Un remède a-t-il, oui ou non, creusé le trou de la sécu?

Un médicament coûteux contre la cécité liée à l’âge serait remboursé au détriment d’un autre, moins cher.

Un médicament contre la dégénérescence maculaire liée à l’âge (DMLA) a-t-il fait perdre un demi-milliard d’euros à la sécurité sociale, en quelques années, alors qu’un autre médicament existe, beaucoup moins cher mais qui n’est pas reconnu par les autorités belges et ne peut donc être remboursé? C’est ce qu’ont dénoncé Het Laatste Nieuws et De Morgen lundi. La députée fédérale Catherine Fonck (CDH) interpelle, elle aussi, la ministre De Block à ce propos depuis longtemps. Elle l’interrogera une nouvelle fois à la Chambre ce mardi.

D’un côté, le Lucentis du fabricant pharmaceutique Novartis. Il est enregistré par les autorités belges comme médicament contre la DMLA et remboursé. Son prix : 600 euros par injection. De l’autre côté, l’Avastin de la société Roche. Il n’est pas enregistré pour cette indication, chez nous, mais seulement comme anti-cancéreux. Son prix : 40 euros par injection. D’après les deux journaux flamands, la sécurité sociale perd donc de l’argent chaque fois que le Lucentis est utilisé à la place de l’Avastin. Des pertes estimées, selon eux, à 500 millions d’euros.

Maggie De Block conteste

Les études scientifiques ne démontrent pas de différence d’efficacité entre les deux remèdes. Dans certains pays (dont la France), l’Avastin est remboursé pour traiter la DMLA. Mais pas chez nous. « Pourtant , estime Catherine Fonck , les ophtalmologues le recommandent et parfois même l’utilisent. » C’est pourquoi elle a déjà demandé que soit examinée, avec les ophtalmologues et l’Agence fédérale des médicaments, la possibilité que ce produit puisse aussi être utilisé dans cette indication sur le marché belge. Sans réponse, dit-elle, du côté de la ministre en affaires courantes.

Chez Maggie De Block, l’explication est différente. Les experts de l’Agence fédérale des médicaments et des produits de santé ont mis en garde quant à l’utilisation de l’Avastin pour la DMLA. Jusqu’en 2015, le remboursement du Lucentis était limité dans le temps vu son prix. Ce qui amenait certains patients qui devaient se soigner plus longtemps à opter pour l’Avastin dès qu’ils devaient prendre le remède à leur charge. Depuis, Maggie De Block affirme avoir conclu un accord afin que le Lucentis ne coûte pas plus cher que l’autre. « Le gouvernement ne dépense donc pas plus et, au moins, le patient a la certitude que son traitement est sûr » , conclut-elle.