Vaccins contre la grippe en rupture dans certaines pharmacies.
Françoise Lempereur, pharmacienne à Liège, ne peut plus fournir de vaccins contre la grippe depuis fin novembre. En Wallonie, l’augmentation des vaccinations est de 29.000 doses, soit près de 6,5% de plus qu’en 2024.
Françoise Lempereur, pharmacienne à Liège, ne peut plus fournir de vaccins contre la grippe. Elle déclare : « Depuis fin novembre, nous n’en avons plus. On essaie de se dépanner d’une pharmacie à l’autre, certaines avaient des stocks plus importants et peuvent aider les autres mais nous ne savons plus assumer les demandes de toute notre clientèle. »
Cette pénurie dans certaines pharmacies peut s’expliquer par le succès inattendu de la campagne de vaccination 2025-2026, qui a vu un afflux de plus de 100.000 personnes supplémentaires par rapport à l’année précédente. En effet, entre le 1er septembre et le 19 décembre 2024, 1.820.000 doses avaient été administrées, tandis qu’en 2025, ce chiffre a déjà atteint 1.923.000, soit une augmentation de 103.000 doses. La tendance semble se maintenir, et on devrait dépasser les 2 millions d’ici la fin de l’année.
L’Aviq, l’Agence pour une vie de qualité, a constaté que, en Wallonie, l’augmentation s’élève à 29.000 doses, soit près de 6,5 % de plus qu’en 2024.
**Pourquoi se vaccine-t-on davantage ? Par crainte et par confiance**
Lara Kotlar, porte-parole de l’Aviq, explique cette hausse des vaccinations ainsi que la pénurie liée à plusieurs facteurs : « C’est d’abord un succès de notre campagne qui se voulait positive, on a voulu mettre en avant les gestes protecteurs contre la grippe mais aussi le Covid, le pneumocoque ou les MST (maladies sexuellement transmissibles, NDLR) et cela a été bien reçu. Il y a ensuite la crainte du variant K qui nous vient de Grande-Bretagne et qui a certainement motivé pas mal de monde. On constate aussi une reprise de la confiance dans les vaccins. Le Covid et la méfiance envers les ARN messagers se diluent et la confiance revient, surtout chez les personnes plus fragiles et donc plus concernées. »
De plus, une implication accrue des pharmaciens dans le processus de vaccination est observée : « Ils ont été plus nombreux à vacciner et cela a certainement renforcé l’adhésion de la population puisqu’il n’y avait plus besoin de se rendre chez un médecin ou dans un centre médical pour se faire administrer sa dose. Or, on sait que toute démarche médicale remporte d’autant plus de succès qu’elle est proche et accessible. »
Les chiffres parlent d’eux-mêmes : au 19 décembre 2025, près de 631.000 vaccins antigrippaux avaient été administrés dans des pharmacies, soit une augmentation de 33 % par rapport à 2024. Cette progression est encore plus marquée en Wallonie, avec une hausse dépassant les 38 %.
**La commande des vaccins a été passée en mars, trop tard pour la revoir en septembre**
Si les stocks se sont épuisés plus vite que prévu, pourquoi les entreprises pharmaceutiques n’ont-elles pas relancé la production ? Lara Kotlar fournit une réponse pragmatique : « C’est tout simplement trop tard. Il faut savoir que les pharmacies et les grossistes doivent passer leurs commandes entre février et mars. Cela se fait en se basant sur les chiffres de l’année précédente, sinon il y aurait du surplus et ce serait une perte financière car il n’est pas question de garder les doses en trop pour l’année suivante. Donc, on passe commande en mars au plus tard. »
Elle ajoute : « Les cinq grandes firmes pharmaceutiques préparent alors les vaccins sur base des souches de l’hémisphère sud où la grippe sévit déjà, cela prend environ trois mois, et puis il faut encore obtenir les autorisations européennes et belges de mise sur le marché, ce qui fait que les vaccins arrivent sur le marché belge vers la fin août, début septembre, presque au moment où commence la campagne de vaccination. »
À ce stade, il est trop tard pour ajuster la commande à la hausse : « Même si on se rend compte très vite dès la fin septembre qu’on n’aura pas assez de doses, c’est trop court pour relancer la production. Si on le faisait, les nouveaux stocks arriveraient fin décembre, au moment où la campagne prend fin, et on se retrouverait sans doute avec des invendus, ce qui n’est bon pour personne, ni l’industrie ni les pharmaciens. »
En résumé, pour des raisons économiques, il est préférable de produire moins de vaccins que de trop.
**Si on trouve une dose, est-il encore temps de se faire vacciner ?**
Face à la pénurie, les Régions cherchent des solutions. En Wallonie, on a envisagé de se tourner vers ses voisins, mais la Flandre et la France rencontrent également une forte demande de vaccins. Certains pays européens plus éloignés ont encore des doses, mais l’importation de médicaments implique des autorisations et des démarches complexes à cause des notices et du conditionnement qui doivent être adaptés aux langues et réglementations de chaque pays.
Quoi qu’il en soit, la campagne de vaccination touche à sa fin. Elle a commencé en septembre avec le message d’encourager la population à se faire vacciner rapidement. Actuellement, il est encore possible de se faire vacciner si une dose est trouvée, mais cela n’est plus une priorité, comme l’explique la porte-parole de l’Aviq : « Il faut 7 jours avant que le vaccin soit actif, il le reste ensuite pendant 3 mois de manière dégressive. Si on le fait début 2026, on sera protégé, mais c’est déjà fort tard. S’il restait des stocks, on le conseillerait quand même, mais à défaut, on estime que les gestes barrières offrent une protection suffisante. »
Françoise, la pharmacienne, constate également ce changement dans son officine : « Ces 15 derniers jours, je me suis fait la remarque : sur les personnes qui entraient dans ma pharmacie, une sur deux avait de nouveau un masque ou m’en demandait, chose qu’on n’avait plus vue depuis une bonne année. »
**« C’est comme à la boulangerie, s’il n’y a plus de pain, on ne va pas en recuire juste pour vous ! »**
Cette demande plus élevée et tardive est attribuée à l’apparition du variant K provenant de Grande-Bretagne, qui semble convaincre ceux qui avaient résisté à la campagne de sensibilisation lancée par les autorités dès cet été.
Quant à l’année prochaine, espérer une amélioration est une tradition. Pour Lara Kotlar, les citoyens ont aussi un rôle à jouer : « L’an prochain, et c’est bientôt, on peut espérer que les commandes seront plus importantes puisqu’elles sont basées chaque fois sur les ventes de l’année précédente. C’est d’ailleurs l’intérêt à la fois des pharmaciens et de l’industrie pharma puisque cela augmente leurs chiffres de ventes, mais il y a aussi une leçon à tirer pour monsieur et madame tout le monde, c’est de se faire vacciner au plus tôt dès le début de la campagne. D’abord pour être protégé rapidement mais aussi pour être sûr d’avoir une dose. C’est comme chez le boulanger, le premier arrivé est le premier servi ! S’il n’y a plus de pain, il ne faudra pas espérer que le boulanger en recuise juste pour vous ! »

