Une grande banque belge ouvre le marché des cryptomonnaies : suivront-elles ?
KBC est la première banque belge à permettre à ses clients d’investir dans les cryptomonnaies via sa filiale de courtage Bolero, avec l’achat de Bitcoin et d’Ether (Ethereum). Selon des chiffres communiqués par BNP-Paribas Fortis, les cryptomonnaies représentent la première source d’investissement (25%) chez les 18-34 ans.

KBC, via sa filiale de courtage Bolero, devient la première banque belge à proposer à ses clients la possibilité d’investir dans les cryptomonnaies. Deux types de crypto-actifs sont disponibles à l’achat : le Bitcoin et l’Ether (Ethereum).
La banque justifie ce choix par une demande croissante de la part de ses clients : « Ce qu’on a constaté, c’est que la demande de la part de nos clients était vraiment croissante« , explique Céline Pfiser, la CEO de Bolero. Elle note que « le terme Bitcoin, par exemple, était l’un des plus recherchés sur notre plateforme« , ce qui a conduit KBC à offrir des services d’achat de cryptomonnaies à ses clients investisseurs.
KBC précise également qu’elle offre à sa clientèle « un environnement bancaire sécurisé » en respectant « des normes réglementaires et opérationnelles strictes« . Pour proposer ce service et agir comme intermédiaire pour les investisseurs souhaitant acquérir des cryptomonnaies, KBC doit se conformer au Règlement européen sur les crypto-actifs, connu sous le nom de MiCAR. Céline Pfiser indique qu’ils ont attendu que le cadre législatif belge soit entièrement en place pour lancer cette offre, car la réglementation MiCAR a récemment été intégrée dans le droit belge.
Peu d’initiatives des banques belges dans le domaine des cryptomonnaies
Jusqu’à présent, les Belges souhaitant investir dans les cryptomonnaies, comme les Bitcoins, devaient généralement passer par des plateformes d’échange en ligne telles que Coinbase ou Kraken, même si récemment, la néobanque européenne Revolut a offert à ses utilisateurs l’accès au marché des cryptomonnaies. Le paysage des plateformes de trading est vaste. Les procédures d’identification, les modalités d’achat et les risques liés à certaines plateformes compliquent souvent la vie des investisseurs en cryptomonnaies, comme l’illustre la faillite de la plateforme d’échange FTX en 2022.
Pour les banques belges, le principal moyen d’approcher le marché des cryptomonnaies était d’investir dans des trackers, des produits dont la valeur suit l’évolution des cryptomonnaies. Les investisseurs n’étaient donc pas propriétaires de Bitcoins, par exemple.
KBC fait preuve d’innovation. « J’ai envie de dire, mieux vaut tard que jamais« , réagit Harold Kinet, cofondateur de Be Blockchain, une entreprise belge spécialisée dans les solutions liées à la Blockchain, le fondement des cryptomonnaies. Selon lui, « Aux Etats-Unis, en Asie, les crypto-actifs sont déjà fortement utilisés et adoptés par le grand public« . Il souligne aussi que « des grandes banques américaines, par exemple J.P. Morgan, fournissent déjà ce genre de services à leur clientèle« .
Attirer une nouvelle clientèle
Pour Harold Kinet, l’initiative de KBC répond « un peu aux attentes du grand public« . Les monnaies souvent considérées comme virtuelles suscitent un intérêt croissant, notamment chez les jeunes investisseurs. Marek Hudon, professeur à la Solvay Brussels School (ULB) estime qu’il existe une demande, surtout parmi les plus jeunes, très intéressés par les cryptomonnaies. Il ajoute que pour une banque, s’associer à l’image des cryptomonnaies représente également « une question d’image« , car « pour une banque, s’associer à l’image des cryptos est un moyen de rajeunir son image« .
D’après des chiffres fournis par BNP-Paribas Fortis, les cryptomonnaies se classent comme la première source d’investissement (25%) chez les 18-34 ans. Cependant, pour les investisseurs plus âgés, les cryptomonnaies se positionnent derrière les fonds de placement, les produits comme les « branches 23 », les actions et les ETF.
