Une ministre N-VA s’en prend au Pacte vert européen trop favorable au Hainaut

La ministre flamande de l’Environnement, la N-VA Zuhal Demir, a dit mercredi au parlement flamand tout le mal qu’elle pensait du projet de fonds pour une transition juste que la Commission européenne propose dans son Pacte vert, trop défavorable selon elle à la Flandre, au bénéfice du Hainaut et de pays de l’est.

La Commission l’a fait savoir à la mi-janvier: elle ne propose qu’une maigre enveloppe de 68 millions d’euros pour la Belgique dans le cadre de ce fonds, sur un total 7,5 milliards pour les années 2021-2027. La Belgique n’étant ni la plus vulnérable au futur impact socio-économique de la transition vers une économie « climatiquement neutre », ni la plus dépourvue, elle sera loin des enveloppes bien plus fournies envisagées pour la Pologne ou l’Allemagne, pays encore fort dépendants du charbon, avait expliqué la Commission en présentant sa proposition.

Cette proposition de répartition entre États membres (ces derniers ainsi que le Parlement doivent encore se saisir du dossier, NDLR), Mme Demir l’accepte d’autant moins qu’au sein même de la Belgique, les 68 millions d’euros seraient prioritairement dirigés vers le Hainaut.

« La Flandre y perd donc deux fois: une fois au niveau européen, tout comme les collègues wallons, et une fois encore parce que l’Europe exige un transfert supplémentaire vers le Hainaut », a lancé la nationaliste flamande.

Elle rejette le critère de répartition fondé sur l’intensité en carbone d’un secteur (kilos de CO2 émis par euro de valeur ajoutée brute). « A cause de la valeur ajoutée que créent les entreprises flamandes, ce critère arbitraire conduit à des valeurs moins élevées chez nous. En d’autres mots: la Flandre crée de la prospérité et elle en est punie ».

« Nous ne voulons pas que l’argent des Flamands serve à payer la politique climatique de la Wallonie et de l’Europe orientale », a lancé la ministre, dont le gouvernement est pourtant pointé du doigt pour la faiblesse de ses résultats climatiques au regard de la Wallonie.

Cette sortie virulente a provoqué de nombreuses critiques dans l’opposition (sp.a et Groen), Bruno Tobback (sp.a) dénonçant un discours « eurosceptique, hallucinant, insensé ».

Dans la majorité, le CD&V et l’Open Vld ont eux aussi réagi. « On n’attend pas d’un ministre une bordée d’injures, mais des propositions concrètes sur les moyens dont la Flandre a besoin pour mettre en œuvre cette transition énergétique, et comment elle peut peser sur les possibilités de financement européen », a répliqué Robrecht Bothuyne (CD&V).

Willem-Frederik Schiltz (Open Vld) a lui aussi exprimé sa réprobation. « Si l’équité devait consister en ce que, pour chaque euro investi dans l’Union, on doive recevoir ce même euro en retour, voire plus, alors l’Europe n’existerait plus, c’est aussi simple que ça ».

Le Vlaams Belang a en revanche soutenu le discours de la ministre, en l’appelant à remettre en cause l’Union européenne elle-même.