Belgique

Une invasion du Groenland : le boycott de la Coupe du monde de foot s’amplifie aux Etats-Unis.

Teun van de Keuken, co-fondateur d’une célèbre marque de chocolat, a lancé une pétition pour le boycott de la Coupe du monde de football, qui a récolté plus de 120 000 signatures cinq jours après sa mise en ligne, le mercredi 21 janvier. Selon un sondage, près de 47% des personnes interrogées en Allemagne se sont prononcées en faveur d’un boycott de la Coupe du monde si les Etats-Unis annexent le Groenland.


L’histoire pourrait se souvenir que l’un des plus ardents adversaires de Donald Trump est un Néerlandais de 55 ans, cofondateur d’une célèbre marque de chocolat. Teun van de Keuken a lancé une pétition pour boycotter la prochaine Coupe du monde de football, qui se tiendra au Mexique, au Canada et aux États-Unis. Cinq jours après son lancement, la pétition avait déjà recueilli plus de 120 000 signatures, mercredi 21 janvier, dans la soirée. L’auteur lui-même ne cache pas sa surprise face à ce succès « inattendu« . « Lundi soir, après mon intervention dans ‘Pauw & De Wit’, l’une des émissions de télévision les plus regardées, le nombre de signatures a doublé en une heure« , a rapporté l’auteur à franceinfo.

Sous la pétition, des commentaires percutants : « En 1936, l’équipe nationale néerlandaise de football a boycotté les Jeux olympiques d’été de Berlin. Suivons cet exemple« , souhaite un certain Ernst. En Allemagne, ce malaise footballistico-diplomatique a même été mesuré par un institut de sondage. « Faut-il que l’Allemagne boycotte la Coupe du monde si les États-Unis annexe le Groenland ? » : à cette question, près de la moitié des personnes interrogées (47%) ont répondu « oui ».

Dans les rangs des « Irréductibles français », le principal club de supporters de l’équipe de France, il a été décidé de laisser à chaque membre la liberté de « choisir s’il veut ou non se rendre à la Coupe du monde« . Le temps presse, et il faudra sortir sa carte bancaire le 5 février pour l’ouverture de la billetterie pour les supporters des équipes nationales. « Au moins, au Qatar, on savait où on allait. Là, la Coupe du monde commence dans cinq mois, beaucoup de choses peuvent arriver« , souligne Ronan Evain, président de l’association Football Supporters Europe, qui voit cette question remonter à l’ordre du jour.

Le fameux animateur britannique Piers Morgan, anciennement sur la chaîne américaine CNN, a une idée. « Peut-être que l’Angleterre, la France, l’Espagne, l’Allemagne, le Portugal, les Pays-Bas, la Norvège et l’Italie devraient suspendre leur participation à la Coupe du monde jusqu’à ce que les négociations tarifaires avec le président Trump avançent ? Le retrait de huit des dix équipes favorites pourrait le faire réfléchir« , a suggéré le présentateur à ses 9 millions d’abonnés sur X.

Cet appel au boycott a également résonné au Parlement britannique. Lundi 19 janvier, le député conservateur Simon Hoare a pris la parole pour décrire un président américain « susceptible« , « égocentré » et qui « n’aime pas être malmené« . « Nous devons maintenant combattre le feu par le feu« , a plaidé l’ancien ministre, suggérant de snober la Coupe du Monde aux États-Unis ou d’annuler la visite d’État prévue du roi Charles III au printemps.

Claude Le Roy, ancien footballeur français et entraîneur, partage cet avis. Tout juste revenu de la Coupe d’Afrique des nations au Maroc, le technicien de 77 ans a des griefs contre le président américain. « Regardons la terreur qu’il sème partout où il passe. Regardons le traitement qu’il réserve au continent africain. Je connais des étudiants dont il a coupé les bourses, refusé des visas, supprimé des projets de recherche. C’est d’une violence… » a-t-il affirmé, demandant une prise de conscience. « Il est nécessaire d’engager des discussions au sein des fédérations et des équipes… Il faut faire preuve de solidarité. Peut-être que cela pourrait convaincre Donald Trump de changer sa vision du monde et son comportement envers les autres« , a-t-il imaginé.

Interrogée par franceinfo, la Fédération française de football n’a pas répondu à nos questions. Et au ministère des Sports ? « À ce stade précis, il n’y a pas de volonté de boycott de notre part envers cette grande compétition qui est attendue« , a expliqué la ministre Marina Ferrari lors de ses vœux, tout en ajoutant qu’elle ne préjugeait pas de ce qui pourrait se passer.

En ce qui concerne les fédérations, c’est elles qui détiennent le pouvoir. « Nous concentrons actuellement nos efforts sur la préparation sportive de la Coupe du Monde tout en prêtant attention aux évolutions non sportives qui l’entourent« , a déclaré la Royal Belgian Football Association.

Selon The Guardian, des discussions sur un possible boycott ont débuté le week-end dernier à Budapest, en marge des célébrations de l’anniversaire de la fédération hongroise. Un congrès de l’UEFA à Bruxelles, prévu à mi-février, pourrait permettre de discuter d’une réponse coordonnée. Cependant, il faudra plus qu’une tension commerciale pour que le milieu sportif privilégie l’éthique sur le sportif. « Je pense que les gouvernements auront une influence majeure, et si un boycott a lieu, cela viendra de leur volonté, plus que de celle des fédérations« , a commenté Ronan Evain. Cela rappelle les événements qui ont conduit à l’exclusion de la Russie des compétitions internationales après l’invasion de l’Ukraine.

Cette éventualité de boycott, qui se fait entendre dans l’opinion publique et chez les décideurs, est également saluée par les ONG, qui considèrent les Coupes du monde comme des occasions politiques importantes. « Les supporters qui se rendront aux États-Unis pourraient faire face à de réels risques : arrestations en raison des politiques migratoires américaines, impossibilité de participer à des manifestations pacifiques ou obligation de fournir l’accès à leurs comptes de réseaux sociaux pour vérification« , a averti Steve Cockburn d’Amnesty International. Bien que l’ONG n’appelle pas au boycott, elle encourage à sensibiliser les instances concernées.

« Il y a également une grande incertitude quant à ce qui sera autorisé ou non : que se passera-t-il si quelqu’un brandit un drapeau LGBT ou celui du Groenland dans les tribunes ? » s’interroge Ronan Evain. « D’habitude, la FIFA impose ses règles dans les stades, mais là, nous ne sommes pas du tout certains que cela sera le cas. » La localisation des matchs dans des villes démocrates est également à la merci de Donald Trump, qui a dans le collimateur Seattle « la communiste ». Gianni Infantino, président de la FIFA, ne semble pas en mesure de refuser des demandes à « Donald le winner », avec qui il entretient une relation proche.

Avant cela, Nick McGeehan, de l’ONG FairSquare, qui plaide pour une gouvernance éthique du football, a déclaré : « Ce serait potentiellement un levier très puissant. » L’homme le plus puissant du monde est toujours soucieux de son image. « Ce serait un coup dur pour lui, insiste Nick McGeehan. Je soupçonne qu’il prendra au sérieux toute menace à son rôle central dans le plus grand spectacle du monde. » Le spectaculaire perdrait beaucoup de son attrait si plusieurs équipes favorites restaient chez elles, note Lucas Guttenberg, directeur du think-tank allemand Bertelsmann Stiftung. « Ça le toucherait sur son point faible : sa vanité. »