Belgique

Une nouvelle arme pour éradiquer l’infection des prothèses de hanche ou de genou.

Chaque année en Belgique, on implante environ 60.000 prothèses de hanche et de genou. Les résultats de leurs recherches ont montré que la charge bactérienne était réduite en moyenne presque à néant (99,9999%) sur les implants traités.


Chaque année en Belgique, environ 60 000 prothèses de hanche et de genou sont implantées. Bien qu’une infection survienne dans environ 2 % des cas – soit entre 1 000 et 2 000 patients –, les complications pour les personnes concernées sont significatives : elles nécessitent une nouvelle hospitalisation, une réopération, un traitement antibiotique prolongé et parfois des séquelles liées à cette infection. « Si on a une infection de prothèse, d’abord le patient a mal. Il ne peut pas marcher, il va être peu mobile et il va y avoir une inflammation sanguine qui va persister, qui va progressivement fatiguer le cœur, le foie, les reins. Et on sait que la mortalité liée à une infection de prothèse est supérieure à celle de la majorité des cancers les plus fréquents à 5 ans. Et c’est un problème pourtant dont on parle relativement peu », explique le Professeur Olivier Cornu, chirurgien orthopédiste aux Cliniques universitaires Saint-Luc.

La problématique réside dans l’éradication des bactéries à l’origine de ces infections, qui sont capables de former des « biofilms » sur les implants, rendant ces bactéries résistantes aux antibiotiques et moins sensibles à notre système immunitaire. Par conséquent, cela conduit à des rechutes et parfois à des échecs avec des conséquences encore plus graves. « Les bactéries se protègent dans une matrice de biofilm qui empêche les antibiotiques de les atteindre. Et si le chirurgien se contente de nettoyer la prothèse, il ne va pas être capable d’éradiquer ce biofilm et l’infection va perdurer », ajoute le chirurgien.

**Un cocktail pour attaquer le biofilm**

Actuellement, une nouvelle solution émerge. Des équipes de chercheurs de l’UCLouvain, également actives au sein des Cliniques universitaires Saint-Luc, ont mis au point une méthode : un cocktail composé d’enzymes et d’un antibiotique, intégré dans un hydrogel à administrer par injection ciblée sur le site de l’infection, sans avoir besoin d’opérer. Olivier Cornu, également spécialiste des infections ostéoarticulaires, précise que « ce cocktail va attaquer différents composants du biofilm pour créer des trous permettant aux antibiotiques de pénétrer et d’atteindre les bactéries pour les tuer. »

Les résultats de leurs recherches ont montré que la charge bactérienne était réduite de manière quasi totale (99,9999 %) sur les implants traités et que dans 75 % des cas, plus aucune bactérie n’était détectable 24 heures seulement après la fin du traitement. Cette stratégie, testée dans un modèle expérimental d’infection liée à un implant, a été publiée dans la revue médicale Nature Publishing Group Biofilms and Microbiomes. En outre, l’étude n’a pas révélé d’émergence de résistances aux antibiotiques utilisés.

Ces résultats, obtenus par le Drug Research Institute et l’institut de recherche expérimentale et clinique de l’UCLouvain, doivent encore être confirmés avant d’être appliqués de manière concrète, mais ils pourraient permettre de contrôler une infection sans recourir à une chirurgie lourde et imparfaite. Les chercheurs espèrent que cette approche prometteuse pourra être utilisée en pratique sur les patients dans environ dix ans.