Concernant les cryptomonnaies, tous les investisseurs ne sont pas nécessairement à l’aise avec ce marché. Le produit proposé par KBC pourrait offrir un profil plus rassurant pour les novices. « Ce genre de produit, bien encadré, aide à éviter les arnaques, car en cherchant des informations sur Internet, les gens se font souvent piéger par des escroqueries« , met en garde Harold Kinet.
Le risque d’être victime d’un mauvais courtier ou de tomber dans un système frauduleux existe, ce qui pourrait entraîner une perte totale de l’épargne. Nicolas Claeys, de Test Achats, mentionne que « le fait que ce soit désormais plus accessible via une banque réputée en Belgique peut rassurer les investisseurs intéressés par l’aventure crypto« . Cela permet aussi de fidéliser une clientèle qui pourrait se tourner vers d’autres acteurs en cas d’absence d’accès aux cryptomonnaies.
La cryptomonnaie, un investissement risqué pas pour tous
Les cryptomonnaies demeurent des actifs volatils. Par exemple, le Bitcoin a connu une forte hausse après la réélection de Donald Trump, puis a atteint son niveau le plus bas en un an et demi début février. Il valait 126.251 dollars en octobre dernier, mais a chuté à environ 60.000 dollars au début de février.
Nicolas Claeys, de Test Achats, résume la situation : « Celui qui investit là-dedans doit s’accrocher« . Il souligne qu’il est important de se demander : « est-ce que je suis prêt à accepter ces fluctuations?« . Selon le spécialiste Finances de Test Achats, il est essentiel de ne pas baser sa stratégie d’investissement uniquement sur les cryptomonnaies dans l’espoir d’un gain rapide. Pour ceux cherchant à investir, il est conseillé de n’allouer qu’une « très petite portion de son portefeuille, 2-3%, pas plus« . Harold Kinet, de Be Blockchain, recommande également de faire des recherches avant d’investir dans ce type d’actif, car ils restent risqués.
KBC, via Bolero, informe ses clients des risques liés aux cryptomonnaies. « Nous avons prévu d’informer les clients des risques inhérents aux cryptomonnaies. Chaque client doit passer un test de connaissance avant d’acheter ou de vendre des cryptomonnaies, afin qu’ils prennent des décisions éclairées« , explique Céline Pfiser. « Le risque est réel, mais nous nous engageons à informer nos clients« , ajoute-t-elle.
Les autres banques belges vont-elles emboîter le pas ?
KBC et sa plateforme Bolero marquent une avancée en Belgique. La question se pose désormais pour les autres banques, notamment les grandes banques concurrentes, quant à leurs prochaines actions.
BNP Paribas Fortis, contactée par la RTBF, a indiqué qu’elle ne fournit aucun conseil en matière d’achat ou de vente de cryptomonnaies et qu’elle n’a « aucune nouvelle à annoncer concernant l’offre de services liés aux actifs virtuels« .
De son côté, ING a affirmé qu’elle ne propose pas de cryptomonnaies « en direct« , mais que les clients désireux de s’exposer à ce marché peuvent le faire via des Exchange Traded Notes (ETN) disponibles sur la plateforme d’investissement ING Self Invest. ING suit l’évolution du cadre réglementaire, la réglementation MiCa, mais ne prévoit pas de demander une licence pour offrir des cryptomonnaies. « Nous suivons attentivement les développements réglementaires et les tendances du marché« , a précisé la banque, ajoutant que « toute évolution dépendra du cadre réglementaire et de la demande des clients, ainsi que de notre analyse des risques ».
ING a noté une « curiosité persistante de la part de certains clients« , mais a souligné que la demande reste limitée et majoritairement orientée vers des produits réglementés et faciles à comprendre. La banque privilégie une approche prudente et structurée plutôt qu’une démocratisation active de ce marché à cause de la complexité des crypto-actifs et des exigences réglementaires.
Concernant Belfius, aucun commentaire n’a été émis pour l’heure, mais une annonce est attendue prochainement.

