Un utérus artificiel pour grands prématurés : ce n’est plus de la science-fiction.
Chaque année, environ 15 millions de bébés naissent prématurément dans le monde, soit près d’un enfant sur dix. En Belgique, 8% des accouchements ont lieu prématurément, ce qui représente environ 10.000 bébés par an.
La prématurité, un défi majeur de santé publique
Chaque année, près de 15 millions de bébés naissent prématurément au niveau mondial, ce qui représente environ un enfant sur dix. Au niveau mondial, la prématurité est la principale cause de décès chez les enfants de moins de cinq ans.
En Belgique, 8 % des naissances sont prématurées, soit environ 10 000 bébés par an.
À 24 semaines, on atteint la limite de la viabilité fœtale. « Près de la moitié de ces bébés ne survivent pas« , précise la chercheuse. « Et parmi ceux qui survivent, beaucoup conservent des handicaps à vie. Ils ne sont absolument pas prêts à vivre en dehors de l’utérus.«
Le principal problème concerne les poumons
« On peut comparer cela à un arbre : il y a le tronc et quelques branches, mais pas encore les feuilles. Les alvéoles pulmonaires ne sont pas suffisamment développées. Pourtant, après la naissance, elles doivent immédiatement fonctionner. »
Dans les unités de soins intensifs néonataux, la ventilation mécanique est souvent nécessaire. Toutefois, cette pratique peut entraîner des lésions pulmonaires et des hémorragies cérébrales causées par la pression exercée sur un organisme extrêmement fragile.
Reproduire l’utérus, sans contact avec l’air
L’objectif d’AquaWomb est de permettre aux poumons et aux autres organes de continuer à se développer dans un environnement aussi proche que possible de l’utérus.
Concrètement, le bébé est extrait de l’utérus par césarienne. Cependant, pour le transférer dans l’utérus artificiel, il est crucial qu’il n’entre pas en contact avec l’air pour éviter le déclenchement du réflexe respiratoire.
Le cordon ombilical reste attaché au bébé et est relié à un placenta artificiel. Cette connexion doit être réalisée en quelques minutes et rester fonctionnelle pendant plusieurs semaines. Le grand défi consiste à prévenir la coagulation du sang dans le circuit externe.
L’objectif est de maintenir le bébé dans cet environnement liquide pendant environ quatre semaines. « Si nous pouvons prolonger la situation intra-utérine pendant quatre semaines, permettant aux organes de se renforcer, alors lorsqu’il passera dans une couveuse classique, il aura un bien meilleur départ dans la vie« , déclare Myrthe van der Ven.
Une avancée médicale… mais aussi un défi éthique
La technologie suscite de l’espoir mais soulève également des interrogations. Pour Florence Caeymaex, membre du Comité consultatif de bioéthique de Belgique, il y a d’abord deux niveaux de réflexion. « Il y a d’un côté les conditions de la recherche : comment s’assurer que ce dispositif est réellement sûr et bénéfique ? Et de l’autre, la question de son acceptabilité sociale. À partir de quel moment considérera-t-on qu’un tel dispositif deviendra acceptable ?«
Les incertitudes demeurent nombreuses, notamment à long terme. « On ignore encore l’impact physique, neurologique ou cognitif que cela pourrait avoir. Certaines conséquences pourraient ne se révéler qu’après plusieurs années de vie.«
La grossesse n’est pas qu’un système biologique
Au-delà de la dimension médicale, la professeure de philosophie à l’ULiège souligne que la grossesse ne se limite pas à des fonctions biologiques. « La grossesse, ce n’est pas seulement un ensemble de circuits métaboliques. C’est aussi le développement de capacités relationnelles, de communication.«
Les chercheurs affirment vouloir intégrer des stimulations sonores, le rythme cardiaque de la mère ou un contact tactile à travers la paroi de la poche. Mais la question persiste : un environnement artificiel peut-il reproduire l’ensemble des interactions essentielles au développement d’un enfant ?
Qui décide ?
Le débat soulève également une question plus fondamentale : jusqu’où doit-on aller pour sauver des vies extrêmement prématurées ? Pour Florence Caeymaex, une société ne peut pas décider quelle vie mérite d’être vécue. « La décision doit d’abord revenir aux parents, à condition qu’ils aient accès à une information complète et transparente.«
Selon elle, l’autonomie parentale et le consentement éclairé sont des principes centraux de l’éthique médicale.
Vers une artificialisation croissante de la naissance ?
L’idée d’un développement entièrement artificiel, dès les premiers jours de la grossesse, nourrit déjà l’imaginaire collectif. Cependant, la chercheuse néerlandaise écarte cette perspective. « Notre objectif n’est pas de remplacer la mère. La mère reste le meilleur environnement possible pour un bébé« , affirme Myrthe Van de Ver. Techniquement, le placenta artificiel fonctionne avec les battements du cœur du bébé de 24 semaines, en dessous de cela, il ne sera pas efficace, le cœur n’étant pas suffisamment puissant.
Florence Caeymaex suggère également de remettre cette innovation dans un contexte plus large. « L’artificialisation de la reproduction ne date pas d’hier. Depuis la fécondation in vitro, nous avons progressivement intégré des technologies dans la procréation. Nous avons appris à établir des balises éthiques.«
Il reste à déterminer où la société choisira de placer ces balises pour l’utérus artificiel.
Des hôpitaux équipés dans quelques années ?
À Eindhoven, la prochaine étape sera la validation préclinique sur modèle animal. Si les résultats sont concluants et que les autorités réglementaires donnent leur accord, des essais chez l’homme pourraient suivre.
« Nous savons que cela fonctionne chez l’animal. Ce n’est plus de la science-fiction« , affirme Myrthe van der Ven, en référence à une expérience menée avec succès par une équipe américaine sur un agneau en 2017.
Mais entre faisabilité technique et acceptabilité sociale, un débat de société semble inévitable.
La technologie promet de gagner quelques semaines cruciales pour des bébés nés trop tôt, mais elle nous amène également à redéfinir, peut-être, ce que signifie naître.

