écartée par Donald Trump.
Le président américain a rapidement refroidi les espoirs des opposants qui croyaient que l’arrestation de Nicolas Maduro, transféré à New York où il a comparu lundi pour des accusations de complot narcoterroriste, faciliterait une transition démocratique au Venezuela.
Critiqué par l’ONU pour son non-respect du droit international, Donald Trump semble favoriser le maintien du régime en place. En effet, c’est Delcy Rodriguez, proche de Maduro, qui a prêté serment en tant que présidente par intérim.
La présence de Maduro, au pouvoir depuis 2013, continuera donc de peser sur un pays dirigé d’une main de fer par un régime autoritaire, loin des idéaux socialistes de son prédécesseur, Hugo Chavez.
Avec 912 050 kilomètres carrés, le Venezuela est trente fois plus grand que la Belgique. Sa population a triplé depuis les années 1960, atteignant aujourd’hui plus de 28 millions d’habitants, auxquels s’ajoutent environ huit millions de Vénézuéliens vivant à l’étranger.
La particularité de ce pays d’Amérique latine réside dans ses réserves pétrolières, les plus importantes au monde. Les découvertes de pétrole ont permis une croissance exceptionnelle jusqu’aux années 2000. Cependant, en misant uniquement sur le pétrole, le pays n’a pas diversifié son économie, qui aujourd’hui dépend quasi exclusivement de cette ressource. Le Venezuela produit presque rien et importe presque tout ; l’écroulement des revenus pétroliers entraîne un effondrement économique généralisé.
L’or noir est aussi à l’origine de tensions avec les États-Unis depuis des années. Le Venezuela a nationalisé son industrie pétrolière le 1er janvier 1976, faisant de la compagnie nationale l’une des plus respectées au monde pendant vingt ans.
Cependant, au fil du temps, le climat économique a empiré, le pouvoir étant accusé de corruption, et Hugo Chavez promettant une meilleure redistribution des richesses issues du pétrole. Le dirigeant, farouchement antiaméricain, a repris le contrôle politique et fiscal de l’industrie pétrolière, réactivant l’OPEP pour influencer les prix du pétrole et imposant des conditions strictes aux compagnies étrangères.
Le Venezuela produit actuellement environ un million de barils de pétrole par jour, mais la relance de cette production, souhaitée par les États-Unis, nécessitera du temps. Pour passer d’un million à quatre millions de barils par jour, il faudra « environ une décennie et quelque 100 milliards de dollars d’investissements », selon Francisco Monaldi, directeur du programme énergétique latino-américain à l’Institut Baker de l’université Rice au Texas.
Aujourd’hui, le pays ne parle plus d’inflation, mais d’hyperinflation. Au cours des dix dernières années, une inflation atteignant 130 000 % et des dévaluations successives de la monnaie, le bolivar, ont été observées. Un pic d’inflation de 344 509,50 % a été enregistré en février 2019.
Après une relative accalmie, les tensions autour de la réélection contestée de Maduro en 2024 ont provoqué une nouvelle hausse de l’inflation, entraînant un effondrement du pouvoir d’achat. Selon le Courrier international, le salaire minimum, fixé à 130 bolivars depuis 2022, a atteint en août 2025 l’équivalent d’un dollar, conséquence de l’effondrement de la monnaie nationale dû aux sanctions américaines.
Cette situation est qualifiée de « atteinte à la dignité humaine » par le syndicat du Comité national des travailleurs en lutte (CNCTL), qui souligne que ce salaire est insuffisant pour vivre, alors que le coût d’un panier alimentaire de base est d’environ 500 dollars.
La situation alimentaire est également alarmante. D’après le journal El Nacional, 86 % de la population vivait en dessous du seuil de pauvreté en 2024, après une décennie de crise ayant provoqué l’exode d’environ 8 millions de personnes. Dans son dernier rapport, l’ONG Amnesty International a signalé en avril 2025 que la majorité de la population souffre d’une grave insécurité alimentaire.
« Près de 82 % de la population vit sous le seuil de pauvreté et 53 % est confrontée à l’extrême pauvreté, ne disposant même pas de quoi acheter un panier alimentaire de base », a rapporté Amnesty.
La situation des droits humains au Venezuela est également préoccupante, l’ONU ayant déclaré que la Garde nationale bolivarienne s’est rendue coupable de « graves violations des droits humains et de crimes contre l’humanité » depuis plus de dix ans. Volker Türk, responsable des droits de l’homme à l’ONU, évoque des détentions arbitraires et des disparitions forcées, ainsi qu’une détérioration des conditions sociales et économiques. Il a également rapporté des informations sur des enrôlements forcés dans la milice, y compris d’adolescents.
Dans ce contexte, les huit millions de Vénézuéliens ayant fui l’exil ces dix dernières années face à la crise économique et à la répression sous Maduro ne semblent pas pressés de rentrer dans leur pays où les chavistes sont toujours au pouvoir. Ligia Bolivar, sociologue et défenseure des droits humains, a déclaré : « Il n’y a pas eu de changement de régime au Venezuela, il n’y a pas de transition. Dans ces circonstances, personne ne va se précipiter pour rentrer chez soi. »
Les Vénézuéliens vivant à l’étranger restent donc dans une attitude d’attente face aux incertitudes sur l’avenir de leur pays.

