Une majorité N-VA/Belang en 2024? Le spectre ressurgit

En politique, l’ambiguïté peut être une arme. Bart De Wever, fin stratège, le sait parfaitement. Lundi, à l’occasion de la fête de la Communauté flamande, le président de la N-VA a laissé planer le doute sur les conséquences qu’entraînerait le fait que sa formation et le Vlaams Belang (VB) obtiennent une majorité en 2024. « Ce serait en tout cas une situation de départ intéressante pour pouvoir aller vers le confédéralisme. Si les partis flamands de la Vivaldi, qui n’avaient pas de majorité en Flandre et qui ont renié leurs électeurs, sont sanctionnés et que la N-VA est le plus grand parti, alors je crois que les jeux sont faits« , a-t-il expliqué à l’agence Belga.

Qu’a-t-il voulu dire ? Envisage-t-il de gouverner avec l’extrême droite ? Ambiguïté, écrivions-nous… Après les élections de mai 2019, Bart De Wever, menant les discussions en vue de constituer une coalition gouvernementale en Flandre, avait pris langue avec la formation d’extrême droite. « Le moins que l’on puisse faire est d’inviter le deuxième plus gros parti de Belgique pour entendre ce qu’il a à dire« , avait justifié le patron de la N-VA. Ces palabres avaient tourné court. À eux seuls, la N-VA et le VB ne détenaient de toute façon pas la majorité des sièges au Parlement flamand.

Une condamnation claire

Cet épisode préalable à la mise en place du gouvernement Jambon (N-VA/CD&V/Open VLD) ne reflète toutefois pas la ligne suivie par Bart De Wever. Il a pris clairement ses distances à l’égard du VB et de ses idées. En décembre 2020, dans la presse, il avait fermé la porte à toute possibilité d’alliance gouvernementale. « Si je dois choisir entre cesser la politique et travailler avec le Vlaams Belang, j’arrête immédiatement« , avait-il confié.

Récapitulons. En 2019, le président de la N-VA a accepté de discuter avec l’extrême droite lors de la formation du gouvernement flamand. Mais, quelques mois plus tard, il a rejeté avec force l’hypothèse d’une coalition noire et jaune. Désormais, il spécule publiquement sur les implications d’une éventuelle majorité arithmétique N-VA/Vlaams Belang après les élections… Difficile à suivre.

« Un grand accord avec le PS »

Chez les nationalistes flamands, plusieurs sources ne croient pas que Bart De Wever pense sérieusement jouer la carte du VB en 2024. « Bart a été très clair à plusieurs reprises : notre objectif en 2024 n’est absolument pas de gouverner avec ce parti mais d’arriver au confédéralisme« , explique un député N-VA. Un autre élu nationaliste flamand confirme que Bart De Wever cherche avant tout « un grand accord avec le PS » afin de donner (beaucoup) plus de compétences à la Flandre par une nouvelle réforme de l’État.

Le pari de la paralysie

Il semble, en effet, que Bart De Wever n’envisage l’aide du Vlaams Belang qu’en tant que repoussoir devant lui permettre d’obtenir un big bang institutionnel. Si la N-VA et le VB obtenaient une majorité du côté flamand au soir des prochaines échéances démocratiques, le jeu politique serait paralysé. Les autres partis, au nord comme au sud, refuseront de négocier avec Tom Van Grieken, le président du VB, et cela rendra la N-VA incontournable. Selon la vision de De Wever, son parti pourra alors imposer ses vues dans la constitution d’une nouvelle coalition fédérale.

« Que va faire De Wever en 2024 ? Va-t-il négocier quand même avec le Vlaams Belang comme en 2019 ? Va-t-il s’associer à ce parti ? Personne ne le sait, en fait, nuance un fin observateur de la politique flamande. Quand il négociait avec Van Grieken, il n’y a pas eu de révolution au sein de la N-VA : les militants et les élus n’ont pas contesté. Tout dépendra des résultats des élections. Tout est possible en 2024.«